Interview

Ninomiya Kazunari à Paris

30/03/2007 2007-03-30 12:00:00 JaME Auteur : V... et Akira (freelance)

Ninomiya Kazunari à Paris

Lettres d’Iwo Jima, 14 février 2007 : Chronique d’une journée de promotion ou "une Saint-Valentin en compagnie de Clint Eastwood et de Ninomiya Kazunari"


© Warner Bros
JaME vous présente cette fois-ci une interview et un compte-rendu un peu inhabituel, afin de vous présenter le travail en parallèle d'un des membres du groupe japonais Arashi : Kazunari Ninomiya.

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Après avoir assisté à la projection du film à 11h du matin, V… et moi nous sommes rendues dans un grand salon parisien où allait avoir lieu la conférence de presse.

Etaient présents : Clint Eastwood, Tsuyoshi Ihara et Kazunari Ninomiya.

Dans cet article, nous nous éloignerons pendant un moment du domaine de la musique, pour entrer le temps de ces quelques lignes dans le monde du cinéma.
Plutôt que de restituer uniquement l’interview de Ninomiya Kazunari, nous avons préféré vous la livrer dans son contexte, afin de ne pas oublier que s’il est effectivement idole, membre d’un "boys band" et acteur de dramas, Ninomiya est ici, un des comédiens principaux d’un film grave de Clint Eastwood.
Cela permettra à ceux ayant apprécié le film, de comprendre un peu plus les motivations de Clint Eastwood dans son travail sur les Lettres d’Iwo Jima.
Nous vous présentons dans un premier temps un résumé des questions posées à Clint Eastwood et aux "deux acteurs japonais", lors de la conférence de presse.

Compte-rendu de la conférence de presse :

• La majorité des questions ont, bien entendu, été posées à Clint Eastwood :

Autour des Lettres d’Iwo Jima

Ce film a été une véritable occasion de comprendre et de se rapprocher d’une culture différente. Mais il a surtout permis l’étude de cette intense bataille méconnue de la Seconde Guerre Mondiale d’un autre point de vue ; il ne faut en effet pas oublier qu’il y a toujours deux versions d’une même histoire, et donc, deux « côtés » d’une même bataille.
Clint Eastwood voulait vraiment réaliser ces films, et il l’a fait du mieux qu’il le pouvait, sans se préoccuper des contraintes commerciales, sur lesquelles il n’a, dit-il, aucun pouvoir.
Lettres d’Iwo Jima a été bien accueilli aux USA ; Eastwood a même pu rencontrer des vétérans de la bataille, qui se sont montrés très curieux envers le concept même du projet, puisqu’ils n’ont jamais vraiment eu de contact avec le camp adverse.
Au Japon aussi, le film a eu son petit succès, si l’on se base sur la fréquentation des salles ; en effet, plus de 13 millions de tickets ont été vendus pendant les dix premiers jours qui ont suivi sa sortie.

Aux Etats-Unis

Les journalistes s’interrogent sur les réactions des vétérans américains, et évoquent une scène du film où des soldats font prisonniers des déserteurs japonais désireux de se rendre, avant de les abattre sans scrupule. Eastwood répondra qu’aucun camp n’est immunisé contre les atrocités commises durant une bataille. Les vétérans auraient d’ailleurs eux-mêmes affirmés qu’ils n’avaient pas fait de prisonniers japonais, et peu importe ce qu’on pouvait en penser. C’est cela, la guerre. Pas de distinction de camps, de bien, ou de mal. Elle pervertit les esprits.

Au Japon

Eastwood confie qu’au beau milieu de la préparation de Mémoires de nos pères, il est devenu plus curieux de "l’autre camp", et a cherché à se renseigner à travers des livres (trop peu nombreux), des chroniques sur le Général Kuribayashi, et des lettres qu’il a pu écrire. Beaucoup d’écrits sur la bataille avaient été publiés du côté américain, à l’inverse du point de vue japonais, rarement évoqué. Clint Eastwood a rassemblé ses informations en rencontrant les membres d’une organisation sur Iwo Jima, réunissant des gens ayant étudié l’île, par exemple d’un point de vue archéologique.
En rencontrant le Gouverneur de Tôkyô, Shintarō Ishihara, afin de lui demander l’autorisation de tourner à Iwo Jima, et en lui exposant son projet, Clint Eastwood reçut, malgré une première réaction un peu étonnée, un retour favorable et très intéressé de sa part. Il obtint donc par la suite les droits nécessaires pour travailler sur l’île.
Ihara Tsuyoshi ajoute que les Japonais s’inquiétaient de savoir si Eastwood, un Américain, était vraiment capable de comprendre ce qui s’était passé là-bas d’un point de vue japonais. Ils ont été plutôt étonnés du résultat, allant même jusqu’à demander à Ihara, si Clint Eastwood parlait japonais. Et bien non. Eastwood ajoutera d’ailleurs que les seuls mots qu’il connaît dans cette langue se résument à "droite" et "gauche".
En continuant sur le sujet, Eastwood précisera qu’il a déjà eu l’occasion dans le passé de tourner avec des gens qui ne parlaient pas sa langue, mais qu’à partir du moment où une scène est bien jouée, les émotions traversent et font tomber les barrières de langage ; pour les détails plus techniques, les interprètes sont là.
Quant au choix du titre, il s’est porté sur celui que les japonais ont préféré.


Un film de guerre… humain.

Il précise que c’est vraiment le côté humain qui l’a intéressé dans son travail. Eastwood nous explique qu’il s’est attaché à montrer, à travers l’exemple du Général Kuribayashi qui s’inquiète des derniers travaux qu’il n’a pas pu faire à la maison ou des progrès de son fils et politique mise à part, qu’un père reste un père malgré sa nationalité, sa langue et son camp.

A la question de savoir s’il préfère les anti-héros à une dialectique du «bon et du mauvais», Eastwood répondra que oui. Il ajoute qu’il n’a pas souhaité discuter les effets ou les causes de la guerre mais qu’il désirait montrer que, dans chaque camp, des jeunes gens étaient envoyés à la bataille sans savoir à quoi s’attendre avec un unique prétexte «patriotique». Il insiste sur le fait que de chaque coté d’une bataille, les soldats avaient les mêmes parents, les mêmes projets, les mêmes préoccupations… sans distinction de bien et de mal.
Ces jeunes combattants ont répondu présents quand on leur a demandé de servir la patrie, mais n’ont pas forcément pu avoir le recul ou les moyens de réfléchir sur les valeurs mises en question et sur le bien-fondé de la guerre.

De nombreux personnages du film ont réellement existé, dont le Général Kuribayashi et le Baron Nishi. Le jeune Saigo est, quant à lui, un personnage composite et nous permet de suivre la bataille et son expérience à travers ses yeux.


• Quelques questions ont tout de même été posées aux "deux acteurs japonais", sans distinction ; auxquelles Ihara Tsuyoshi et Ninomiya Kazunari répondront tout deux.


Ihara Tsuyoshi

Tsuyoshi se déclare aborder cette conférence plutôt à l’aise, étant habitué à ce type d’exercice depuis le Festival de Berlin. Il aimerait bien d’ailleurs assister à la cérémonie des Oscars ; ajoutant qu’il n’a jamais eu l’occasion de vivre ce genre d’expérience, mais que tout dépend de Clint (qui répondra lui-même, qu’il ne sait pas s’il sera présent).
L’interprète du Baron Nishi déclarera d’ailleurs qu’il trouve déstabilisant le fait qu’Eastwood leur laisse une liberté totale sur le tournage, évoquant une métaphore sur la carotte et le bâton, pas bien comprise par l’assistance, ceci dû au peu de temps qu’avait l’interprète pour traduire.
Tout comme Watanabe Ken qu’il cite, il n’avait pas été mis au courant de l’histoire de la bataille d’Iwo Jima. Il avait étudié celles d’Okinawa, Hiroshima, Nagasaki, Tôkyô à l’école, les plus connues ; il suppose qu’une interdiction empêche les japonais de médiatiser cette bataille, dont la défaite serait difficile à évoquer pour le gouvernement.


Ninomiya Kazunari

Comment vous sentez-vous aujourd’hui : plutôt cool et professionnel ou un peu nerveux ?

Et bien, je suis plutôt connu au Japon, mais depuis quelques temps, je suis beaucoup à l’étranger, devant des gens qui ne me connaissent pas et je n’ai pas l’habitude, ça me fait bizarre.

Le film a reçu plusieurs nominations, irez-vous à la cérémonie des Oscars ?

Pour ma part, j’ai envie d’y aller, mais je n’irai que si j’y suis convié par la Warner!!

Que représente Iwo Jima pour un acteur aussi jeune que vous ? Avez-vous vu "Mémoire de nos Pères" et si oui, que cela a-t-il changé de votre perception d’Iwo Jima ?

Je pense que les jeunes japonais ont pu voir les deux films. Je parle au nom des jeunes japonais et j’espère ne pas me tromper, mais je pense qu’avec la guerre, nous avons perdu un avenir.
En voyant le film, je pense que les jeunes ont d’abord ressenti une grande tristesse, liée au souvenir de ce qui a été perdu lors de cette guerre.

Clint Eastwood est connu pour ne faire que deux prises. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Avant de commencer le film, j’appréhendais (contrairement à d’habitude) mais Clint l’a bien compris et m’a tout de suite dit : « relax, relax ». Mais vers la fin du tournage, il a fini par me dire d’être quand même un peu plus tendu, on est sur un champ de bataille, après tout.

Connaissiez-vous l’histoire d’Iwo Jima avant de faire le film ?

Je savais qu’il y avait une île nommée Iwo Jima. Par contre, je n’avais aucune idée de ce qui s’y était passé. Je n’ai pas eu l’occasion d’étudier ça à l’école.


La conférence terminée, nous sortons pour rejoindre un couloir où nous attendons notre tour pour l'interview.
Mais avant tout, voici un petit point sur la carrière de Kazunari Ninomiya et sur son actualité :

Voilà un peu plus de dix ans que Ninomiya Kazunari a rejoint la célèbre agence d’ "idols" masculins Johnny's Entertainment. Artiste complet, "Nino", - comme l’ont baptisé ses fans et ses amis- chante, danse, joue de la guitare et du piano, compose et écrit des chansons, joue dans des dramas (séries télévisées) et films mais est surtout membre d'Arashi, une unité qu’on ne présente plus au Japon, ni même en Asie.
Le groupe vient d’ailleurs de terminer une fructueuse tournée estivale en dehors du pays natal, avec des passages en Corée, à Taiwan ou en Thaïlande couronnés de succès. Avec pas moins de 8 albums et de 18 singles, les membres du groupe sont d’incontournables squatters des charts nippons depuis leurs débuts en 1999. Le dernier single en date, Love so sweet ne fait d’ailleurs pas exception à la règle.
Comme toute valeur sûre du label, Arashi a d’ailleurs permis à ses cinq protagonistes de jouer ensemble dans trois films à succès, dont le dernier Kiroii Namida (sortie début avril au Japon) aurait des chances d’être présenté au festival de Cannes.
Mais la carrière de Ninomiya ne se résume pas uniquement à sa présence au sein du groupe ; parmi ses projets solos, on compte le dramatique film Ao no honô ainsi qu’une dizaine de dramas dont l’incontournable Stand up !!, une série sur les tentatives désespérées de dépucelage d’une bande de lycéens, Yasashii Jikan où l’esthétique d’une jolie ville enneigée d’Hokkaido se mêle à un scénario simple -mais tellement humain-sur la complexité des relations familiales. On pourrait aussi citer le très léger Minami-kun no Koibito, où la petite amie du jeune garçon est devenue subitement petite qu'un schtroumpf, et l’opposer au sombre téléfilm Sukoshi wa, ongaeshi ga dekitakana dans lequel son personnage, un lycéen, se bat pendant des mois contre le cancer.
Enfin, actuellement, Kazunari tient le rôle principal de Haikei Chichue-sama, celui d’Ippei Tawara, jeune cuisinier d’un restaurant traditionnel dans un calme quartier de Tôkyô, confronté à des anecdotes quotidiennes amoureuses, professionnelles ou familiales.
A seulement 23 ans, Ninomiya Kazunari a su prouver qu’il réussissait dans tous les domaines explorés, et l’on peut penser que tourner dans Lettres d’Iwo Jima aux cotés de Clint Eastwood ajoute à sa carrière bien remplie une petite touche d’apothéose.


Interview

[Nous avons préféré coller au vœu de la Warner et ne poser que des questions à propos du film. Ce seront des questions plutôt générales sur sa carrière artistique.]

Pour commencer : Alors la France, c’est comment ?
Ninomiya Kazunari : Paris en soi, j’ai beaucoup apprécié mais vous savez je n’aime pas trop voyager, même au Japon. Je préfère rester chez moi. Mais parcourir Paris en voiture, hier et aujourd’hui, en visitant les musées et en prenant des photo, c’était vraiment très agréable.

Qu’est ce qui vous a poussé à tenter le casting du film ? La perspective d’une carrière internationale, l’envie de quelque chose de différent ou par exemple, le thème du film ?
Ninomiya Kazunari : Au début, j’ai entendu beaucoup de choses différentes à propos de ce film : que ce serait un réalisateur japonais, puis que ce serait Clint Eastwood… Au départ, j’ai pensé que ça serait très intéressant de tenter le coup, et j’ai tenté, sans voir tout ce que ça impliquait avec le recul.

Vous avez une actualité vraiment chargée ces derniers temps : la promotion de Lettres d’Iwo Jima, l’actualité ciné et musicale d’Arashi, le tournage de Haikei, chichiue-sama … Comment arrivez-vous à tout gérer ? Cela doit être difficile, non ?
Ninomiya Kazunari : Difficile hum… pas vraiment. J’ai tenu à être au festival de Berlin mais j’avais aussi vraiment envie de venir à Paris, de faire cette première, donc… pour moi ça va, je tiens. Et puis je suis bien entouré. Ça doit être difficile pour eux… Je tiens à les remercier d’ailleurs.

Vous menez de front plusieurs carrières : acteur, chanteur, danseur, vous apparaissez dans des émissions télé... Y’en a-t-il une que vous préférez ? Avez-vous l’intention dans le futur d’en abandonner une ou continuerez-vous de cumuler les carrières de chanteur et de comédien ?
Ninomiya Kazunari : Je n’appréhende pas ce que je fais comme un travail, mais plutôt comme la continuation d’une passion, jouer et chanter, c’est devenu un bon équilibre pour moi. Par exemple, en jouant je me dis «c’est vraiment difficile» ou quand je dois chanter je me dis «ça ne m’intéresse plus», à ces moments, il m’arrive de penser fugacement à arrêter. Mais comme c’est vraiment une passion ; créer des choses, travailler avec des gens, tout ça vient en premier pour moi.

Avec ce film, vous faites fort dans votre carrière. Quelle est la prochaine étape ?
Ninomiya Kazunari : Je suis très fier que l’on m’ait confié ce rôle de Saigo, et de travailler avec Clint, j’en ai retiré énormément de choses. Ça a été une excellente occasion pour moi, une occasion de voir plus haut et même si maintenant j’ai envie de faire de nouvelles choses, je n’ai pas vraiment de prochaine étape, je continue.



Peu de questions malheureusement, nous aurions aimé avoir plus de temps en compagnie de ce charmant acteur, humble et vraiment gentil. Mais dix minutes, ce sont dix minutes. Nous le quittons donc, remerciant tout le monde et happant un petit-four au passage.

Clint Eastwood, Tsuyoshi Ihara et Kazunari Ninomiya étaient présents le soir, à la première sur les Champs-Elysées où ils ont ouvert la projection à l’UGC Normandie.
Puis, Ninomiya s’est enfui en direction du Japon pour continuer son marathon promotionnel et le tournage du drama Haikei, chichiue-sama, et j’en passe et des meilleures… vue l’actualité du jeune acteur.

Remerciements:
- un grand grand merci à S. et F. de Warner France pour leur gentillesse, leur patience et leur sympathie.
- Merci aussi à Ninomiya Kazunari et à l’équipe japonaise qui l’entourait, des gens très agréables, ouverts et attentifs.
- Merci à Clint Eastwood pour avoir donné sa chance à un acteur qui le mérite. (Clint, on sait que tu nous ne liras pas mais on a aimé ton film et t’as vraiment la super classe en vrai même de loin.)
- Merci à l’équipe de JaME.
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