Interview

Interview avec SHIHORI

03/03/2020 2020-03-03 10:46:00 JaME Auteur : Christine Traducteur : Lucy C.H. Correcteur : JBH

Interview avec SHIHORI

La chanteuse et compositrice SHIHORI nous parle de son travail dans le monde de la J-Pop et des séries animées, de sa réussite malgré son syndrome d’Asperger et de sa métamorphose depuis son installation à New York


© SHIHORI. All rights reserved.

Chanteuse et compositrice, SHIHORI a écrit la musique et les paroles pour de nombreuses chansons de séries animées célèbres, ainsi que pour toute une pléthore d’artistes de l’univers J-pop. Celle qui était connue précédemment par son nom de scène Sena vient juste de fêter son dixième anniversaire de carrière avec la sortie de son album SHIHORISM, sorti en version numérique au niveau mondial ce mois-ci. JaME a eu l’opportunité de l’interviewer et de lui poser des questions sur son processus d'écriture, son parcours dans l'industrie musicale et son nouveau projet, Share the American Dream. Pétillante, audacieuse et toujours en quête de nouvelles expériences, SHIHORI croque la vie à pleins dents et elle est prête à partager sa passionnante vision du monde avec ses fans français.

 

Qu’est-ce qui t’a inspiré à faire de la musique ?

SHIHORI : Quand j'avais sept ans, je suis allée à un pique-nique avec l’école. Il y avait plein d'enfants de différentes classes et quelques parents dans le bus, et c'était vraiment la grande pagaille. Ils appréciaient le karaoké, quelque chose que je n’avais jamais fait parce que je ne connaissais aucun artiste populaire... et en plus je parlais très peu. J’ai le syndrome d'Asperger, et à l’époque je n’avais pas d’amis. A la toute fin du voyage en bus, quelqu'un m'a demandé de chanter une chanson. J'étais tellement intimidée que lorsque j'ai chanté une chanson a cappella, tout le monde dans le bus s'est arrêté et m'a regardée fixement.

Ce fut le premier moment où j'ai osé sortir de mon petit monde. Puis j'ai commencé à écrire des chansons tout d'un coup, je chantais souvent devant ma mère. J'ai commencé à vouloir devenir chanteuse, mais je ne sais pas exactement pourquoi j'ai commencé à écrire des chansons. C'est venu très naturellement pour moi.

Comment as-tu commencé à écrire des thèmes de séries animées ? Était-ce quelque chose dont tu avais toujours rêvé, ou quelque chose que tu as découvert par hasard ?

SHIHORI : En fait, je n'ai jamais rêvé de devenir compositrice de dessins animés avant 2006. J'avais essayé de devenir chanteuse/compositrice de J-pop. Cependant, je me suis intéressée à la musique des séries animées à cette époque, car Haruhi est devenu un tube au succès fou et l'industrie des dessins animés a commencé à devenir très puissante. Ça m’a fait penser à quel point j’adorais les dessins animés quand j’étais plus jeune, et à quel point certaines chansons m’avaient marquée.

Un jour, un compositeur de J-pop, Genki Hibino, a vu ma représentation sur scène et m'a dit qu'il voulait me présenter à des maisons de disques, mais le seul label qui lui a répondu à l'époque était Lantis, justement celui qui créait la musique de Haruhi.

Je lui ai dit que j'étais en fait plutôt intéressée par la musique des dessins animés ! Un producteur de Lantis a aimé ma musique, et j'ai eu la chance de faire des débuts importants en tant que chanteuse et compositrice de dessins animés en 2007, sous mon ancien nom de scène, Sena. Ma première chanson, TSUBASA, a servi de générique de fin pour Kishintaisen Gigantic Formula.

Je l’ai vécu comme si c’était en quelque sorte mon destin. C'est à peu près à cette époque que j'ai commencé à soumettre des chansons à des concours. Aucune de mes chansons n'a été choisie les premières années, mais à la fin de 2008, Yoko Kanno a pris mes paroles pour Macross Frontier. Cette collaboration extraordinaire avec Yoko Kanno m'a donné beaucoup de confiance en moi, et c'est après cela que mes chansons ont commencé à être prises pour différents projets.

Y a-t-il des séries animées auxquelles tu t’intéresses personnellement ou que tu recommandes aux fans étrangers ?

SHIHORI : Fullmetal Alchemist. Je la regarde encore et encore pour m’inspirer. J'avais aussi toutes les bandes dessinées, que j’ai lues et relues au fil du temps. Je les ai apportées à mon manager quand j'ai déménagé aux États-Unis...

Comment as-tu choisi les chansons qui figurent sur ton album SHIHORISM ? Y a-t-il un point commun entre ces titres ?

SHIHORI : Tout d'abord, j'ai choisi trois chansons de thème de séries animées, Don't Think. Feel !!!, Millenario et TSUBASA. J'avais reçu de nombreuses demandes de reprise de ces titres de la part de fans américains chaque fois que je me suis produite dans des conventions. Puis, j'ai demandé à mes fans sur Twitter de me dire quelles chansons ils voudraient que je reprenne. Le reste des chansons a été déterminé par des sondages.

Quelle chanson a été la plus facile à reprendre, et laquelle t’a semblé la plus difficile ? Pourquoi ?

SHIHORI : La plus facile était sans aucun doute Catalmoa. La chanteuse originale de la chanson est Yoshino Nanjo, qui est connue comme la chanteuse du duo fripSide. C'était ma première amie dans l'industrie des dessins animés, donc il a été très facile d'écrire la chanson et les paroles, c’était comme si elle les avait écrites elle-même. Et j'ai aussi arrangé la chanson et joué du piano. Je ne voulais rien changer dans cette chanson, du coup ça s’est très bien passé.

La plus difficile était Millenario (un des thèmes de fin de The Irregular at Magic High School). La version originale est une très jolie ballade, et je voulais la transformer en une version acoustique dans le cadre de mon nouveau style. J'ai vraiment réfléchi à la façon dont je devrais l'arranger, et je l'ai rendue cinématographique et dramatique. Elle part d'une atmosphère océanique relaxante, se développe progressivement, et explose à la dernière partie du refrain.

D'habitude, je n'arrange pas de chansons pour les autres, sauf pour Catalmoa, mais cette fois-ci, j'ai arrangé toutes les chansons. J'ai aussi ressenti comme une énorme pression, parce que toutes les chansons étaient déjà très connues, il était difficile de les faire renaître, d’apporter quelque chose de beau et de différent.

Comment se déroule ton processus de composition ? As-tu une technique qui t’aide à démarrer, ou y a-t-il un certain ordre dans lequel tu travailles les éléments d'une chanson ?

SHIHORI : Ce n’est jamais évident à expliquer, mais je le fais généralement comme ça :

1. Je demande à Dieu qu’il me montre une belle chanson (avec une certaine image de l’atmosphère, de concept ou du thème)

2. J’attends et je fais ma vie comme si de rien n’était (et j’essaie d’être heureuse !)

3. Je commence à avoir des mélodies dans ma tête (souvent ça arrive quand je suis sous la douche, en plus c’est très relaxant !)

4. Je les écris dans un petit carnet

5. Je prends mes notes, je vais dans un café et je me pose pour les retravailler

6. Je crée une démo au piano et j’enregistre le chant. Si besoin, je fais un petit arrangement à la va-vite

Demander de l’inspiration à Dieu est vraiment important pour moi. La mélodie vient en premier, avec les chansons que j’écris pour les autres. Avec mes chansons originales, ce sont les paroles qui viennent d’abord.

Ton approche change-t-elle lorsque tu écris une chanson pour une série animée ou pour un(e) artiste J-pop, ou est-elle la même quel que soit l'interprète de la chanson ?

SHIHORI : La plupart de mes chansons ont toujours quelque chose en lien avec les dessins animés, donc elles ne sont pas si différentes, peu importe pour qui elles sont. Mais quand il s'agit d'une série animée ou d'un jeu, je lis attentivement le scénario ou l'histoire. Je me plonge vraiment dans l'univers du projet et j'essaie de donner naissance à une chanson aussi naturellement que possible. Mais, comme je l'ai mentionné dans la question précédente, j'écris d'abord des paroles avec mes propres chansons originelles. Ensuite, celles-ci deviennent des mélodies plus centrées sur le message que je veux transmettre.

Quel genre de musique écoutes-tu pendant ton temps libre ? Y a-t-il un artiste ou un genre particulier qui t’intéresse en ce moment ?

SHIHORI : Je sais que c'est bizarre, mais je n'ai pas écouté de musique pendant mon temps libre pendant de nombreuses années. Ma tête était toujours pleine de nouvelles chansons, alors là, j'ai plutôt dû demander à Dieu d'arrêter de m’envoyer des mélodies ! Mais depuis que j'ai du mal à trouver mon nouveau style en Amérique, j'écoute les listes du Billboard des 40 meilleures chansons du moment.

Comment le fait de vivre à New York a-t-il affecté ton travail ?

SHIHORI : Cela m'a permis de faire beaucoup de nouvelles découvertes, mais je ne peux pas encore tout vous dire. J'ai l'impression de renaître, comme si j’étais un bébé. Je suis en train de réapprendre tout ce que j’ai appris dans ma vie à partir de zéro. J'ai aussi découvert que l’on peut toujours s'améliorer, on peut toujours continuer de grandir, il n'y a pas de limites.

C'est à la fois difficile et passionnant de vérifier que toute l’expérience que j’avais accumulée au Japon au fil des années ne me serait pas forcément indispensable ici.  J’essaie plein de nouvelles choses, je sens que je suis en train de changer, c’est un processus de métamorphose étonnant.

Last but not least, veux-tu laisser un message aux lecteurs de JaME ?

SHIHORI : Merci beaucoup d’avoir lu mon interview, et merci à JaME de m’avoir interviewé ! Je suis vraiment très heureuse de pouvoir  transmettre mon message aux fans de J-pop et de musique de dessins animés à l'étranger !

Je suis devenue chanteuse/compositrice pour transmettre un message de l'amour à travers ma musique. J'ai vécu au Japon pendant de longues années et j'étais tellement triste de voir comment la société japonaise dans son ensemble s'affaiblissait d'année en année à cause de la diminution de la population du pays. C'est devenu un fléau, malgré l'augmentation de la popularité de la culture pop japonaise.

Je ne voyais pas de futur pour moi au Japon. Du coup, j’ai décidé de créer ce projet intitulé Share the American Dream Project.  C’était un saut dans le vide, mais j’avais beaucoup d’ambition, je voulais oser, faire plus et mieux. J’espère que mes aventures en Amérique inspireront les jeunes japonais à prendre plus de risques, et, bien sûr, j’espère que les gens du monde entier aimeront ma musique.

Je vous invite à me rejoindre et à suivre mes aventures, j’ai vraiment hâte de vous rencontrer !

 

JaME tient à remercier SHIHORI pour cette opportunité d'interview.

 

SHIHORI sera présente à plusieurs conventions américaines sur les séries animées cette année. Vous pourrez la rencontrer à la Tora Con, à New York, qui se déroulera du 21 au 22 mars, à la Point Anime Convention, qui se tiendra à New York les 2 et 3 mai, et à la PortConMaine 2020, dans le Maine, qui aura lieu du 25 au 28 juin.

Vous pouvez visionner des vidéos de SHIHORI interprétant TSUBASA et Don't Think. Feel !!! à la convention Tekko 2019 ci-dessous.

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