Chronique Mise à jour

Ja, Zoo de hide with Spread Beaver a déjà 21 ans

12/12/2019 2019-12-12 19:30:00 JaME Auteur : Lucy C.H.

Ja, Zoo de hide with Spread Beaver a déjà 21 ans

Au fil du temps, ses cheveux ont connu toutes les teintes chaudes du cercle chromatique, mais c’est son talent qui a fait de lui le créateur de tout un nouveau genre musical. Retour sur le dernier album de hide, qui fêterait cette semaine son 55ème anniversaire

Album CD

Ja, Zoo

hide

Il vécut comme il nous a quittés : tornade écarlate de magnétisme, de mélancolie et de mystère. Guitariste émérite et progéniteur indiscutable du genre visual keï, il s’était aussi révélé un compositeur prolifique, un parolier capable de décliner les mots dans maintes registres, humour lutin qui se prêtait autant aux jeux de mots taquins qu’à l’auto-dérision. Nous vous parlons, bien sûr de hide, l’araignée rose que le Japon peine à oublier. 


Petit-enfant d’une passionnée de mode qui le chérissait en dépit de son indiscipline, il n’aimait pas l’école, mais finit par obtenir un diplôme de coiffeur-visagiste. Et ce seront précisément les robes de mamie et ses techniques capillaires qu’il utilisera dans un premier temps pour se démarquer de la foule,lui, petite figure dodue au regard triste qui joue sur une Gibson Les Paul sur le portrait qui lui a survécu, le mur de sa chambre tapissé de photos de Vow Wow, Kiss, Japan, London.


Déjà proche de la vingtaine, il joue dans des bars miteux de Dobuita-dori avec son groupe Saver Tiger, où il finit par taper dans l’oeil d’un certain duo d’amis d’enfance venu de Chiba à la recherche de la perle rare. Là, enfin, il s’épanouit. Il connaît les feux de la gloire, l'idolâtrie et même les coulisses ténébreuses de la célébrité, mais il trouve quand même le temps pour débuter une belle carrière solo. 


Et quand il commence à travailler sur Ja, Zoo, il n’est plus un néophyte - en 1996 il avait sorti Psyence et deux années auparavant Hide Your Face - mais c'est la première fois qu’il sort un album sous le nom de hide and Spread Beaver. Drôle d'appellation qu’il choisit pour son groupe de scène, d’ailleurs, mais nous laisserons aux curieux la tâche d'en chercher la raison. Les Spread Beaver sont une amalgame de tous les musiciens qui accompagnent l’araignée rose dans le tissage de sa toile musicale, et dont il vaut la peine de nommer Pata, Chirolyn, Joe, Kiyoshi, Kaz, D.I.E, I.N.A et KAZ, authentique troupe de choc armée de ses bombes de laque extra forte, lunettes teintées et survêtements arc-en-ciel. 


Il avait déménagé de l’autre côté de l’océan depuis peu, il était fasciné par la révolution technologique et musicale qui annonçait le virage du siècle. Pionnier du numérique, il avait son propre blog et l’un des premiers effets sonores de Ja, Zoo sera précisément celui d’un modem analogique qui cherche à se connecter. Pas encore un citoyen du monde, il était pourtant déjà bien plus qu’un simple artiste japonais. Son réseau était vaste, il multipliait les collaborations, même Marilyn Manson rêvait de le rejoindre sur scène. Avec Rocket Dive, il nous montre son côté iconoclaste : les paroles sont imbibées de sous-entendus capables de faire rougir aussi bien son pays natal que le Nouveau Monde (la création artistique de la couverture du single n’est rien d'autre qu’un énorme fusée en forme de phallus). Ever Free et Merry Go Round sont trompeuses avec un vernis de gaîté qui cache une composition à l’interprétation plutôt mélancolique, mais le destin voudra que ce soit Pink Spider la piste la plus lancinante de cet album impeccablement achevé et dont la nouvelle génération musicale nippone peine encore à atteindre la maîtrise.  

 

D’une franchise désarmante, ce single devenu véritable emblème de toute une génération, et dont le titre deviendra le surnom posthume de l’artiste lui-même, nous parle de la réclusion d’un papillon qui rêve d’ailes et de firmament. Dans le clip vidéo, nous y voyons un mannequin sauter du toit d’un gratte-ciel, bras grand écartés serrant le vide qui finira par l’engloutir tout entier. Le dernier cadre, que l’on pourra observer pendant dix longues secondes, zoome sur son visage où sommeille une séraphique tranquillité. Le visage mortuaire de l’artiste lui-même sera décrit dans les mêmes termes par Yoshiki, batteur de son ex-groupe X Japan, le jour de ses funérailles. Alors, tableau prophétique ou pure coïncidence ? Nous ne le saurons jamais. Le lendemain de l’enregistrement de la version finale, hide aussi prend son envol. Une disparition qui hante les esprits autant qu’elle les passionne pour son malheur, son ignominie, son mystère. On venait d’arracher à la jeunesse nippone quelque chose qui leur appartenait, quelque chose qui venait d’être arrachée aux coeurs, aux ventres, aux tripes. Neil Strauss le décrira mieux que nous dans le New York Times : c’était bien plus que la fin d’une vie, c’était la fin d’une ère. 


La participation de hide à Ja, Zoo se discute : certains diront qu’il n’aurait réellement travaillé que sur trois chansons, d’autres lui attribueront la quasi-totalité de la maquette. Ce que l’on sait est que le reste du groupe travaillera sans répit pour pouvoir livrer une version finale au public fin novembre 1998. Ils sentaient que Ja, Zoo appartenait aux acolytes de l’araignée rose, ils leur étaient redevables. Et c’est vrai : hide appartenait à ceux qui le comprenaient. Malgré son essence insolite, son côté inouï, ses zones d’ombre. Il nous a apprit que l’artiste dépasse largement son rôle d'envoûteur de l’un des cinq sens - l’artiste est un styliste. De l’étoffe, du refrain, du flair, de la texture, du goût et de ce sixième sens que nul n’a encore su borner mais qui fait frontière avec le pays de la magie et de l'indicible, particule divine que ce virtuose légendaire a si bien su saisir et (malgré lui) perpétuer.


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