Chronique Mise à jour

Pay Money To My Pain

30/12/2019 2019-12-30 12:18:00 JaME Auteur : YaK

Pay Money To My Pain

Groupe atypique du début des années 2000, PTP restera dans les mémoires pour son énergie folle et son histoire tragique.

Parlons aujourd’hui d’un groupe aussi sous-estimé qu’éphémère, aussi méconnu que talentueux : Pay Money to my Pain alias PTP pour les intimes.

 

 

En guise d’introduction, je dirais que PTP est l’un des seul groupe japonais que j’ai découvert après 2005 qui m’ait plu (avec Ling Toshite Shigure bien sûr et peut être Crossfaith), les autres groupes ne m’ayant pas marqué ou alors par leur manque d’originalité... j’écoute donc beaucoup moins de musique japonaise depuis 10 ans car je trouve que le niveau général est en baisse, je me contente d’écouter mes classiques car les petits nouveaux ne proposaient rien de bien fameux à mon goût, hormis 2/3 pépites. ça tombe bien, PTP est une l’une d’entre elles…

A ma connaissance, seulement 1 ou 2 chansons de PTP contiennent des paroles en japonais, tout le reste étant chanté en anglais, anglais de très bonne facture selon moi comparé à certains autres chanteurs nippons, K s’en sort vraiment très bien. en effet, Pablo le guitariste du groupe est un métisse américano-nippon, ce qui se ressent dans les influences du groupe et dans sa sonorité, jusque donc dans le choix de la langue et des paroles. K le chanteur torturé n’éprouve aucune difficulté à chanter en anglais, car il est lui-même l’auteur des paroles, si personnelles et introspectives... il a même choisi le nom du groupe : Pay Money to my Pain ~ littéralement : achetez ma douleur... pourquoi un nom pareil? et bien tout simplement parce que K ne triche pas, ayant du mal à trouver sa place dans ce monde et cette société, il incite l’auditeur à partager sa peine avec lui, peut-être pour mieux l’exorciser... la recette est efficace : la mayonnaise prend tout de suite, on sent la rage, le désespoir et la douleur dans les textes de K dès les premières chansons qu’ils sortent, ce dernier alternant chants clairs et hurlements, plutôt bien maitrisés dans l’ensemble. le reste du groupe nous sert un rock agressif, tantôt proche du hardcore, tantôt post-punk. on a aussi droit a de belles balades, totalement crédibles et sublimées par des paroles très inspirées et limite prémonitoires, c’est assez troublant. en effet, K décèdera le 31 décembre 2012, comme s’il savait lui-même qu’il ne vivrait pas vieux, écrasé par cette pression et cette douleur qu’il aura toujours porté comme des fardeaux. il ne s’en débarrassait que momentanément sur scène, le temps des concerts était pour lui un exutoire. sur scène, il se sentait vivre, vivant et utile. c’était sa vie, il ne voulait que chanter encore et toujours, malheureusement le sort en a décidé autrement. il n’aura pas le temps d’enregistrer toutes les pistes de l’album Gene, sorti en 2013 et terminé avec la collaboration de chanteurs de groupes bien en vue sur l’archipel tels que Lynch, Rize, Coldrain, Crossfaith, One OK Rock etc... que s’est-il passé entre 2005 année de leurs débuts et 2013 le clap de fin pour PTP? Laissez-moi vous le raconter.

 

 

K, (Goto Kei-chant) Pablo & Jin (guitares) Tsuyoshi (basse) et Zax (batterie) commencent donc en tant que PTP en 2005, mais leur première sortie se fera fin 2006 avec un single sur lequel on trouvera 3 titres : black sheep, against the pill et un de leurs grands classiques : from here to somewhere. le ton est donné, on sent tout de suite le malaise de K sur ces titres avec néanmoins l’énergie des instruments en guise de note positive. le premier album ne mettra plus longtemps à sortir puisqu’il verra le jour en 2007. de bons titres même si c’est celui que je trouve le moins abouti, le son et la patte sont déjà là mais ça demande à être approfondi... un petit manque d’originalité et beaucoup de similitudes avec Linkin Park, voilà ce qui leur est reproché en gros. un peu d’indulgence, il ne s’agit que d’un début album tout de même! 2008 verra la sortie de deux singles supplémentaires : writing in the diary & all because of you. out of my hands et anxiety sont 2 titres majeurs de PTP selon moi, on les retrouve sur writing in the diary qui contient une vraie énergie. on sent que le talent commence à s’exprimer et que les gros titres vont bientôt être légion. 2009 marquera un tournant avec 2 évènements : la sortie de l’album after you wake up et le départ du guitariste Jin. l’album est brutal, agressif mais sait nous faire réagir et surtout il y a le titre price to pay qui est l’un des tous meilleurs du groupe selon moi, une pure merveille ! PTP ne chôme pas puisque 2010 verra la sortie de l’album qui m’a fait découvrir le groupe : remember the name. Oui ils ont vu just! Le nom de PTP sera à retenir, car cet album est grandiose. le single pictures avait posé les jalons de ce que serait cette galette et ma foi on peut dire que c’est un petit chef d’oeuvre. beaucoup de titres sombres, tristes à souhait, teintés de mélancolie mais toujours avec une pointe d’optimisme désabusé, le savant mélange qui fait la force de PTP. les instrus sont meilleures que jamais, le groupe a trouvé son identité et sa touche musicale, on sait qu’on a affaire à PTP à la première note. Mentions spéciales à this life & hourglass, même si tout l’album mérite que l’on soit dithyrambique. peu de temps avant la mort de K sort le best of en octobre 2012, sombre présage d’un groupe qui donc ne verra pas l’avenir lui sourire. K décède 2 mois plus tard et l’album Gene n’est pas encore terminé. il sortira finalement fin 2013 et le désormais trio honorera quand même la tournée prévue initialement malgré la perte de K. le dernier concert sera l’un des plus poignants qu’il m’ait été donné de voir, avec K apparaissant sur écran géant. Pablo assurera tant bien que mal au chant dans des conditions extrêmement particulières, je ne sais pas où il a trouvé la force de chanter et jouer ainsi...

La carrière de PTP aura donc été plutôt courte, quasi éphémère. loin de ce qu’on pouvait imaginer pour eux, le destin de K s’est montré aussi sombre que ses paroles, comme s’il savait que cela finirait de la sorte. ils laissent derrière eux des fans inconsolables, pour qui les paroles de K résonnaient et donnaient du sens à leurs propres vies, les aidant à combattre leurs démons. je ne préfère retenir que le positif plutôt que de me lamenter sur le sort contre lequel on ne peut rien. PTP aura écrit des chansons magnifiques, m’aura fait passé par beaucoup de sentiments à leur écoute et c’est bien là le principal: solliciter une réaction de la part de son auditeur, l’émouvoir. oui K tu as réussi, on a un peu partagé ta peine durant ces années, et jamais partager la souffrance n’a été plus agréable.

 



Petit tour d’horizon maintenant des plus gros titres de PTP selon moi, voici les 10 chansons qu’on m’ont le plus marqué. Ce n’est pas un classement, ça changerait selon l’humeur du moment de l’écoute mais pour moi voilà vers quels titres il faudrait vous tourner si vous voulez découvrir PTP

*This Life : très belle chanson qui ouvre l’album remember the name. belle mélodie, simple mais efficace et paroles qui tapent juste, le ton de l’album est donné. juste magnifique pour conclure un concert.

*Anxiety : un titre nerveux qui alterne entre temps calme et explosions sonores. on ressent la colère voire l’amertume de K dans ce titre plein de rage et très introspectif où le chanteur semble régler ses comptes avec ses propres angoisses. authentique.

*Pictures : le titre radio, le single taillé pour fonctionner et faire découvrir le groupe. Assez mainstream mais diablement efficace

*Price to pay : un des vieux titres mais qui contient tout l’ADN du groupe, riffs lourds et percutants, texte cinglant.

*Hourglass : le sablier, le point d’orgue du côté sombre de l’album remember the name. Puissant !

* From here to somewhere : un autre titre signature du groupe avec toutes ses composantes, de la percussion, de l’energie

*Same as you are : PTP nous montre ici qu’ils maitrisent bien le mid tempo, les paroles sont encore une fois magnifiques

*Sweestest vengeance : quelle énergie ! si le titre s’ouvre de façon assez violente, la mélodie reprend peu à peu le dessus pour servir un refain imparable

*Drive : encore un titre qui figure sur l’album remember the name, le plus abouti selon moi et drive y contribue grandement.

*Weight of my pride : un autre hymne du groupe, un titre qu’il faut voir en live !

 

Pour finir, j’ai réussi à me procurer la box compilant tous leurs travaux, regroupant tous leur CDs et incluant un live et un docu. Sobre, à leur image mais néanmoins généreuse, cette box rend très bien hommage à PTP. Belle façon de boucler la boucle pour un groupe qui n’aura pas pu aller au bout de ses ambitions.

 

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