Interview

Interview avec Ena Fujita

05/11/2019 2019-11-05 08:15:00 JaME 194 vues Auteur : ZyXyS Traducteur : Lucy C.H.

Interview avec Ena Fujita

Entretien avec Ena Fujita, qui nous explique son parcours et son univers.


© Ena Fujita / STUDS PRODUCTION, INC.

© Ena Fujita / STUDS PRODUCTION, INC.

Ena Fujita, gravure idol, chanteuse et compositrice, a commencé sa carrière musicale avec des chansons pop au rythme facile, plaisant. Elle finit pourtant par laisser tomber ce masque d’innocence et plonge la tête première dans un univers bien plus rock. Qui aurait cru, au cours des deux années depuis la sortie de BIKINI RIOT, son dernier album aux sonorités tamisées, que cette talentueuse compositrice allait bientôt emprunter tout un autre chemin ? Aujourd'hui, il est très difficile de discerner la jeune femme candide et anodine qu’elle était hier derrière la puissance et la volupté du rock alternatif qui s’incarne dans son nouvel album, Iromono.

Nous avons parlé à la chanteuse de la façon dont ce nouvel album a été créé, de ce qui a provoqué ce changement de style musical, comment se démarquer sur scène, si jouer en bikini l’intimide et pourquoi elle aurait était victime de la colère de son propre alter ego.

Bonjour et félicitations pour la sortie de ton nouvel album ! Puisqu'il s'agit de notre première interview, nous t’invitons à te présenter à nos lecteurs.

Ena Fujita : Bonjour tout le monde. Je m'appelle Ena Fujita et aujourd’hui je suis l’interprète et compositrice la moins habillée des scènes japonaises ! C’est un honneur pour moi de faire cette interview.

Le 26 juin, tu as sorti un nouvel album intitulé Iromono. Dis-nous, quelle est la signification de ce titre ?

Note : Le titre de l’album en japonais est "色 者".

Ena Fujita: En fait, le mot “iromono” s’écrit en japonais "色 ". Avec cette graphie, il désigne quelqu’un d’excentrique, un freak. Ça cadre avec mon parcours musical, qui semble assez souvent s’éloigner du mainstream. J’ai choisi ce titre par ironie. D’ailleurs, le caractère "色" (iro) peut faire référence à quelque chose de sexuel, tandis que "者" (mono) tend à indiquer une personne. C’est un concept qui me va.

Iromono est probablement l’album le plus intense de ta discographie jusqu’à présent. Qu’est-ce qui t’a inspiré ? Quel message voulais-tu faire passer à ton public ?

Ena Fujita: Je travaille avec un partenaire commercial de longue date, qui est le producteur GA-KO Tabuchi. Il a compris le mécontentement que je ressentais, et après un long moment il m'a soutenue pour que j’aboutisse à mon style actuel. Aujourd’hui, je chante la rage, l’ennui, l’absurdité. Avant, j’avais peur d’aborder ces sujets.

De ce que l’on peut comprendre, WAR I NEED figure sur le nouvel album mais il aurait été emprunté à ton autre projet, le groupe rock “anglais” Dolce. La chanson a beaucoup changé par rapport à la version originale ? Pourquoi as-tu choisi ce titre en particulier ?

Ena Fujita: L’un de mes hobbies est un jeu qui s’appelle mahjong. Dans la chanson WAR I NEED, je chante à propos des sentiments d’un joueur. En plus, récemment, et grâce au mahjong, j’ai commencé à être invitée à participer dans des programmes télé et autres activités, du coup j’ai pris la décision d’intégrer cette chanson dans l’album. C’est un clin d’oeil aux gens qui m’ont connue par le biais de ce jeu. Par rapport à la version d’origine, j’ai juste rajouté de la terminologie du mahong. En plus, le titre WAR I NEED est prononcé comme “je t’aime” en chinois (wo ai ni).

Et d’ailleurs, comment va la chanteuse de Dolce, Tiramisu? Elle t’a proposé d’autres duels musicaux récemment* ?

Ena Fujita: Je crois que Tiramisu est fâchée contre moi parce que j’ai commencé à jouer des chansons qui se ressemblent aux tracks de Dolce. Mais quand je recommencerai à parler d’amour et d’harmonie, j’imagine qu’elle reviendra vers moi pour un autre duel (rires).

*Le groupe de rock “anglais” Dolce (“anglais” uniquement dans le nom) est paru comme contrepoids pour la carrière principale de la chanteuse. Si Ena Fujita était en soi un idole pétillante et sympathique sur scène, son alter-ego Tiramisu était morose, osée et même agressive. La musique de Dolce était similaire au caractère de la chanteuse et le groupe jouait du rock alternatif. Vous pouvez regarder l’une de leurs performances ici. Bien évidemment, les “deux” chanteuses ne s'entendaient  pas et faisaient même des duels musicaux entre elles. Deux caractères bien contradictoires !

Mais revenons à Iromono. Quel est ton titre favori dans cet album? Est-ce qu’il y a une histoire spéciale derrière?

Ena Fujita: Ce serait Shinjuku. Vu de l’extérieur, Shinjuku est un arrondissement très beau, mais quand tu le vois de l’intérieur, c’est un bidonville immonde. Shinjuku est plein de rires et de cris de rage, d’amour et de tristesse, de gens prospères et de de gens qui ont tout perdu. Ce chaos me fascine, du coup, je l’ai transformé en chanson.

Quel est le titre qui a été le plus difficile de créer pour toi ? 

Ena Fujita: C’est avec Tsuki ga Tabeteshimatta que j’ai eu le plus de mal. Avant que la chanson aboutisse à sa forme finale, j’ai enregistré six démos et j’ai réécrit les paroles trois fois. En plus, il était dur pour moi de mémoriser les paroles de WAR I NEED, vu que ce morceau a été composé et écrit par GA-KO, même si nous l’avons enregistré à la première prise! J’ai toujours un peu de mal à les mémoriser quand les paroles sont écrites par quelqu’un d’autre.

Malgré les difficultés pendant sa création, Tsuki ga Tabeteshimatta, qui avait déjà été lancé en tant que single, est devenu l’un des titre les plus intéressants de Iromono.

Est-ce que le travail que tu as fait sur Iromono diffère de celui que tu as fait pour d’autres projets ? Nous avons l’impression que dans ce nouvel album tu as plus de confiance en toi en tant que chanteuse et compositrice.

Ena Fujita: Avant je chantais des mélodies faciles, et après GA-KO créerait des chansons toutes faites. Par contre, quand on était en train de travailler sur Iromono, il a cessé d’utiliser cette approche et s’est éloigné du processus créatif. Par conséquent, Iromono est un miroir de ma réalité à moi, là où il y a plein de sentiments négatifs et où tout se base sur des traumatismes. Je pense que cela transmet bien le poids de tout ce que j’ai vécu.

A propos de processus créatif : tu travailles aussi en tant que gravure model (mannequin glamour), tu joues dans des films et en même temps tu écris de la musique et tu te produis sur scène. Comment est-ce que tu arrives à tout faire et où est-ce que tu trouves l'énergie pour toutes ces activités ? 

Ena Fujita: C’est grâce à cela que je collectionne tout type d’expériences diverses. Ensuite, je les applique à ma musique.

Tes performances en bikini sont impressionnantes, et les couvertures de tes albums se ressemblent à des séances photo glamour. Par contre, tu n’as pas peur que les gens fassent plus attention à ton image qu’à ta musique ? Ou est-ce le contraire ? Penses-tu que cela t’aide à attirer de nouveaux fans ?

Ena Fujita: Comparé à des musiciens très célèbres, je ne suis pas aussi connue. Du coup, il était important de faire en sorte que les gens me connaissent. Alors, même si je passe une image négative, ce qui serait tragique serait si mon public n’avait jamais entendu parler de moi.  

Les couvertures des deux édition de Iromono sont différentes. L’une montre le côté lumineux de la chanteuse tandis que l’autre dévoile son revers plus osé et provocant.

Tu te souviens de ta première performance en bikini ? Est-ce qu’il y a eu quelque chose qui t’a donné le trac avant de monter en scène ?

Ena Fujita: C’est vrai que j’ai eu un peu peur, mais en même temps j’ai senti comme qu’une montée d’audace. Le bikini est mon uniforme de combat.

En quoi est-ce que l’Ena d’aujourd’hui est différente de celle qui venait tout juste de débuter sa carrière musicale ? Est-ce que tu as atteint tes objectifs ou pas encore ?

Ena Fujita: Avant, je n’avais pas de chansons ni agressives, ni tristes. Du coup, pour mon “moi” du passé, ce que je suis aujourd’hui pourrait être perçu comme un cauchemar (rires). Mais je crois que le “moi” de nos jours est bien plus intéressant. Si on parle des objectifs que je me suis fixée en début de carrière, on peut dire que je n’ai atteint qu’un seul : de me produire sous un grand label.

Parmi les vidéos en live sur ta chaine YouTube il y a plusieurs enregistrements de tes performances acoustiques. Ce genre de chanson te réussi bien. Est-ce que tu a pensé à lancer un album acoustique ?

Ena Fujita: Les sonorités que je veux faire passer à mon public sont plutôt hard, pas acoustique.  Du coup, je ne pense pas vraiment lancer quelque chose de ce genre. Même dans mes concerts, je joue peu de chansons acoustiques.

Tu as des vidéos live de Live Drive sur ta chaîne. En concert, pendant cette chanson les fans ont l’habitude de se mettre à genoux et de tendre les mains vers toi. C’est toujours un moment très sympa, peux-tu nous dire plus sur les origines de cette tradition ?

Ena Fujita: Ça c’est quelque chose qu’on appelle kecha au Japon. C’est un mouvement courant dans le milieu des idoles japonais. Et elle dure depuis que j’étais une simple idole toute mignonne et innocente (rires).

L’un des enregistrements les plus anciens de Live Drive sur la chaîne YouTube de Ena. Au cours des six dernières années, son public a clairement augmenté. .

En Europe, tu lances des albums avec JPU records. As-tu considéré venir jouer sur le vieux continent  ?

Ena Fujita: J’ai tellement de projets en ce moment, mais oui, j’aimerais venir jouer en Europe. Du coup, si vous faites appel à moi, c’est sur que je viendrais ! Dites-moi juste combien coûte le voyage (rires).

Il  y a beaucoup de fans qui se demandent comment gagner ton coeur. Est-ce que tu voudrais bien partager quelques astuces avec eux ?

Ena Fujita: Je suis une chanteuse japonaise, du coup je sais que ce n’est pas toujours évident de venir à mes concerts. Mais vous pouvez quand même me suivre sur Twitter et Instagram. Si vous aimez mes photos et que vous voulez vraiment me rencontrer en personne, venez me voir sur scène au Japon. Nous pouvons prendre des photos ensemble !

Merci pour ton temps et encore une fois, félicitations pour le lancement de l’album. As-tu un dernier petit message pour les lecteurs / lectrices de JaME?

Ena Fujita: Je sais que c’est rare que je fasse des concerts à l’étranger, du coup je ne suis pas très connue en dehors du Japon. Je suis ravie que vous lisiez mon interview et que vous vous intéressiez à mon travail. Je vous invite à écouter Iromono et merci beaucoup.

JaME remercie Ena Fujita, GA-KO Tabuchi et KING RECORDS pour nous avoir accordé l’opportunité de faire cette interview.

Vous pouvez acheter ou écouter Iromono en streaming avec iTunes et Apple Music. Vous pouvez également acheter cet album ou d’autres de la même artiste sur CD Japan.

L’album BIKINI RIOT de Ena Fujita est déjà en vente chez JPU Records.


 Twitter de Ena Fujita  Instagram de Ena Fujita
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