Concert d'Aki Onda, Alan Licht et Twig Harper aux Instants Chavirés

live report - 24.06.2009 17:30

Apocalypse contrôlée.

Que pleuve l'apocalypse ce soir à Montreuil. Twig Harper, Aki Onda et Alan Licht sont là pour faire trembler les murs des Instants Chavirés en ce vendredi 15 mai. L'Américain Twig Harper est le premier à passer, le bonhomme ressemble comme deux gouttes d'eau à un gentil clodo arpentant les rues new-yorkaises. À la place des rues, lui, ce sont les sons qu'il explore. Scientifique fou créant des mélanges hautement toxiques, il nous livre un maelström de sons à l'aide de ses divers instruments. On peut facilement penser à du Costes et ses habillages sonores dégénérés (la merde en moins), ses centaines de sons qui se déchirent comme des copeaux de bois balancés enflammés sur une foule, hurlante et agonisante, ils rebondissent et se mêlent pour créer un profond bruit détruisant chaque parcelle de bon sens présent dans la salle. Le bruit généré par le monsieur est tout ce qu'il y a de plus contrôlé, même si l'on peut penser tout à fait le contraire en le voyant triturer ses différentes manettes en tout sens. Les crépitements se font alors plus brusques, plus violents, les bruits venus du fond de sa gorge nous font l'effet de milliers de poignards pointés dans notre direction, prêts à nous asservir et à nous ronger de leurs lames acides.

Son set ne durera malheureusement que peu de temps, à peine une demi heure plus tard, il nous annoncera la fin de son unique morceau. Mais comme le temps le lui permet, s'engage alors un second morceau. Entre expérimentations assourdissantes et improvisations libres et folles, le jeu de Twig Harper est acide, limpide, ne cherchant en rien la perfection du son, il nous livre des sonorités brutes, sales, à l'aide se ses différents outils disposés sur la table. La plupart étant des instruments fabriqués de toutes pièces, telle que sa guitare artisanale à trois cordes, qui sonne plus comme un violon qu'autre chose et qui lui servira à différentes occasions chaque fois avec des fonctions différentes, créant un épais mur de bruits lourds et graves ou alors au contraire pour siffler comme un violon désaccordé et grinçant. Bluffant.

Après une petite dizaine de minutes de préparation, place aux deux maîtres de la soirée, Alan Licht et Aki Onda. Ce soir, il ne sera pas question d'une quelconque projection de clichés de la part de notre nippon préféré, comme lors de sa dernière représentation parisienne en compagnie de Noël Akchoté et Jean-François Pauvros. Ce soir, il prendra lui aussi les armes et s'agitera aux côtés de son complice américain. Leur set, qui ne durera malheureusement qu'une petite heure, peut être découpé en cinq actes, cinq morceaux, qui peuvent faire penser à leur album Everydays.

Acte 1
Le chaos, la fureur s'amplifie à mesure que les secondes s'écoulent, Alan Licht gratte ses cordes tandis qu'Aki Onda se balance et joue avec son baladeur et ses cassettes, le son tourne en boucle et nous éventre en douceur, créant ainsi une atmosphère mouvementée. Chaque particule, comme en suspension dans l'air, nous envahit pour mieux nous absorber ensuite. La tension monte, les sonorités se font violentes, nous agressent, nous entraînent à les suivre dans leur indescriptible destruction.

Acte 2
Le chaos laisse place à la désolation, le jeu d'Alan Licht se fait plus léger et dépressif, la musique devient atmosphérique, lourde et pesante. Les cordes hurlent, comme voulant être libérées du mal qui les ont engendrées. Les rythmes n'existent plus, tout est en apparence calme, Aki Onda trifouille ses manettes tandis que son compère tâtonne sa dizaine de pédales d'effets posés devant lui, pour essayer d'obtenir un son toujours plus malade et assourdissant. Le décor se plante peu à peu et on a devant nous une scène d'apocalypse, de renouveau apocalyptique que nous présentent les deux artistes. C'est un décor calciné qui se précise à mesure que le temps s'écoule, toujours plus interminable. Des arbres que la vie a quitté laissent siffler le vent entre leurs branches dépourvues de feuillage. On se relève avec difficulté et on scrute avec attention chaque signe d'une éventuelle présence vivante dans cette scène.

Acte 3
La vie tente de reprendre peu à peu le dessus sur la désolation ambiante, une vie à jamais marquée par les évènements passés, une vie synthétique, sans âme. Traduite sur scène par un jeu toujours plus minimaliste, lancinant. Un dur retour à la "réalité", altérée par la destruction de chaque particule vivante, une réalité où règne des êtres de métal, hiératiques, tout en gris, on sent le duo très inspiré par la littérature fantastique du début du vingtième siècle, recréant ainsi une atmosphère tendue et virulente. Alan Licht joue avec sa guitare, se sert d'une pince, d'un tournevis et tapote sur ses cordes avec pour en sortir des sons grinçants et secs. La vision cauchemardesque se transforme alors, tout bascule en quelques secondes, la réalité nous bouscule dans tous les sens, ces êtres jusqu'alors muets se mettent à nous piéter et à nous arracher à notre enveloppe corporelle.

Acte 4
La chute. Le cauchemar, l'horreur reprend le dessus, tout s'enchaîne à une vitesse fulgurante, la transition est brutale, mais courte, le monde se détruit, implose. Le duo se décompose, chacun de son côté, nous balance des décharges électriques, tristes, Alan Licht joue avec son tournevis sur sa guitare, avec fureur il l'agite pour créer une sombre vague apocalyptique et destructrice. Les vagues sonores se succèdent une à une et viennent nous fracasser le crâne dans un ouragan meurtrier, le silence s'installe à nouveau dans la salle, le cauchemar s'achève et on a bien du mal à réaliser ce qu'il s'est produit en un éclair.

Acte 5
Les sonorités se font plus métalliques, plus synthétiques, la vie s'éveille, l'apocalypse s'amorce à nouveau, cette fois-ci contrôlée et libératrice, destruction et redéfinition de notre espace sonore. Le calme prend peu à peu le pas sur le chaos ambiant, les sons se taisent et nous déglutissent. Les deux compères lâchent leurs instruments, l'apocalypse est terminée, on les regarde les yeux encore pétillants. Plus qu'un spectacle à écouter, c'est un concert à voir et à vivre auquel nous avons assisté ce soir. Les applaudissements n'en finissent plus, la salle tremble, à juste titre.

Rideau.
artistes liés
commentaires
blog comments powered by Disqus


publicités
  • Ant1nett
  • CDJapan