Longtemps considéré comme inaccessible, le groupe envy repasse continuellement depuis deux ans en France. L'aura culte qui tourne autour de ce groupe, un des plus grands noms du screamo, contribue à elle seule de faire salle comble à chaque fois. C'est cette fois-ci le Glaz'Art qui en faisait les frais et qui était bondé de la scène jusqu'au bar pour un concert qui s'avère être un des chocs de cette année.
Les luxembourgeois de Mutiny On The Bounty ouvraient le bal avec leur musique aux antipodes de celle d'envy. Très énergique, le math-core du groupe est propulsé tel un boulet en pleine gueule. Les membres se donnent à deux-cent pourcent, gesticulant à droite à gauche avec frénésie en total accord avec la musique. Se démarquant totalement du rock habituel, les schémas musicaux dit classique sont ici complètement détruits, changeant mesures et variations constamment pour malgré tout faire une musique extrêmement cohérente. On en vient à se demander ce que prennent les luxembourgeois pour proposer une telle musique. Une (très) bonne découverte et un sacré groupe à voir sur scène, avec de l'envie et un sacré sens de la composition. 45 minutes de concert pour un groupe qui avait l'air honoré d'ouvrir en première partie un de leur groupes préférés.
L'ambiance commence à chauffer et les gens à se rapprocher de la scène au fur et à mesure que le matériel du groupe est monté. Les souffles se coupent, le ton se fait silencieux à part de la part de quelques personnes grassement imbibées, quand An Umbrella Fallen Into Fiction commence à résonner. Extrêmement calme, la chanson introduit immédiatement le public dans l'univers triste d'envy. Véritable crêve cœur, celle-ci se définit le plus simplement du monde aux frontières du screamo et du post-rock. Quand résonnent les premières notes de Chain Wandering Deeply, la foule s'amoncèle et crée simplement l'apocalypse. Headbang de part et d'autres de la salle, circle pit et pogo, la lourde violence du groupe s'abat comme un exutoire sur le public. La musique d'envy est simplement un mur massif d'émotions, de vie, qui se déguste sans un mot.
envy a la chance de compter sur des musiciens énormes, ajustant avec force et puissance les différentes mélodies et leur donnant vie. Mais la différence entre un très bon groupe et un de légende tient toujours dans ce petit truc en plus, ce coté que personne n'a d'autre... Ici, c'est leur chanteur, Fukagawa, qui est véritablement le moteur d'envy. Derrière ses mots, ses spoken words susurrés se cache un démon qui surgit toujours vomir sa bile de sentiments à la face du public. Monstre d'émotions, les gueulantes de Tetsuya sont uniques, et véritablement prenante. Du public, l'impression qu'il se dégage n'est pas qu'il crie "gratuitement" mais que dans chaque hurlement se cache un message, un ressenti terrassant.
De plus, malgré les albums de plus en plus calmes, la part à l'expérimentation de plus en plus grande, la formation ne s'est pas assagie, loin de là. On aurait pu croire qu'envy se contenterait de jouer les chansons d'Insomniac Doze et quelques autres... Que nenni, ces japonais là n'oublient pas leurs origines et distillent de véritables baffes hardcore à la face du public. C'est ainsi que s'entrecroisent des chansons comme Last hand, Go Mark and Mark, Scene... Et apparaissent de véritables petites surprises comme A chacun de tes pas, chanson tirée du split avec le groupe français Iscariote.
Voir un groupe ne pas se renier, et malgré les évolutions les faire dans le respect du passé est quelque chose de fort, rendant la musique d'envy encore plus forte. Car au final, ils ne font pas ça par rapport à leurs fans, mais par rapport à eux car ces chansons là leur parlent. Alterner ainsi entre noire poésie et pure violence est un exercice qui peut s’avérer lassant et qui pourtant au final est extrêmement réussi par le groupe.
Ce qu'il reste au final de ce concert n'est simplement qu'un moment brut d'émotion musical, brutalement et excellemment exécuté de 5 hommes qui du haut de leur musique ne fait simplement que vivre pleinement. C'est ce genre de concert dont on manque, ce genre de concert qui touche autant le public qu'un groupe, visiblement toujours autant ravis d'être là. Et même si les setlists n'évoluent pas forcément pendant les dates, c'est avec plaisir aux lèvres que l'on se dit à l'année prochaine pour un nouveau concert.
Live report d'envy au Glaz'art
live report - 18.06.2009 11:00
Comme un doux parfum d'Apocalypse

© Jeremy Corral














