Interview avec YAMA-B

interview - 16.05.2013 08:00

L'ancien chanteur de Galneryus nous a parlé de ses plans pour conquérir l'Europe.

Après avoir appris que YAMA-B prévoyait de se rendre en Pologne, nous avons décidé d'en apprendre plus sur ses projets et aussi de présenter ce grand chanteur de metal à nos lecteurs qui ne le connaîtraient pas encore. YAMA-B s'est d'abord fait connaître en tant que chanteur et membre fondateur de Galneryus, avant de poursuivre une carrière solo et deux autres groupes - Gunbridge et Rekion. En dépit des préparatifs liés à sa prochaine venue estivale en Europe, il a trouvé le temps de répondre à nos questions concernant ses projets, dont ses prochains concerts européens et son travail avec différents artistes étrangers.


Tout d'abord, nous sommes vraiment curieux de savoir à quoi correspond le "B" de votre surnom.

YAMA-B : YAMA-B est le surnom que l'on m'a donné lorsque j'étais étudiant. Mon vrai nom est Yamaguchi, et il est généralement raccourci en "Yama". Il se trouve que Yamaguchi est un nom très populaire au Japon, donc il y avait beaucoup de Yamaguchi dans mon école. Afin de nous différencier, on a commencé à nous appeler "Yamaguchi-A", "Yamaguchi-B", "Yamaguchi-C", ou plutôt "Yama-A", "YAMA-B", "Yama-C". J'étais "YAMA-B" et ça m'est resté toute ma vie.


En général, on se souvient de vous en tant que chanteur de Galneryus. Beaucoup de personnes se demandent pourquoi vous avez décidé de quitter le groupe, étant donné que vous étiez non seulement son fondateur mais également l'auteur de la plupart des morceaux.

YAMA-B : Au tout début, Syu et moi avions une vision différente de ce qu'était une bonne mélodie. Syu était fan des formations de rock japonais des années 80 et 90 comme X JAPAN, tandis que je préférais les chansons d'animes des années 70 et 80 et que j'écoutais beaucoup de groupes de heavy metal américains et européens.
Avoir des goûts différents ne posait pas de problème au départ, mais nos contradictions se sont accrues au fur et à mesure des morceaux. A un certain stade, au lieu de faire la musique que nous aimions, le groupe a cherché à faire de nouvelles choses, afin de ressembler à quelque chose qui soit nouveau et moderne. En particulier Syu qui pouvait chercher de nouvelles inspirations sur le moment, en oubliant complètement la trame, le style et le concept que nous avions suivis jusqu'ici. C'est tout le contraire de moi – je suis le genre de personne qui aime s'en tenir à certaines règles, à certains concepts. Je suis aussi à l'écoute des fans. Leur soutien m'est vraiment précieux.
Considérant que l'approche spontanée de Syu avait son propre sens, et que mon attitude avait sa propre valeur, j'ai décidé qu'au lieu de nous affronter en essayant d'imposer ses idées à l'autre, il valait mieux se séparer afin que chacun soit libre de mettre en œuvres sa propre vision des choses.


Travailler dans un groupe célèbre a ses bons et ses mauvais côtés. Qu'avez-vous le plus apprécié en étant dans une telle formation ?

YAMA-B : Évidemment, le fait d'avoir travaillé avec les meilleurs musiciens du Japon est un trésor qui durera toute la vie. J'ai pu goûter à ce que voulait dire "être au top". Je considère aussi qu'avoir travaillé avec l'un des plus grands labels japonais est un luxe. Dans ces circonstances, j'ai également eu la chance d'améliorer mes performances vocales, ce qui est aussi très précieux pour moi.


D'un autre côté, vous êtes aussi un artiste indépendant. Est-ce qu'il vous arrive de ne pas avoir le temps et le courage de tout faire vous-même ? Est-ce que vous ne regrettez pas de n'avoir plus personne pour s'occuper de certaines choses à votre place ?

YAMA-B : Quand on veut faire ce qu'on veut, comme on le veut, il faut vraiment travailler très dur. Cependant, j'ai quand même un manager qui bosse beaucoup et qui continue sans cesse de me donner de nouveaux objectifs – mais je ne me plains pas ! Bien au contraire. Je suis reconnaissant et heureux. J'adore ce que nous faisons.


Il y a de cela un certain temps, vous avez aussi donné des cours de chant. Y avez-vous eu recours vous aussi pour apprendre à chanter ou êtes-vous autodidacte ?

YAMA-B : En tant que chanteur de metal je peux assurer que je suis autodidacte. Cependant, ma mère m'a en quelque sorte donné des bases de chant classique, puisqu'elle-même avait appris certaines techniques vocales d'un tuteur privé. Nous avions l'habitude d'en parler et de chanter pendant le repas.


Enseignez-vous toujours ? Quels sont vos objectifs en tant que professeur ? Donnez-vous seulement des cours de chant "heavy metal”, ou avez-vous aussi des chanteurs pop amateurs qui recherchent des conseils sur les techniques vocales ?

YAMA-B : Oui, je suis toujours professeur de chant dans une école de musique à Osaka. Les étudiants qui viennent me voir ont des motivations différentes mais, en général, ils veulent plutôt chanter de la musique metal. Mais si quelqu'un ne s'intéresse pas au metal mais à la pop ou à l'opéra, ce n'est pas vraiment un problème parce que certaines bases de chant sont universelles et utiles quel que soit le style.


Lorsque vous chantez, votre anglais se démarque vraiment de celui d'autres chanteurs japonais car proche de la perfection. Quelle en est la raison ? Avez-vous appris l'anglais à l'école ou avez-vous appris à chanter en imitant les chanteurs occidentaux ?

YAMA-B : Vous ne le savez peut-être pas mais il y a beaucoup de chanteurs au Japon qui savent parfaitement chanter anglais. En ce qui me concerne, ma prononciation peut encore être améliorée. J'ai appris l'anglais par moi-même. Je n'ai jamais eu de professeur. En fait, comme vous l'avez dit – en écoutant des chansons en anglais – j'ai essayé d'imiter la prononciation.


Parlez-vous aussi bien anglais que dans vos chansons ?

YAMA-B : Mon anglais est très mauvais. Mais j’espère pouvoir le parler plus souvent et donc faire des progrès.


N'êtes-vous pas inquiet à l'idée que la langue et la barrière culturelle puissent poser problème dans votre travail et pour conquérir un public européen, ou pensez-vous au contraire que ce soit un avantage ?

YAMA-B : Il y a bien sûr la barrière de la langue. Mais au-delà de ça, nous sommes conscients que nous allons à la rencontre d'un monde différent de celui dans lequel nous vivons, le seul que nous connaissons. Nous sommes vraiment confiants. Nous espérons que cette expérience va nous inspirer. C'est notre chance.


Est-ce que vos racines sont importantes en tant qu'artiste – vous considérez-vous comme un artiste japonais, ou un musicien metal qui vient du Japon ?

YAMA-B : Je pense avec fierté à mon pays. J'ai un peu peur qu'en allant à l'étranger on ne cesse de nous rappeler que nous sommes japonais au point d'en être malade. Évidemment, mon objectif est d'être reconnu internationalement, mais je ne pourrais oublier d'où je viens. Cependant, je me considère avant tout comme quelqu'un qui aime le metal plus que quiconque au monde !


Parmi vos artistes préférés vous mentionnez Kai Hansen et Iron Maiden. Qu'appréciez-vous le plus chez eux ?

YAMA-B : Kai Hansen est un merveilleux musicien qui a créé un metal puissant et mélodieux. Il a inventé un genre à lui tout seul et c'est énorme ! D'autre part, la force d'Iron Maiden est d'avoir réformé le rock en lui enlevant les contraintes de la gamme pentatonique. Leurs lignes mélodiques contiennent beaucoup d'éléments de la gamme diatonique, et je considère aussi ceci comme un vrai progrès.


Est-ce que seuls les "classiques" du genre vous inspirent ou admirez-vous aussi certains artistes contemporains ?

YAMA-B : J'aime vraiment le metal classique. Je l'écoute encore aujourd'hui et il m'inspire toujours. Mais j'aime aussi de nouveaux groupes comme Killswitch Engage et German Caliban par exemple.


Avez-vous grandi avec le heavy metal ou l'avez-vous seulement découvert après plusieurs années à chercher votre propre style ?

YAMA-B : J'ai toujours écouté des groupes européens et américains de heavy metal. Parce que dans les années 80, le metal était très populaire et beaucoup de chansons metal étaient présentes dans les hit-parades. C'était le bon temps ! Le metal était même à portée d'un enfant !


Sur votre site officiel, parmi vos artistes préférés vous mentionnez Isao Sasaki, un doubleur et chanteur qui a travaillé pour de nombreux animes. Êtes-vous un fan d'animes ? Si oui, qu'est-ce qui vous plaît le plus : ceux de la vieille école, comme ceux pour lesquels Isao Sasaki a chanté, ou en découvrez-vous encore de nouveaux ?

YAMA-B : Tout le monde au Japon sait que je suis un très grand fan d'animes. Il y a une grande convention de manga et d'anime à Tokyo deux fois par an, et ça fait deux ans que j'y participe avec mon propre stand. Il faut être sélectionné pour pouvoir avoir son stand. Ce fut une chance formidable pour moi de pouvoir y prendre part. Au passage, oui, j'aime les anciens animes mais j'aime aussi être au courant des dernières nouveautés.


Plusieurs jaquettes CD de Galneryus furent conçues par le célèbre artiste Yoshitaka Amano. Aimeriez-vous travailler à nouveau avec lui ou avec d'autres illustrateurs ?

YAMA-B : Comme vous le savez, de nombreux illustrateurs retournent au style de leurs débuts, c'est-à-dire le manga et les animes. Yoshitaka Amano n'en est qu'un parmi tant d'autres. Je pense que la personnalité la plus culte, aussi bien au Japon qu'à l'étranger, est Mamoru Nagano. S'il pouvait réaliser une jaquette pour moi un jour, ce serait un véritable honneur !


Vous êtes très actif en tant que musicien. Votre site officiel répertorie plusieurs projets différents, autant en tant qu'artiste solo qu'accompagné d'autres musiciens. Commençons par Rekion : vous prévoyez de sortir un CD cette année. Pouvez-vous nous en dire plus ?

YAMA-B : En ce qui concerne Rekion, un nouvel album doit sortir cette année. Cependant, Rekion est plutôt un projet secondaire pour moi. En ce moment, mon projet YAMA-B est plus stimulant car je travaille avec des artistes du monde entier. Vous avez sans doute déjà pu entendre la chanson que j'ai enregistré avec le grand chanteur norvégien, PelleK, et vous pourrez bientôt écouter de nouveaux morceaux créés avec le groupe espagnol Phoenix Rising, la formation brésilienne Opus V et le compositeur argentin Rodrigo Diaz.


Vous allez bientôt vous rendre en Pologne avec votre autre groupe Gunbridge. La Pologne est un choix tout à fait inhabituel pour un artiste étranger. Pourquoi ce pays ?

YAMA-B : La principale raison est que notre manager est polonais. Mis à part ça, je trouve que la Pologne est très bien située, elle est faite pour être un camp de base. Nous commençons par la Pologne, mais nous voulons aussi visiter d'autres pays européens.


Vous avez aussi d'autres projets en Pologne – une séance photo, des concerts, un camp de base pour faire d'autres concerts en Europe. Est-ce que vous allez seulement travailler ou y a-t-il des choses que vous aimeriez voir ou faire juste pour le plaisir ?

YAMA-B : Notre principal objectif est professionnel. C'est ce que nous ferons en premier. Mais j'ai entendu dire qu'il y avait des plages magnifiques sur la côte Baltique. J'aimerais aller voir le bord de mer. Je souhaiterais également visiter Varsovie et Cracovie. Nous n'avons pas l'habitude de voir les vieilles villes européennes traditionnelles au Japon.


Y a-t-il un endroit au Japon ou n'importe où ailleurs où vous aimeriez particulièrement jouer ? Pour beaucoup d'artistes, il s'agit du Budokan, du Madison Square Garden ou de Wembley. Qu'en pensez-vous ? Peut-être préférez-vous les petites salles ?

YAMA-B : Le meilleur endroit au monde est celui où les gens se rassemblent pour écouter ma musique. Peu importe si c'est grand ou petit.


Gunbridge a sorti un maxi-single en décembre. Quels sont vos futurs projets ? Est-ce qu'un album est prévu ?

YAMA-B : Comme je l'ai déjà dit, je prévois de sortir un album avec Rekion cette année. Il y aura également des singles en tant que YAMA-B.


Un concert à Londres est prévu. Pouvez-vous nous en dire plus ? Est-ce que ce sera en tant que YAMA-B ou Gunbridge ? Y aura-t-il des invités spéciaux tels que PelleK ?

YAMA-B : J'ai été invité par le personnel du London Anime Con. La convention se tiendra du 20 au 21 juillet et je ferai deux concerts pendant ces deux jours. J'y jouerai mes propres chansons ainsi que celles de Galneryus et quelques pistes d'animes célèbres.


Comment réussissez-vous à travailler sur tous ces projets? Je sais qu'ils ne sont pas tous actifs en même temps, mais pouvez-vous nous expliquer pourquoi il y en a autant ? Est-ce parce que ça vous permet de travailler sur différents styles et avec plusieurs artistes ? Pouvez-vous nous dire en quoi ils diffèrent les uns des autres ?

YAMA-B : Je ne pense pas qu'il y en ait trop ! Mon projet principal est Gunbridge. J'y chante en anglais et vise un public international. Comme dit précédemment, Rekion est un projet secondaire, je n'y passe pas beaucoup de temps et n'en ai pas l'intention. La seule nouveauté est le projet YAMA-B, dont le principal concept est la recherche d'une qualité nouvelle, une expérimentation, et c'est ce qui me passionne le plus donc j'ai l'intention de vraiment m'y impliquer.


En plus d'être chanteur, vous jouez de la guitare, de la basse, du piano et de la batterie, et c'est en utilisant toutes ces capacités que vous enregistrez vos projets solos. Pourquoi la polyvalence ? Est-ce que vous avez essayé plusieurs instruments étant enfant, ou avez-vous appris à en jouer en débutant votre carrière solo afin de contrôler l'ensemble du processus d'enregistrement ?

YAMA-B : J'ai commencé à jouer de plusieurs instruments dans l'idée que ce serait plus facile, plus rapide et plus fiable de faire tout soi-même plutôt que d'essayer de trouver quelqu'un qui pourrait le faire à ma place. Évidemment, j'y ai passé beaucoup de temps et je me sens assez à l'aise avec la guitare. Sur scène, en dehors du chant, je m'occupe aussi de la basse et du piano donc j'ai dû pratiquer ces deux instruments en particulier afin d'atteindre un certain niveau de précision. En ce qui concerne la batterie, je n'ai acquis que les bases. Pour les enregistrements, j'utilise une boite à rythme.


Comment vous est venue l'idée d'aller à l'étranger et de travailler avec des artistes internationaux ?

YAMA-B : Beaucoup d'idées sont venues de mon manager polonais. Puis nous les avons lentement mises en place. Cette interview fait partie de ces petites étapes !


Que pouvez-vous nous dire de la scène metal au Japon ?

YAMA-B : En ce moment, les groupes les plus populaires sont les groupes féminins. Cette mode est appelée "jyo-metal". De nos jours, les labels sont plus fortement intéressés pour signer avec des formations féminines.
Le mouvement visual kei a également été très populaire. Cependant, même si de nombreux groupes de visual kei sont juste metal, au Japon, ils sont considérés comme faisant partie d'un genre différent. Qui plus est, ce style a sa propre fanbase donc les "vrais" métalleux n'interagissent pas avec les fans de visual kei. Malgré les évolutions de la scène metal, Galneryus semble toujours aussi populaire. Et même si je n'en fait plus partie, ça me fait quand même plaisir !


Enfin, y a-t-il autre chose que vous aimeriez dire à vos fans européens ?

YAMA-B : Ce sera notre premier voyage et notre première tournée à l'étranger. Nous voulons vraiment renforcer nos relations avec l'Europe. Nous allons donner le meilleur de nous même mais nous allons avoir besoin de votre soutien. Je ferai de mon mieux !


Nous remercions le manager de YAMA-B, Dorota "Nika" Janiszewska, pour avoir organisé et traduit cette interview !
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