ANTHEM - Burning Oath

chronique - 16.01.2013 06:00

Plus de quinze ans de promesses tenues et toujours la flamme des débuts !

La bande d'Eizo Sakamoto est de retour après quatorze albums et plus de quinze ans de carrière. Un nouveau CD d'ANTHEM, c'est un peu comme quarante minutes de puissance pure, du headbang à s'en épuiser les cervicales, ou une année bissextile par an ! On ne s'en lasse pas et on en redemande. On l'attend, on l'espère, on en veut. Maintenant ! Frénétiquement, on déshabille le boîtier du disque, on jette le résidu de plastique derrière soi tel un Russe buvant à la nouvelle année et sans même se souhaîter nos meilleurs voeux, on s'abîme dans le sommeil de l'ivresse en posant la galette dans le four à sensations. Pour quarante minutes cette année encore. On y va ?

La piste d'introduction, Evil One, démarre très fort, comme le laissait présager la couverture de l'album. Sur celle-ci, le logo du groupe, un A à la forme caractéristique fondu dans du métal brut et marqué de profondes stries diagonales, se détache violemment d'un aplat aux tons verdâtres dans une explosion de roches. "Heavy metal is dead", chantait ironiquement Demon Kogure dans les dernières années du vingtième siècle, alors encore embauché chez Seikima-II. On peut le confirmer sur le même ton, à la Wayne's World : Heavy metal is dead... NOT ! Après Evil One, il faut patienter. Mais la cinquième chanson nous permet de retrouver, quasiment jusqu'à la fin de l'album, le bon vieil ANTHEM qu'on aime. Entre les habituelles envolées lyriques du chanteur, les riffs démoniaques à vous secouer les sangs, les orchestrations... attendez, vous pouvez répéter : un orchestre ?! Et c'est ÇA le bon vieil ANTHEM qu'on aime ? Il semblerait, oui. C'est ce que l'on appelle l'évolution et il est nécessaire, lorsque l'on est dans le domaine depuis une vingtaine d'années, de savoir s'adapter pour fournir du nouveau sans pour autant casser son image. C'est une réussite car l'abus n'est pas de mise : limité à l'arrière plan, en toute discrétion, il saura se rappeler à votre attention en toute fin de morceau sans déborder trop longtemps. Les soli, toujours irréprochables, n'ont rien à envier à la qualité de la composition : un pur bonheur de headbang ! Quelques libertés instrumentales sont toutefois prises çà et là : un refrain original en drum'n'voice sur Struggle Action accompagné de transitions de mesures marquées par des arpèges saturés, la folie d'une guitare électrique menant la danse en l'absence du chanteur dans Double Helix, ou encore Overture, une piste d'introduction instrumentale, à la fois puissante et éphémère, mais paradoxalement positionnée en interlude dans l'album. C'est une face du groupe qu'on ne connaissait pas encore que nous offre généreusement Burning Oath.

Mais dans cet opus flotte comme un parfum de copie sur le voisin : les gars d'ANTHEM pomperaient-il un peu sur Galneryus ? La mélancolie est tout à l'honneur dans nombre de passages de ce "Serment flamboyant" : Unbroken Sign met en valeur les gueulantes mais ne passe pas sous silence les plus belles envolées lyriques du chanteur et en toute sincérité, si l'on remplaçait Eizo Sakamoto par Masatoshi "SHO" Ono, difficile de voir la différence, d'autant que les deux chanteurs ont un timbre parfois facile à confondre en voix claire ! On and On a également cet aspect "jeune", mais pourrait se targuer d'être, de par sa simplicité, bien mieux abouti que Shining Moments. L'expérience parle encore mais le jeu de guitare, les riffs, la batterie, ou encore la composition font trop souvent penser au groupe mené par Syu... Du côté de Cupertino cela mènerait sans doute à un procès, mais dans le milieu de la j-music, c'est un fait fréquent qu'on ne prend même plus la peine de noter. Et puis quand on connaît l'engouement des metalheads japonais pour la folie Malmsteen et leur tendance à la parodie jusqu'à l'excès, difficile de juger. D'autant qu'entre nos mains se trouve un album jusqu'ici de qualité, bien produit, avec la basse d'une autre icône du metal au Japon, Naoto Shibata, et des guitares en harmonie complète... Il faudrait être complètement dément pour s'en plaindre.
Ghost in the Flame, quant à lui, ne se vêt que de la basse et d'un peu de guitare en arrière-plan pour toute introduction, arborant ainsi une dimension oppressante inédite. Ensuite, on se trouve face à du ANTHEM avec un petit plus : les couplets d'un calme apparent reprennent la ligne de basse simple mais incisive instaurée par Black Sabbath dans Heaven and Hell, ce qui n'est tout de même pas dégueulasse ! Le refrain est parmi les plus aériens du groupe ; à l'instar de la composition des britanniques, celle-ci est un mid-tempo qui vous emporte inéluctablement, menée par la quatre-cordes quand il le faut, et le solo exécuté de main de maître est à classer dans les plus beaux de la formation. L'orchestre fait même une apparition en grand final. Si vous cherchiez un successeur à la somptueuse ballade Life Goes On parue en 2004 dans Eternal Warrior, vous n'en serez pas encore pour votre argent. Reste que la moitié du chemin a été parcourue et c'est une bonne nouvelle, car les ballades et assimilées manquaient un peu dans l'univers d'ANTHEM ces dernières années.

C'est une certitude : cette année encore le père Noël ne nous a pas laissé tomber, Eizo nous le promettait de sa voix haut perchée dans la piste d'ouverture (et non Overture qui, rappelons-le, figure en troisième place de l'opus) : "I won't let you down" ! La composition, d'une qualité louable, va parfois jusqu'à copier sur ses aînés ou même son cadet, le petit Syu qu'il avait formé en vinyle rouge au sein d'ANIMETAL. Cependant, le groupe peut encore, malgré son âge avancé, amener du neuf après des années de heavy à la papa. Eizo Sakamoto donne toujours de la voix sans faiblir et ses copains sont à la hauteur de leur succès. L'expérience parle à nouveau pour les Japonais : Burning Oath ne pouvait être qu'une promesse déjà tenue dès l'instant où elle fut prononcée. L'album nous fournit tant de brûlots qu'on a fini par prendre feu comme un vulgaire Ghost in Flame. Terriblement efficace, c'est encore une fois un disque cinq étoiles que nous amène le quatuor de quadragénaires. Quand s'arrêteront-ils ? Alors que le Ozzfest 2013 s'annonce au Japon, la date arrêtée au 12 mai verra la formation jouer aux côtés de Black Sabbath... quelle admirable coïncidence !
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