Gackt - HAKURO

chronique - 16.10.2012 07:00

Un single à l'image de son interprète mais manquant cruellement de retouches.

Une nouvelle sortie de GACKT c'est bien, une disponibilité en France c'est mieux. Depuis le 10 octobre, GAN-SHIN vous fournit bien aimablement la version numérique de HAKURO ; ça tombe bien car un nouveau single de GACKT fait parler, que ce soit en bien ou en mal. C'est systématique, depuis ces dernières années l'artiste se plaît à chanter toujours la même ritournelle et le public à le suivre, d'autres plus sceptiques à l'abandonner, à corps défendant. Seulement il y a un moment où l'audience n'est plus dupe, et si la débauche de moyens dans un clip peut excuser la pauvreté d'un morceau, sur un support uniquement audio le bât blesse d'autant plus.

HAKURO, c'est beaucoup de bruit pour pas grand-chose. C'est certes un retour flamboyant, triomphant, pour l'artiste qui a erré de salle en salle - parfois même obligé d'annuler - avec un groupe plus apprécié pour son line-up que pour ce qu'il a laissé, j'ai nommé YFC. Avec peu ou pas de compositions personnelles, nous savions tous ce qu'il adviendrait. Et ce même si GACKT se repose beaucoup sur son pote Fujimura, Chachamaru pour les intimes. Mais ce dernier a, lui aussi, changé et prépare ses menus avec la même sempiternelle tambouille, bien loin derrière ce qu'il a élaboré pour des légendes comme Toshimitsu Deyama en solo ou Minoru Niihara avec Ded Chaplin, après avoir bossé dans deux grands groupes de rock progressif japonais, genre où il est nécessaire de s'illustrer dans une composition et une interprétation à la fois efficace et technique !

Le talent des deux hommes se distille au compte-goutte et l'intérêt de ce HAKURO est au final bien bas... L'intro aux violons expédiée, le doute n'est pas permis : oublié l'insipide Graffiti, balayé le platissime Until the Last Day, GACKT semble vouloir rester sur sa décision de n'être plus qu'un artiste à faces B et à fournir le minimum pour écrire les chansons destinées à devenir des singles. Quand l'inspiration ne vient pas, autant faire une suite : Setsugekka est ici directement concernée. Et après tout ce n'est pas spécialement un mal puisque point de vue qualité, le morceau se plaçait bien là ! Oui, mais l'inconvénient est qu'à force d'abus, la redite devient flagrante. Si pendant un moment on a l'impression que les couplets s'essayent un peu à créer un pattern qui n'a pas encore été exploité, le refrain envoie valser vos doutes à Vienna. L'animal a tellement rongé son os que ce refrain va vous hanter dans vos pires cauchemars ; le break n'ira pas chercher bien loin son évolution, le spectre traditionnel revient lui aussi sur les marches qui mènent au pont. Le déroulement de HAKURO ne se pare pas le moins du monde des reflets les plus captivants de celle qu'elle tente tant bien que mal d'honorer, l'impression que la composition s'est faite d'une traite est bien difficile à chasser.

En contraste, la face B est un morceau entraînant à la Koakuma Heaven, débutant avec un synthétiseur bien agressif comme il faut, vite secondé par la batterie. Un titre qu'il ne faut pas prendre pour ce qu'il est musicalement mais pour son but final : nous donner envie de danser. Pas vraiment transcendant, mais on se fout bien de savoir dans quelles conditions a été composée Jounetsu no Inazuma qui rentre insidieusement dans les tympans et transmet sa folie aux muscles moteurs des jambes. Après tout si l'on veut faire de la pop, faisons-le sans nous soucier des conséquences ! Et apparemment, la bande à GACKT sait y faire... À voir si le public rock est vraiment prêt à accepter cet affront de plus.

Se voulant comme une suite de Setsugekka (il suffit pour s'en convaincre de prêter attention à la pochette du single qui dépeint un GACKT dans une mise en scène aussi sombre et kitsch), nous assistons aux mêmes orchestrations et à la même construction musicale, impuissants. Le destin de HAKURO paraît à l'image de son illustration, avec quelques nuages de plus. Le chanteur livre avec ce single un retour très en-deçà des attentes : après une longue absence qualitative, le minimum eût été de surprendre avec un morceau réellement inédit digne du réveil qu'avait brandi Jesus, et non une compilation de moments de ces trois dernières années emballés à la va-vite, comme pour se débarrasser d'un travail qui pèse lourd, si lourd... On pourra excuser le péché de jeunesse - même chez un artiste de sa dimension et son expérience - et attendre avec impatience les prochaines sorties. Néanmoins, nul doute que pour certains le constat sera très, très amer.



Attention : seule la face A du single est disponible dans la référence catalogue BL340082 de GAN-SHIN.


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