Grand Prix - Treasure Hunting

chronique - 23.10.2012 07:00

A l'époque où X Japan brossait ses premières plumes et où Komuro recrutait ses premières idoles, un certain Yamada quittait l'époque du heavy metal pour embarquer sur le navire de la pop rock sucrée salée des années 90, prêt à marquer le marché japonais d'une empreinte inédite et jamais copiée par la suite.

Grand Prix est souvent considéré, à tort, comme la suite de Make-Up, de part la présence de Nobuo Yamada au micro. En effet, son chant est emblématique de toute une époque et de toute une génération de fans.

Il n’en est pourtant rien. Si Make-Up représente pour beaucoup un groupe de heavy metal des années 80 (ce qui est le cas), propulsé par Saint Seiya et symbole du groupe « collector » à connaitre, Grand Prix représente plutôt la maturité de Yamada et sa version « major ».

A l’origine, c’est le claviste de Make-Up, Yougo Kouno, qui fonde le groupe et qui va chercher Yamada pour occuper la position de chanteur. Les trois autres musiciens sont quant à eux nouveaux pour le public et sans rapport avec Make-Up.

Et de ce côté-là, on est loin des marshall rauques de Matsuzawa, on a le droit à une musique rock mais profondément pop, fraîche et surtout polyvalente. En effet, Kouno s’exprime ici pleinement et les claviers prennent une place prédominante dans les chansons, parvenant même à se faire remarquer autant que Yamada. Akio Minami, à la guitare, n’est pas en reste et nous sert tantôt un riff puissant et rythmé, tantôt de petites arpèges en son clair ou même des slows bien sentis.

L’ensemble du groupe est de très bon niveau, pas spécialement technique mais très bien maîtrisé, avec assez souvent des envolées instrumentales servant de pont entre les parties, avant ou après un solo. Nous ne sommes en effet pas loin d’un genre pop rock progressif, si tant est que ce genre existe.

Et la cerise sur le gâteau, c’est Yamada. Beaucoup plus posé et moins démonstratif que dans ses précédents groupes, il nous livre ici une prestation puissante mais tout à fait crédible. Pas monotone pour un sou, il en joue comme d’un vrai instrument et nous emmène dans des envolées lyriques dignes des meilleurs solos de guitare des années 90.

Intéressons-nous ainsi un peu à Treasure Hunter, son deuxième album sorti en 1989, soit un an après sa formation.
C’est probablement le plus équilibré du groupe qui alterne trois styles : boogie rock, slow low ou middle tempo, et pop rock sucré salé.

Très souvent, à l’inverse de Make-Up notamment, on a droit à une introduction à base de claviers très présents qui précède en général un riff de guitare bien terrien, avant de laisser place au chant de Yamada et à ses envolées lyriques lors des refrains. Sa voix a en effet cette particularité, en plus d’être puissante, de ne jamais être monotone et de se manier comme d’une guitare en plein solo : il en fait ce qu’il veut, l’emmène où bon lui semble et pourrait même concurrencer Kouno si l’envie lui prenait.

Et c’est là qu’on est étonné lorsque l’on prête l’oreille : certains passages sonnent rock progressif, avec de longs ponts instrumentaux, basés sur le clavier de Kouno et la guitare de Minami, sans que les rythmiques ne soient en reste. C’est ainsi qu’on comprend que Grand Prix est un vrai groupe de rock – pop rock des années fin 80 milieu 90 : les musiciens sont tous très compétents sur le plan technique, ils savent jouer et, accessoirement, composer.

Concernant les slows, la médaille de l’album est décernée à No color, un titre vraiment terrien qui envoie du bois, comme on dit, prenant aux tripes. L’introduction nonchalante à la guitare est simplement inoubliable et contraste avec le riff binaire du refrain. Le solo est quant à lui planant et ne lasse pas trop vite, à l’inverse de ceux de certains autres groupes du moment.

Pour le côté pop rock sucré salé, on retiendra notamment Poker Face. Le refrain est un exemple typique des envolées lyriques de Yamada, qui se combinent parfaitement avec la présence pas trop affirmée mais bien posée de l’accompagnement piano.

Reste au final un album équilibré qui représente bien la discographie du groupe. Les morceaux boogie peuvent rebuter un peu, sonnant très oldschool et manquant de musicalité. Néanmoins, si on se fie au dernier album, Long Way Home, ou à l’avant dernier, Rock, le boogie, ou tout du moins le gros rock, est la facette que le groupe développera le plus sur la fin.

C’est pourquoi, certains préfèrent son premier album, Tears ‘n Soul, dans lequel le style pop-rock sucré salé est à son apogée. Le combo Yamada - Kouno, avec Manami juste derrière à la guitare, rend les titres très mélodiques, à la limite du générique d’anime des années 90, et incarne presque ce que Yamada fera à la fin de Grand Prix : NoB, sa carrière solo.

En conclusion, malgré une carrière très courte (à peine quatre ans), Grand Prix reste un groupe à découvrir de part la très grande richesse de ses compositions, la compétence technique de ses membres et le duo fatal Yamada - Kouno. Sa marque de fabrique reste de loin les envolées lyriques de Yamada, alliées aux passages instrumentaux de claviers et de guitares et saurons vous aidez à vous évader vingt-cinq ans en arrière.

Pour ceux qui souhaiteraient se procurer ces albums, certains sites japonais de vente de musique pratiquent ce qu’on appelle le « CD on demand ». Il s’agit de numérisation de vinyles sur support CD, avec une jaquette pour le moins sommaire. Le résultat final est souvent très bon, et permet d’écouter les albums sans avoir à investir dans une platine vinyle ni farfouiller sur les sites d’enchère pour acquérir les sacro-saints albums collectors. Vous passez commande, et une fois qu’il y a suffisamment de demandes (cela prend quand même quelques mois en général), l’éditeur envoie la demande de numérisation et vous recevez les albums par la suite. Comptez environ 30 $ par album.
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