D.T.R - Dirty Trashroad

chronique - 23.07.2012 07:00

Retour sur un album marquant de son époque.

Taiji Sawada est parti il y a de cela un an. Afin de célébrer ce triste anniversaire, la catégorie spéciale chroniques classiques de JaME a décidé de se pencher sur l'un des groupes les plus influents de son registre solo, D.T.R. Son premier opus, Dirty Trashroad, édité en 1994, pose les bases d'un rock américain complètement déchaîné, et pour cause ! Les membres de la formation sortent d'un cursus pour le moins béton : Taiji Sawada, célèbre bassiste d'X, vient de quitter Loudness après un album et une tournée, l'explosion du talent vocal de Mitsuo Takeuchi s'est faite grâce à Joe-Erk, une formation thrash metal teintée de hard rock actuellement à la limite de l'introuvable en physique, quant à Taiji Fujimoto, il officiait au sein de Judy & Mary et jouissait d'une bonne réputation, mais dans un registre très punk. Enfin, Toshihiko Okabe n'a fait qu'un très léger parcours au sein de D.T.R à la batterie avant d'être remplacé par Takahashi "Roger" Kazuhisa, mais est néanmoins présent dans celui-ci.

L'introduction osée de l'album offre à l'auditeur une expérience unique : au son du glas, les guitares sèches se livrent tout entières à une mélodie convenue chez le bassiste, et représentent la partie la plus forte de cette ouverture instrumentale. Circle of nations, symphonie gitane de bois et de nylon, ne manque pas de saisir l'attention et de surprendre. À tel point qu'elle a été réadaptée dans les albums qui suivirent, avec tour à tour un réarrangement pour l'EP acoustique Dirty Trashroad ~acoustic~, et une reprise dans la compilation Daring Tribal Roar. Un morceau de légende !

Far West et carrosseries rutilantes

Véritable usine à brûlots hard rock, le groupe puise dans des thématiques ancrées dans l'univers des cow-boys de l'ouest sauvage. D'ailleurs, pour ajouter au mythe, les paroles sont en majorité écrites entièrement en anglais et traduites en japonais dans le livret pour faciliter la compréhension du public local. Car c'est bien au Japon qu'étaient destinées les copies de cet album à l'atmosphère texane... doux paradoxe. Mais les thèmes abordés ne se limitent pas aux États-Unis et à la période de découverte des terres du grand Ouest, loin de là ! Dans ces paroles bien chahutées, entre renégociation de l'idée d'un dieu unique dans un monde post-apocalyptique à l'agonie et faux-semblants d'enfants en mal de cow-boys et d'indiens, on sent un univers presque moebiusien vous prendre à la gorge. Un crime cybernétique au cœur de l'enfer urbain, le soleil se balançant du bout d'une potence, déversant force fuites d'huile... Qui parle de désordre ? Le garçon vacher a juste troqué son cheval contre une Harley Davidson ! C'est de rock dont il s'agit ici, pied-tendre ! En parlant de rock, l'aspect macho du style est bien souligné dans certains textes de Mitsuo Takeuchi, lui qui avait su dans la première partie de l'album rester plutôt mesuré laisse libre cours à sa folie et part dans des délires pervers pas du tout réfrénés : "Lick / Suck / Try / Taste / Move / Lick my thang, Do me babe !!". En plus de cela, pas modeste du tout le mec, puisqu'il entend parler de lui partout et tous les jours... So what ?! So "You're a royal piece of shit", ajoute le chanteur à l'ouverture de Dirty Winner, avant d'achever sur un "Drop dead, kiss-ass". Rock'n'roll baby !

Si vous pensiez en être quitte pour autant, vous êtes bien loin du compte. Le dément Mitsuo a en prime des cordes vocales schizophrènes ! De son organe américanisé, il fait un pastiche de hide sur I Do, en pinçant sa voix pour la faire ressembler à peu de chose près à celle d'un canard. Une fois n'est pas coutume, le rythme y est enlevé, le son des guitares hurlantes vous reconnecte à la réalité et l'envie de rire (ou l'indignation) qui vous a pris à l'apparition du chanteur vous a définitivement abandonné et vous vous prenez même à l'imiter sur le refrain si simple à retenir... Enfin, ceci est une autre histoire. Reprenons : le nom de Brian Johnson vous dit-il quelque chose ? Si je vous dis "Australie", vous répondez ? Loto, à qui le tour. Mais oui, évidemment. Non, mister Johnson c'est monsieur catvoice, le chanteur et parolier d'AC/DC, auquel Mitsuo semble vraiment très attaché. En témoignent les thèmes abordés dans l'album et ceux à venir. Sachez donc qu'il maîtrise lui aussi cette technique vocale à s'en méprendre, Side by side vous en convaincra certainement, impossible de ne pas entendre un morceau du groupe australien mythique !

ON VEUT DU ROCK !

Avec des pointures qui se sont si bien rencontrées, qu'en est-il de la musique ? C'est bien simple, c'est une réussite et un must pour tout amateur de hard rock et de textes bien barrés ! Le tempérament de feu du bassiste est bien présent, et les deux Taiji entremêlent leurs riffs avec passion dans chacun des morceaux. Okabe Toshihiko frappe avec ardeur et les quelques membres invités spécialement sur certains titres rajoutent à l'atmosphère particulière de l'album. Sans errer dans le remplissage volontaire, la structure bien homogène démontre d'une volonté de ne pas décevoir, mais sacrifie tout de même à la tradition de la ballade. Avec-vous vu un groupe de rock américain sans une partie à la guitare sèche, sérieusement ? D'autant que le talent du bassiste à la six-cordes acoustique est indéniable. Empty room en est une parfaite illustration et le grand final de l'opus ne manquera pas de vous absorber tout entier dans son ambiance si particulière.

Enfin, les refrains sont si bien construits (et parfois si simples à retenir) que force est de chanter en chœur sur I Do, Cybernetic Crime, Side by side... En fait, tous les morceaux rock de Dirty Trashroad sont envoûtants à ce point, croyez-le bien. Lignes de basses démentes, slap et tapping à l'honneur, guitare acoustique, soli puissants, pas de répit. Les hymnes semblent s'enchaîner les uns après les autres. Cybernetic crime en tête et So what, perles de l'album s'il en est, verront des performances live à couper le souffle, avec présentation des membres et parties solo respectives sur la seconde. Slap encore !

En pleine apogée de violence et de steampunk, l'album se clôt sur une œuvre bouleversante : Apocalypse (Revolution Stone). Entre électrique et acoustique, ce dernier titre est introduit comme un verset de la bible, le texte chanté racontant l'histoire d'un peuple croyant qui put accéder à une nouvelle vie sous la forme d'aigles. Cependant, cette nouvelle vie leur permit l'accès à bien plus que de nouveaux horizons : en recherchant leurs anciens souvenirs, la dure réalité de leur condition originelle les rattrapa. Réintégrant leur nids, ils volèrent désormais pour veiller sur les peuples "sans lendemain ni passé" dont ils faisaient auparavant partie. Rideau !

Une empreinte sans précédent !

Pour un premier album, Dirty Trashroad traçait avec une ambition démesurée les lignes de basse de l'avenir de Taiji. Les années 1993 et 1994 pour les membres d'X ont été prolifiques : Yoshiki expérimentait en symphonique avec le premier volume d'Eternal Melody en avril 1993, à la fin de la même année Pata livrait au monde son premier album solo avec une configuration à faire baver les mélomanes. hide présentait l'année suivante hide your face et sa vision de la musique, certainement pas sans guitare, Toshi accouchait de l'excellent Mission bien avant ses dérives healing et Taiji explorait les États-Unis en moto dans ses compositions, avec une prestance jamais égalée ! Si vous n'avez pas encore tenté de vous frotter à ce monde, il est grand temps. Taiji est parti en laissant un nombre limité d’œuvres, mais tout comme chez son ami aux cheveux roses, rien n'était fait au hasard, leur musique survivra en chacun de nous. The Legend... Lives on.
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