OBLIVION DUST - 9 Gates For Bipolar

chronique - 02.05.2012 07:00

Les gars d'OBLIVION DUST enfoncent neuf portes ouvertes, mais les fans chambranlent.

OBLIVION DUST a fait la grandeur du J-rock il y a des années de cela en amenant le talent de K.A.Z, précédemment guitariste au sein de la formation hide with Spread Beaver, et la voix du métissé mi-japonais mi-britannique Ken Lloyd. La formation qui se posait sur une force de composition conséquente a connu au fil des années nombre de changements de line-up, mais il faut reconnaître que sa musique n'en avait pas souffert et que les nombreuses preuves, quatre albums avant sa séparation, ne mentaient pas. Mais c'était avant son retour en 2008 pour un album sobrement intitulé OBLIVION DUST, qui tentait de conquérir un public moins tendancieux et se contentait d'un rock gentillet. Absent durant quatre ans, le groupe sort en ce mois d'avril un nouvel opus qui devrait susciter un intérêt passionné grâce à la présence ces dernières années de K.A.Z aux côtés de HYDE dans VAMPS. Après vérification, il semble qu'il soit à l'origine de la moitié des musiques de l'album. Bonne nouvelle ?

Franchissons donc sans plus attendre le porche de ce 9 Gates For Bipolar et faisons fi de toute logique car son premier morceau, Gateway, est en fait un ascenseur. La musique nous berce d'une suite de notes new age très reposante, dont la mélodie rappelle pourtant une production de Misery Days, Blurred. Nappes de clavier lancinantes en fond, grimpant la succession des étages, la ligne de basse qui suit l'éveil des charleys à 45 secondes lie la fondamentale à l'octave ad lib pour un effet disco réussi, envol vers le toit du bâtiment. Et là, l'accident, les câbles rompent lorsque Ken fait son apparition au vocoder. OBLIVION DUST se perdrait-il dans les sombres terrains de l'électro, lui qui savait si bien métisser les univers du cuir clouté et du satin coloré en gardant cette volonté rock imperturbable ?

L'album présente deux faces du groupe. La première, l'authentique, celle qui refuse d'abandonner. Sursaut de vie, de rock, TUNE joue des coudes. Comme sur un Rusty Nail, on pose les bases du morceau grâce à quelques nappes de clavecin qui serviront de motif mélodique tout le long des couplets, la guitare jouant des power chords plus discrets en arrière-plan. Le refrain des plus entraînants nous rapproche de Never Ending sorti en 2008 avec quasiment le même plan mélodique. Si c'est là le nouvel OBLIVION DUST, pourvu que ça ne finisse jamais ! L'effort paye. Syndrome, qui signe le retour fracassant de l'OBLIVION DUST qu'on connaît tous, livre sur les sillons du disque la bataille de Ken. Dans une performance entre voix de tête et voix claire, il lâche des "Ooooh yeah" dans l'air d'un couplet monocorde sur un ton raffermi, pour donner un peu d'ascendant au morceau. Guère étonnant, puisque Ken est à l'origine des paroles et de la musique de ce titre. Le second couplet, miracle, dévoile au grand jour le good ol' flow du chanteur, et le break joue sur la mélancolie avec une aisance telle qu'on ne peut que s'interroger sur les envies du groupe, qui semblerait bien être près de ramener un soupçon de Butterfly Head dans son travail de composition ! Tout y figure, jusqu'aux violons synthétisés en arrière plan à la fin du morceau, qui s'achève sur une rupture, comme taillé à la serpe dans toute son ampleur. Si les ballades de la formation ne désemplissaient pas sur l'album précédent, le tant attendu 9 Gates For Bipolar ne compte pas faillir à la tradition. All I Need apaise toute l'ambiance laissée en suspens par Syndrome, histoire d'en accentuer encore plus la troncature. Encore une fois, les nappes de clavier sont la pièce maîtresse du morceau et viennent soutenir la guitare qui est à nouveau reléguée à l'arrière plan. K.A.Z retiendra son solde de tout compte sur un solo inspiré, il est d'ailleurs difficile de ne pas le remarquer tant les solos faisaient défaut dans les titres précédents ! Le guitariste laisse toute sa liberté dans cette interprétation, et on peut assumer qu'OBLIVION est bel et bien de retour, les gars ! Devil's Game non plus ne ment pas et joue sur une ambiance orientale poussée pour affirmer sa présence après ces deux tranches de bonheur. Afin de ne pas laisser les fans en reste, K.A.Z pioche dans les arpèges des albums précédents pour compléter la musicalité des couplets. La formation annonce un véritable retour avec ce phénoménal triptyque !

Dans la catégorie prise de risque, Sail Away feat. Tsuchiya Anna justifie la présence de son invitée par un beat très pop, malgré le riff accrocheur de la guitare de K.A.Z. Le vocoder revient cependant sur le devant de la scène, transformant la voix de tête de Ken en une bouillie synthétique pas vraiment sympathique. Le rythme marqué au charleston accentue le côté électro et l'invitée de marque ne sera présente que pour quelques lignes, pour le bridge. Single pop en puissance, ce Sail Away, dont on doit la musique à K.A.Z, manque pourtant cruellement de la patte du groupe et l'on peut regretter que les deux métissés n'aient pas davantage forcé le jeu du duo, tant dans la composition que la présence micro.

La seconde face du groupe, l'enfant rejeté, l'électronique, a grandi et s'est davantage musclé que le frère tout de noir vêtu. La victoire de l'électro-pop sur le rock est le chiendent qui ronge cet opus. In My Rainy Field peut encore miser sur son côté rafraîchissant, avec des arrangements intéressants et un refrain en dialogue entre le chanteur envoyant reproche sur reproche, et l'écho de sa voix répondant "viens t'asseoir et méditer dans un champ pluvieux". Tentant, n'est-ce pas ? Mais Ken scande son refus d'abandonner sur des titres plus que dispensables, Ghost That Bleeds en tête, où la guitare ultra-saturée n'est plus qu'une bouillie synthétique et où les musiciens bataillent ferme pour assurer leur identité rock. Sink the God touche le fond, la batterie de synthèse n'est elle aussi plus qu'une ombre, la guitare brode ça et là quelques power chords et de bizarres échos résonnent. Dans ces morceaux, l'environnement est beaucoup moins propice à la philosophie, c'est le moins que l'on puisse dire ! Même K.A.Z qui assume sa présence de guitariste soliste (et en tant que seul guitariste) y est complètement dispensable. Enfin, pour clore un album mi-clou, mi-foulard, enfonçons le clou avec une ballade bien gnangnan. Ligne de guitare en arpèges, basse marquant chaque entrée de mesure de sa trop faible présence, Baby it's all good ne réinvente même pas le genre et joue sur une imitation de la quatre-cordes par les nappes de claviers, paraît-il que ça renforce l'effet ballade... Foin de violence ici, l'album est bel et bien fini, Ken dispose de toute l'étendue du morceau le plus long de l'album pour jouer de sa voix de tête sur un refrain posant les bases de l'union répétées par trois fois, together... Baby it's all good, indeed.

But baby, no, it's not. Cet album ne fait mouche qu'à moitié (peut-être une référence à Which half do you own?) et titube sur un sentier musical mal ou pas défini. On ne peut même pas en rejeter la faute sur un seul compositeur, K.A.Z étant responsable de deux mauvaises compositions sur cinq, et Ken ayant tout de même enfanté de l'excellente Syndrome, seul vrai témoignage de l'histoire du groupe. Entre pop, électro, disco et rock à peine assumé, le bon vieux OBLIVION DUST, celui qui hurlait "Fuck you!" à la face du monde, dont les albums mettaient le feu et métissaient électronique et rock en gardant ce côté racé et brut, n'est plus qu'un souvenir. 9 Gates For Bipolar, malgré un titre inspirant, réussit un coup pas franchement louable : faire encore pire que son prédécesseur, qui avait pourtant le mérite d'être un bon défouloir en dépit d'un manque total d'originalité. Si OBLIVION DUST souhaite conquérir à son tour les horizons multiethniques des États-Unis, c'est chose faite avec cet album intégralement chanté en anglais qui s’assoit le cul entre non pas deux, mais quatre chaises, soyons fous. Il faut avouer que ce type de production fait grise mine à côté des délires de K.A.Z avec HYDE ou DETROIT METAL CITY, alors que reste-t-il pour passer quelques bonnes minutes si ce n'est le triptyque Syndrome / All I Need / Devil's Game ? Guère qu'un opus hype à déconseiller aux fans du groupe, trop habitués à rechercher le King dans les têtes de papillon.
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