Artistes divers* - Nevermind Tribute

chronique - 17.04.2012 07:00

Un hommage au concept original mais mal exploité.

Kurt Cobain sait aussi bien jouer de la guitare que Yoshiki, c’est bien connu. Mais dans ce manque de technique, Nirvana a su trouver un équilibre plaisant. Un rejet de la norme pour jouer du désaccord comme d’une arme politique et sociale, un refus d’une société encadrée par des règles. Enfin bref, le topo grunge, celui qui finit avec de la farine dans les naseaux et des chaussettes trouées.

Un album tribute est souvent mauvais. Avec les conditions dans lesquelles a été composée la musique de Nirvana, c’est-à-dire de façon bordélique, il paraît impossible pour un groupe différent de reprendre cet ensemble d’accords en se trompant assez de rythmes pour retrouver l’ambiance joliment destructurée des Américains. Un album tribute de Nirvana est donc risqué.

Mais allez, faisons fi des stéréotypes, tâchons de défendre corps et âme cette production nippone peu prometteuse. Après tout, en désespoir de cause, je n’ai d’autre choix que d’applaudir un tel CD à l’heure de la pop massive.

Et c’est parti, douze chansons, douze groupes de rock japonais pour les douze titres cultes de Nevermind. Oh yeah, baby.

Entrée en matière avec Smells Like Teen Spirit. Les médiators s’activent, la voix se chauffe. Putain, on dirait la vraie. Enfin presque, il y a quelque chose de trop calculé, trop lisse, trop bien appris, les instruments et la voix ne s’offrent que quelques rares digressions par rapport à la version originale et le résultat n’est qu’un son trop propre et trop maîtrisé pour coller parfaitement au style des Américains.

Au vu de la première chanson, on peut penser que la suite va sonner dans la même veine. Quoique qu’outre le fait de ressembler à la version originale, une vraie bonne cover est celle qui s’en détache assez bien pour redonner un nouveau souffle au morceau. Nouvel espoir donc.

Espoir que nous offrent les BACK DROP BOMB sur Come As You Are, chants destructurés zigzaguant entre des riffs énervés. La première piste n’était qu’un moyen de rameuter la majorité des fans de Nirvana, ne jurant que par Smells Like Teen Spirit. « Ah bon, ils ont fait d’autres chansons ? »

Cette version « punk » de Come As You Are est certes osée, mais malheureusement, à part jouer de la différence avec son prédécesseur, l’intérêt musical de la composition rase le sol. Voyons la suite du menu : Breed et Drain You deviennent jazzy, Lithium se voit recouvrir de toute la panoplie d’un synthétiseur fou (le Flake** japonais peut-être), Polly sonne monotone en perdant le côté agressif des cordes folk, Territorial Pissings se transforme en un beau bordel punk, Lounge Act se vêt d’un instrumental de notes courtes et piquantes, Stay Away tombe dans une ambiance maniaco-dépressive mal gérée, On A Plain ressemble à la folle chevauchée d’un groupe de rock qui grattouille quelques accords en montant la saturation à fond. L’album se conclut sur Something In The Way dans une sauce Bob Marley, avec une pointe de vocoder légèrement vomitive.


Nirvana se voit donc offrir un hommage pour le meilleur et pour le pire, mais on peut lui accorder qu’à part la première chanson, les groupes ont travaillé pour mettre leur empreinte sur des compositions assez rodées pour ne pas requérir de remasterisation asiatique. En bref, un bel effort pour un album intéressant et représentatif d’un mouvement rock japonais qui se cherche entre le mélange des genres et le respect des anciens. Nevermind.

Malgré ça, Kurt et ses acolytes nous ont bel et bien quittés. Nirvana est rejoué par le monde entier, mais l’atmosphère ne semble vraiment prendre que dans des versions retravaillées par une atmosphère grunge propre à l’artiste, à l’instar Patti Smith.


*ONE OK ROCK, LOW IQ 01, BACK DROP BOMB, 10-FEET, MAN WITH A MISSON, OhashiTrio, 9mm Parabellum Bullet, →Pia-no-jaC←, Four Minutes Til Midnight, THE Novembers, ROACH, SiM

** Rammstein
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