DEAD END - Dream Demon Analyzer

chronique - 01.04.2012 07:00

Freud se livre à un exercice dangereux.

Les amateurs de heavy metal aiment le changement, c'est bien connu : il suffit pour s'en convaincre d'observer la tendance actuelle. Ce faisant, on comprend très vite que cette affirmation est une aberration sans nom ! Le spectre du passé pèse en effet bien lourd sur les formations en retour après nombre d'années d'inactivité, et les fans sont une entité exigeante qui a la critique acerbe. Un groupe de heavy metal qui ne joue plus de soli travaillés jusqu'à la plus petite harmonie de guitares, ça peut surprendre, et pas toujours en bien. DEAD END, groupe mythique de la scène heavy metal au Japon, l'a bien compris.
Mais tout d'abord, DEAD END, qu'est-ce que c'est ? C'est quatre albums sortis entre 1986 et 1989, un parangon du heavy metal qui s'est construit sur des morceaux sans concession. DEAD END c'est des titres pleins de fureur, comme Spider in the Brain en 1986, quand X peinait à sortir un premier album, avant que n'arrivent hide et Pata. C'est également des riffs solides, des soli fracassants et enfin Crazy Cool Joe qui tient son poste sur la quatre cordes sans flancher et livre des performances mémorables (écoutez Decoy pour vous en convaincre !). Tellement Crazy et Cool que Joe intégrait après la scission du groupe le tout aussi mythique P.A.F. aux côtés de Nobuo "Saint Seiya" Yamada et Pata. Ainsi, après une pause de près de vingt ans la formation revenait en 2009 avec Metamorphose, un album fidèle mêlant ses influences à une digestion du registre musical visual kei actuel. Toujours efficace mais plus sombre, moins speed, arborant un visuel simple, les musiciens se rendaient la même année au festival Jack in the Box. C'était il y a maintenant trois ans et Dream Demon Analyzer, qui vient tout juste de paraître, se pose sur une structure solide qu'il n'a, sans le moindre doute, aucun intérêt à fragiliser.


En l'absence d'une réelle introduction à cet opus, Suishoujuu aura donc la lourde tâche de convaincre l'auditeur. Ses qualités pour séduire ? Un riff lourd, marqué à la batterie, un tempo assez rapide et un refrain mélodique, suivi d'un solo qui dure, dure... Kei Yamazaki à la batterie y est bien mis en avant, et la structure globale du morceau fait penser à une chanson de D, qui semble être depuis son retour une référence que DEAD END aime exposer à son public. La qualité de la composition, alliée à l'efficacité de You à la guitare et à la variété vocale de Morrie, nous livre déjà un début prometteur.

Analyser les rêves d'un démon est une sévère affaire et l'obscurité l'emportera bien vite. Malgré quelques tentatives d'apporter une touche de couleur à travers l'utilisation du synthétiseur dans Conception ou Yume oni uta, on regagne les ténèbres quasi instantanément. Les riffs sont lourds et leur puissance amplifiée par la basse de Crazy Cool Joe, au jeu un quart de poil en retrait. L'impression de course contre la montre qui ressort du tempo souvent élevé n'est pas là pour le contredire et le chant dans des tons graves ne fait que le confirmer. Le climat lourd est toutefois fortement tempéré par des refrains mélodieux et la voix claire de Morrie permet d'y relâcher la pression, sans trop pousser sur le vibrato comme bien des chanteurs épinglés visual.

On voit bien quelques pistes se détacher de l'angoisse ambiante ou tenter d'apporter quelque chose de spécial, mais elles sont trop rares. On notera ainsi SSS, violente et présentant des couplets en alternance de chant clair et de growl léger. Son refrain se rapproche de Speed Master, composé et interprété par un certain Gackt. D'autant que si l'on considère en plus le break en voix de tête caractéristique des chansons issues des premiers albums de la carrière solo de l'artiste, il n'y a qu'un pas à franchir... sans trop de difficulté.
On touchera même le ridicule en écoutant Yume oni uta, dont le synthétiseur en introduction rappelle quelques pièces ringardes dont s'est rendu responsable le groupe LAREINE, mais la mélodie développée par le chant clair de Morrie a au moins le mérite d'être prenante et le style du groupe reprend vite le dessus. On découvrira même ça et là des essais progressifs, avec de multiples plans ou breaks : Kyomu o koete semble s'orienter dans cette direction. You se prend même à jouer en guise de riff quelques mesures qui pourraient bien composer un solo, là où l'on s'attendait à trouver un refrain plus classique. Et quand le véritable refrain arrive c'est un déchaînement sans pareil d'arpèges qui nous ramène à la jeunesse du groupe ! Dommage que le morceau ne dure pas plus longtemps car il avait un réel potentiel et semble comme tronqué au moment où le refrain reprend sa place...

Malheureusement, tout doit avoir une fin, et celle de cette analyse reste bien inquiétante. No man's dream, avant-dernier morceau de l'abum, est certainement celui où l'on distingue le mieux la basse et pour cause : c'est une ballade. Sombre, le chant reste chargé de graves, et le refrain est partagé entre voix claire et voix de tête. Le break fera s'évaporer tout doucement la batterie pour laisser la place à l'indispensable solo de guitare, tout en lenteur, avec un rythme marqué mesure après mesure par Crazy Cool Joe. Enfin, Deep -ryuusei hakusho- qui clôt l'album, rappellera très certainement quelque chose à ceux qui suivent le groupe : le plan de guitare principal est en effet repris de celui qui figurait dans Giji Venus, piste issue de Metamorphose. La multiplicité des mélodies de guitare entremêlées nous offre ici un patchwork suffisamment intéressant pour en faire une outro convaincante.


DEAD END livre avec ce nouvel opus une œuvre sombre et oppressante. Bien que Dream Demon Analyzer fasse défaut de variété, il semble que le groupe se place depuis son retour dans une sorte de continuité. Il est déplorable que cet album manque d'une bonne touche de fantaisie et il serait bon de retrouver quelques morceaux plus joyeux, malgré certaines tentatives dont la formation n'a pas suffisamment tiré profit. Enfin, la virtuosité de You jouant des soli parfois même en dehors du plan dédié et le chant de Morrie toujours impeccable, tant en voix claire qu'en chant plus sombre, sont un véritable atout et ne décourageront pas les déçus du visunasal kei. On regrettera la sous-utilisation du talent de Crazy Cool Joe qui doit s'ennuyer lors des séances d'enregistrement. Dream Demon Analyzer pourrait faire pâle figure à côté de l'énergie de DEAD LINE et manquer de l'ésotérisme de Shambara, mais ne peut aller qu'en s'améliorant au fil des écoutes. Les preuves de la bonne volonté du groupe sont nombreuses, il ne lui reste plus qu'à les exploiter !
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