the pillows - Trial

chronique - 19.03.2012 06:00

the pillows à l'heure du jugement

Après Pied Piper et OOPARTS, the pillows était en quête de style, comme avant 1997 et l'album de la révélation que fut Please, Mr. Lostman. Les fans du groupe qu'a fédéré l'anime FLCL, muni d'un univers musical complètement dément et pourtant ancré dans une simplicité qui pousse à l'admiration, ont pu être déçus par le pillows post-My Foot. Le groupe semble avoir du mal à ressortir un album qui supplante tous les précédents. Après ce pied de nez qui figure parmi ses meilleurs albums, loin devant ceux de la fin 90 qui avaient marqué son entrée de plain-pied dans le rock "jeune", Trial va-t-il tomber à plat comme ses prédécesseurs à cause d'une homogénéité trop mal amenée ou au contraire apportera-t-il un peu de neuf à un univers qui refuse de s'étoffer ?

Historiquement, cette galette arrive en plein boom de l'électronique dans le monde du J-rock. Là où des groupes mythiques tels MUCC ou plus récemment L'Arc~en~Ciel (Tetsu, c'est encore toi aux manettes ?), pour ne citer qu'eux, y ont cédé avec un certain plaisir, the pillows cherche toujours à éviter de trop s'y frotter pour conserver son âme. Cet album reflète ainsi la volonté d'un groupe de rock à faire ce qu'il aime, et non ce que le public attend désormais. On ne peut donc pas franchement parler d'évolution, mais comme chez d'autres groupes de rock ou de heavy plus occidentaux, le changement se limite à quelques innovations par endroits. Revival notamment, qui ouvre l'album, envoie un riff qui débute fort et vous reste en tête. Comme d'habitude avec the pillows, le morceau d'ouverture est communicatif et le refrain prévisible, mais ô combien défoulant, aux paroles limitées à deux mots épelés, du jamais vu. À noter également que cette piste est chantée intégralement en anglais, ce qui reflète une volonté de s'exporter encore plus, alors que le public américain est déjà acquis depuis bien longtemps.

La suite est peut-être un peu moins originale : Rescue se pare d'un refrain en "duo", où une voix féminine nanane pour accompagner celle subitement adoucie de Sawao, rejointe par des arpèges à la guitare. Ici on fait des refrains à la Coldplay et on l'assume, c'est tout à fait dans l'esprit du tube In my place du quatuor londonien. Cette expérimentation laisse bien transparaître l'identité musicale du groupe, afin de ne pas céder trop facilement à la tentation du pastiche. On trouve ensuite, calé après un single complètement repompé sur les belles années de la formation, un rock à l'ancienne à l'inspiration presque rockabilly, dont la production sonne volontairement vieillie, ça renifle les sixties à plein nez ! La basse de Jun ultra-présente, bondissante, nous entraîne dans un boogie infernal ! C'est bien simple, les épaules bougent en rythme et nous embarquent dans une danse de chaises sans qu'on ne le veuille à l'écoute de cette chanson. Une rétro-évolution plutôt intéressante que ce Flashback story qui n'est pas sans rappeler les délires jazzy des albums de la jeunesse du groupe, et n'aurait pas fait pâle figure dans Kool Spice sorti en 1994, excusez du peu !

C'est la deuxième partie de l'album qui est la plus digne d'intérêt, malgré un Energia complètement endormi qui se déchaîne après quelques arpèges, puis se relâche lors du couplet pour repartir sans qu'on s'y attende en plein milieu, et un Polaris no kagayaki hirowa nakatta yume gen d'une molesse affligeante. Ce dernier se distingue par une basse anémique, les quelques notes de guitare et la mélodie servant ici de piste d'atterrissage à usage unique. Non monsieur, le vol pour Kiffcity est bloqué au sol.

Pour contrebalancer ces deux pistes, Minority whisper envoie de la guitare rythmique déchaînée (bon, on reste dans du J-rock à la pillows, il y a déchaîné et déchaîné donc) et la basse de Suzuki accompagne le rythme en double-croche. La partition de guitare solo reprend le thème d'introduction de Thank you my twilight (mais si, rappelez-vous, l'expérimentation électronique de 2002... La sonnerie de votre vieux Nokia !), et le refrain est définitivement à classer dans les meilleurs du groupe même si on y retrouve encore une fois (une de trop ?) les mêmes partitions de basse/guitare rythmique et de chant.

Le titre suivant ouvre un aparté nostalgie : on retrouve avec Mochinushi no nai guitar une ballade classique à la pillows, ou pas exactement. Le morceau dure tout de même sept minutes, sans longueur ni sensation d'ennui. La voix de Sawao pleine de tendresse nous transporte au fil de la portée, la guitare tout en arpèges pave la route de panneaux pleins de bons sentiments, et la basse, la batterie de Shinchan et la guitare rythmique y ajoutent un brin de couleurs et de lumières, parce qu'on n'est pas non plus à Mormonville. Malgré sa durée, cette ballade est bien construite, le petit break au milieu rappelant l'album Smile et son titre éponyme. À la différence qu'après ce dernier, Mochinushi no nai guitar conserve tout son calme quand l'autre se déchaînait et envoyait du "Kuttabare ningendomo" à tous les vents.

Le titre éponyme de l'album se voit rejeté en avant-dernière position, on ne sait trop pourquoi. Il ne fait pourtant pas pâle figure et son intro, qui sert également de transition à la fin du refrain pour amorcer le couplet suivant, est sa plus grande force. Elle relance le morceau et donne une nouvelle dimension à un titre qui sans elle, n'aurait pas été aussi bon. Le solo fait même penser à ce que Sugizo pouvait faire dans Luna Sea durant les grandes années du groupe, tout en douceur et en technique.

Parsemé de bonnes idées et entrecoupé de pistes cédant un peu à l'autoparodie, l'album révèle finalement une structure d'une hétérogénéité bienvenue. Le découpage qui semble imposé par le refrain de Revival annonçait déjà une ligne directrice en filigrane : Delight, Sadness, Revival. Pour incarner cette résurrection, Ready steady go! qui termine l'album est la pépite de l'année. Avec une intro blues qui décape, le quatuor japonais tire à vue en envoyant du lalala en choeur, relance le rythme dans un hymne punk qui n'aurait pas déparé la bande originale de FLCL, et boucle cet album avec une énergie rarement entendue ailleurs ! "Busters!" Il y a du Finger post of magic, une inspiration Little Busters à peine dissimulée, le métronome s'affole et se dérègle, le groupe s'éclate encore après plus de 20 ans de carrière et autant d'albums, et ça s'entend. Après ces quelques minutes de digression, le morceau repart sur un finish blues bien comme il faut. Histoire de clore un album en beauté et ne laisser aucun doute subsister quant à la forme d'un groupe qu'on sentait en perte de vitesse.

Everyone is born and is just dying.
Will it soon finish?
Ready steady go! Ready steady go!

La recette magique !

"The old days ~reprise~" aurait pu être un titre plus intéressant que ce "Procès" dont l'issue était décidée avant même la fin. Trial est un album qui vous mène sur des chemins inégaux, mais moins vides et plus colorés qu'un MMORPG coréen. La succession des titres contre toute attente se fait sans temps mort, et le groupe parvient en moins de quarante minutes à conquérir des horizons nouveaux sans jamais renier son histoire. Les quatre Japonais savent encore déclencher la larme nostalgique de l'amateur éclairé, ou plus simplement de l'amoureux de Rock Joyeux qui trouvera une chaussure parfois un peu terne à son pied.
Mais un coup de cirage de pompes (ici de repompage) et ça repart !
La vieille recette fait encore le succès du groupe et il n'est pas si étonnant qu'il soit encore si prisé aux États-Unis. En l'attendant avec une hâte mal contenue, quand il se décidera bien à vouloir passer dans la vieille Europe aux rides pas si attirantes que ça apparemment, pour une bande de quadras qui ignore encore la signification du verbe "vieillir".
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