SUGIZO : Entretien sur ses activités bénévoles et musicales

interview - 27.02.2012 06:00

Après le concert de charité donné par LUNA SEA, nous nous sommes entretenus avec SUGIZO sur ses actions en tant que volontaire après le tremblement de terre, ainsi que sur ses activités musicales avec ses deux prochaines sorties.

Quelques jours après le concert de LUNA SEA intitulé A Promise to the Brave destiné aux victimes de la catastrophe naturelle survenue dans la région du Tohoku, nous avons rencontré SUGIZO dans son bureau. Nous avons parlé de son engagement bénévole et de la manière dont il a aidé à nettoyer les zones les plus touchées, ainsi que de ses activités musicales avec les deux prochains albums que cet artiste aux multiples facettes sortira en décembre.

Tout d'abord, comment s'est déroulé le concert de charité de LUNA SEA ? Qu'avez-vous pensé du spectacle ?

SUGIZO : Ce concert était bien évidemment très important pour moi et très diffèrent aussi. Cette nuit était tellement magique. Presque toutes les personnes présentes partageaient les mêmes pensées, le même but, et je crois, avec le recul, que c’était un spectacle très spécial. C'était une très belle nuit. Comme c'était une prestation de bienfaisance, ce concert ne ressemblait pas aux autres. Les morceaux joués étaient différents, notre attitude également, ainsi que l'éclairage. Bien sûr nous devions économiser l’électricité et, par conséquent, utiliser peu d'effets scéniques ou pyrotechniques. La chose la plus importante était notre amour pour le public et notre amour pour la musique. Notre attitude comptait beaucoup plus que n'importe quel effet pyrotechnique ou n'importe quel système d'éclairage. Je crois que nous avons réussi.

Vous avez aidé à nettoyer les zones touchées par le tremblement de terre et le tsunami. A quoi ressemblait cette expérience ?

SUGIZO : C’était très triste, bien sûr, mais je voulais vraiment me rendre utile après cette catastrophe et je pense que le plus grand pouvoir est celui que nous avons en chacun de nous. Ce n'est pas la musique, ce n'est pas l'amusement ni l'argent, juste le pouvoir résidant en chaque Homme et j'ai pensé que c'est ce dont nous avions le plus besoin. J'ai juste senti que je devais y participer. C’était vraiment curieux de se retrouver là-bas, mais c’était quelque chose de beau. Il y a tant de personnes qui nous ont rejoints, venant de tout le Japon ou même d'autres pays. Et leur but n’était évidemment pas l'argent ou le business, ils voulaient juste aider, comme moi. L’état d'esprit qui régnait était merveilleux. J'ai pensé « le monde ne fait plus qu'un maintenant ». C'était bien sûr très éprouvant et il y a encore tellement d’énormes problèmes à résoudre, mais les liens qui nous unissaient tous étaient très forts. Ça a été une expérience très importante pour moi.

N’étiez-vous pas inquiet pour votre propre santé ?

SUGIZO : Si, beaucoup. Mais je crois qu'il n'y avait pas beaucoup de problèmes de radioactivité dans cette zone à ce moment. Malgré tout, l'air était chargé de saletés, et il y avait beaucoup de boue et de vase. C'était tellement sale, nous devions nous soucier de l'air que nous respirions, de boire de l'eau régulièrement et plein d'autres choses. Bien entendu, nous n'avons pas pu prendre de douche pendant une semaine car il y avait ni eau ni électricité. L’hygiène était donc plutôt déplorable, laissant la porte ouverte aux bactéries et aux virus.

Étiez-vous inquiet concernant les radiations ?

SUGIZO : Bien sûr, d'ailleurs nous devions porter des masques, mais je crois qu'il n'y avait pas plus de radiations dans la région du Tohoku qu'il n'y en a ici. Actuellement, il vaut mieux ne pas boire l'eau du robinet, je pense que c'est dangereux. Habituellement, je me soucie vraiment de ce genre de choses, mais je ne peux pas tout le temps m'en protéger, quand je suis au restaurant par exemple. C'est donc très difficile, mais je pense que nous devrions tous nous préoccuper de cela, ainsi que de la pluie qui peut être très dangereuse également, c'est pourquoi il est vraiment important de se protéger grâce à un parapluie.

Que pensez-vous du rôle qu'à joué le gouvernement japonais après le désastre ?

SUGIZO : Je pense que le gouvernement japonais a été stupide dans cette affaire. Il n'a rien pu faire, c'était navrant et très décevant. Il ne savait pas quoi faire. J'ai vraiment été déçu par nos dirigeants. J'ai pensé que nous devions tous faire quelque chose, même les plus petites actions étaient importantes. De l'aide, de la force, de l'argent, de l'amour, toutes ces choses étaient nécessaires, mais le gouvernement japonais n'a rien fait. Il y a eu tellement de Japonais et de gens venus d'autres pays qui ont répondu présents et nous avons fait de notre mieux. Et encore aujourd'hui, nous devons poursuivre tous ces efforts.

Pour changer de sujet, vous êtes sur le point de sortir deux nouveaux albums en décembre intitulés Flower of Life et Tree of Life. Pourquoi avoir choisi de sortir deux albums au lieu d'un ?

SUGIZO : Tout simplement parce que j'avais trop de musiques. J'ai sorti tellement de singles sur plate-forme digitale ces deux dernières années que j'ai pensé devoir choisir lesquels mettre sur un seul album. Cependant, de nombreuses personnes, ainsi que de nombreux fans désiraient que toutes les chansons sortent sous format CD. Mais il y en avait trop. C'est pourquoi j'ai pensé qu'il serait mieux non pas de sortir un double album, mais tout simplement deux albums. Le premier contient la musique que j'ai créée seul, et le second des remix ainsi que des collaborations.

Combien y a-t-il de nouvelles chansons sur ces deux albums ?

SUGIZO : Environ quarante pour cent sont de nouvelles musiques, mais toutes ont subi un nouveau mixage et ont été ré-arrangées. Certaines ont été ré-enregistrées.

L'enregistrement est-il terminé ?

SUGIZO : Il ne me reste plus qu'a mastériser l'ensemble. J'ai terminé à quatre-vingt quinze pour cent, j’espère finir demain. Mais demain je dois aller à Séoul pour le concert d'X JAPAN. Je suis vraiment très occupé.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le concept de chaque album ?

SUGIZO : Flower of Life est mon quatrième album original. L'image qui en ressort à première vue est très psychédélique, spirituelle, voire cosmique et électronique. Le son de ma guitare est essentiel également. Bien que l'album soit entièrement instrumental, certaines musiques contiennent un message très important, mais pas toutes.

Mais si vous voulez faire passer un message dans une musique, ne pensez-vous pas que ce serait plus facile avec des paroles ?

SUGIZO : Oui je le pense, j'écris moi-même mes paroles d'habitude, mais je voulais cette fois créer un espace libre avec ma musique, de sorte que si l'auditeur se sent touché en l'entendant, il puisse avoir sa propre vision. Je voudrais que les gens ressentent une image forte. Chaque inspiration libre venant de la musique a un sens très important pour moi, alors écoutez-le s'il vous plaît. Je voulais créer un album entièrement instrumental. Concernant d’éventuelles paroles, j'aurais besoin d'un bon chanteur, mais certainement pas moi.

Vous n'aimez pas chanter ?

SUGIZO : Si , parfois. De mon point de vue en tant que producteur, si je veux la voix de SUGIZO, d'accord, je le ferai. Mais en temps normal, le producteur que je suis trouve que je ne suis pas un grand chanteur. Mais si je veux un bon chanteur, j'en trouverai un avec qui SUGIZO le producteur souhaite travailler. Je suis trop occupé pour trouver le temps de m’entraîner à chanter et je pense que le travail que j'effectue à la guitare et au violon est trop important pour que je m’entraîne à autre chose. Normalement, je chante uniquement pour les membres de mon fan club, avec ma guitare acoustique. C'est très confortable pour moi dans un cadre privé, mais je ne pense pas que ça devrait aller plus loin que ça. Ce sont des concerts intimes et restreints, mais aussi très profonds. J'aime beaucoup.

Que pouvez-vous nous dire du second album, Tree of Life ?

SUGIZO : Cet album contient beaucoup de collaborations et de remix. Chaque artiste avec qui j'ai travaillé était très bon. Par exemple, SYSTEM 7 est mon artiste techno favori. Comme vous le savez, je fais partie du groupe JUNO REACTOR, et la musique que nous jouons est de la trance très psychédélique. YOUTH fait aussi de la techno psychédélique, il fait partie de KILLING JOKE, qui est un groupe de punk new wave légendaire formé à la fin des années 80. Toshinori Kondo est un trompettiste très talentueux. Il a plus de soixante ans, mais ses aptitudes et sa carrière de musicien sont magnifiques. Je le respecte énormément. Et enfin, MaZDA est un de mes collaborateurs. J'ai vraiment eu besoin de son talent. Son travail au niveau de la programmation et des arrangements s'est combiné à mon projet, c’était super.

Quand avez-vous composé tous ces morceaux ?

SUGIZO : Certaines musiques sont très anciennes, et d'autres très récentes. Par exemple, j'ai écrit CONSCIENTIA il y a deux ans. La première brique de cet album a été posée il y a trois ans maintenant. Par contre ARC MOON est très récente, comme LEMURIA que j'ai écrite il y a seulement deux semaines. (Rires)

Quelles ont été vos sources d'inspiration ?

SUGIZO : C'est différent pour chaque morceau. CONSCIENTIA, par exemple, a un sens très fort. J'ai été très inspiré par les croisés chrétiens du Moyen-Âge, ainsi que par les guerres islamiques. Ils sont toujours en train de se battre même maintenant. Je veux dire que nous devrions vraiment nous réveiller et faire quelque chose ensemble. Pour ENOLA GAY, c'est une expression qui vient de « genbaku », la bombe atomique. C'est une chanson très dure et très triste, mais elle mène inexorablement vers les concepts de « prière » et de « souhait ». FOLLY fait référence aux problèmes en République de l'Union Myanmar, où il y a tant de guerres. Chaque morceau possède un sens très fort pour moi, mais sans paroles, juste avec les images, les sensations et l'inspiration que j'ai voulu créer. Habituellement, j'aime les mots que j’emploie et j’adore parler, mais je ne voulais pas de ça dans la musique.

Vous faites à la fois partie de LUNA SEA et d'X JAPAN, qui sont tous deux des groupes célèbres au Japon. Cependant vous jouez également à l’étranger avec le groupe JUNO REACTOR. Durant ces concerts, avez-vous l'impression de devoir travailler plus dur pour être reconnu par les fans de JUNO REACTOR ?

SUGIZO : Je me sens très à l'aise durant les performances que nous faisons avec JUNO REACTOR car c'est très libre. Notre propre investissement sur scène est essentiel et très inspirant. C'est difficile et à la fois très aisé et magnifique. J'aime beaucoup les membres de ce groupe. Ce sont de bons amis et les Africains sont tellement gentils, j’adore leur groupe. Je suis tellement heureux de jouer avec eux, et particulièrement avec Mabi. Il est le plus vieux de la formation du haut de ses soixante-cinq ans et il est un des musiciens légendaires d'Afrique du Sud que je préfère. Je suis très inspiré par la musique de JUNO REACTOR. C'est bénéfique pour moi et aussi pour mon jeu. A chaque fois, j'apprends d'importants secrets sur la musique avec eux. C'est vraiment très différent de LUNA SEA et X JAPAN.

Donc vous n'avez pas l'impression d'avoir à travailler plus dur lorsque vous jouez avec eux, car vous n'êtes pas aussi célèbre pour les fans de JUNO REACTOR que pour ceux de LUNA SEA ou d'X JAPAN ?

SUGIZO : Non, c'est juste naturel pour moi. N'importe quel style de musique, n'importe quelle situation me convient. J'aime la musique, c'est tout.

Avez-vous trouvé dur de vous construire un nom en tant qu'artiste solo, et de ne plus être « SUGIZO de LUNA SEA » ?

SUGIZO : A un moment, j'ai senti que je devais créer ma propre musique. J'avais tellement d'idées, j'ai pensé que je devrais peut-être composer moi-même mes propres morceaux. Tout ça, c’était il y a quatorze ans je crois. LUNA SEA est principalement un groupe de rock, avec un style de musique rock, c'est évidemment très beau et très important, mais ma propre musique n'est pas seulement du rock. Elle a des influences venant de la musique classique, de la techno et d'autres, et je pense que ces styles sont plus proches de ma personnalité. Le côté guitariste d'un groupe de rock est une partie distincte de moi, bien qu’évidemment ce soit quelque chose dont j'ai besoin.

Lorsque vous avez débuté comme artiste solo, les gens vous voyaient-ils seulement comme un guitariste de rock ? Était-ce difficile pour vous de changer leur perception, de leur montrer « je fais plus que du rock » ?

SUGIZO : Bien sûr, c’était un gros changement et certaines personnes m'ont dit « ne fais pas ça s'il te plaît, c'est trop dangereux et trop risqué. Tu es un artiste visual kei et c'est ce dont les gens ont besoin », mais à ce moment, je ne m'en préoccupais pas. J'avais juste besoin de suivre mon inspiration. Je pense que c’était difficile pour moi à cette époque, mais aussi bénéfique car maintenant j'ai mon style personnel et ma propre musique. C'est quelque chose de très privé et très spirituel. Ce n'est ni commercial ni divertissant, mais c'est quelque chose de primordial dans ma carrière de musicien.

Vous êtes dans l'industrie musicale depuis plus de la moitié de votre vie et, comme dit précédemment, vous avez joué dans des groupes célèbres. De quelle manière la célébrité a-t-elle affecté votre personnalité ?

SUGIZO : Je dois faire la part des choses, c'est certes indispensable mais aussi très difficile. Certaines personnes perdent beaucoup de choses, certaines perdent le succès, d'autres toute volonté d'apprendre. Faire la part des choses est primordial. C'est bien sûr compliqué, même maintenant, mais moi je suis juste un amoureux de la musique. Peut-être que si ma façon de penser changeait radicalement, il serait temps pour moi d’arrêter, mais pour l'instant, j'ai seulement besoin de faire de la musique et je dois apprendre à garder ma musique pure.

Trouvez-vous difficile parfois de vivre en étant célèbre ?

SUGIZO : Pardonnez-moi, mais je ne pense jamais que je suis célèbre. Souvent je marche dans la ville, d'ailleurs récemment je suis allé à Disney Land, et les gens ne me reconnaissent pas d'habitude.

Pourtant, beaucoup de gens criaient votre nom durant le concert.

SUGIZO : J’espère... Peut-être que sur scène je suis un musicien rock, mais en dehors de la scène je ne suis qu'un homme parmi tant d'autres. Je ne pense pas que je suis célèbre. Il m'est arrivé de le penser avant, mais j'ai eu tellement de problèmes, de souffrance et de mauvaises choses. Maintenant je suis pur. Quand je travaille en studio, je suis des plus heureux car j'aime la musique. Bien sûr, si j'étais une grande célébrité, ce serait très plaisant, mais je continuerai à faire ma musique.

Vous êtes souvent en tournée et en déplacement. Combien de fois avez-vous dormi chez vous l'année dernière ?

SUGIZO : Trois mois peut-être.. Un tiers de l'année je pense.

Cela vous arrive-t-il d'être fatigué de ce mode de vie trépidant ?

SUGIZO : Passer une journée tranquille me manque. J'aurais besoin seulement d'une journée paisible. J'aime la vie tranquille. Pas trop de fêtes, pas trop d'alcool et je n'aime pas les endroits trop bruyants. J'aimerais un endroit tranquille, confortable avec vue sur l'océan et un beau soleil.

Lorsque vous voyagez, quelles musiques emmenez-vous sur votre lecteur mp3 ?

SUGIZO : Il y en a tellement... Récemment, il y a les Pink Floyd que j'écoute beaucoup. Je me suis remis à écouter David Sylvian aussi. Après, toutes musiques de style électronique, ambiant ou orchestre classique. En temps normal je n'écoute pas de rock, hormis Primal Scream que j'aime beaucoup, et on peut considérer la musique de Pink Floyd assez rock quand même, non ? Et bien évidemment, j'écoute de la techno, SYSTEM 7 est mon groupe favori dans ce style.

Mais si vous n’écoutez plus de rock, n'est-ce pas difficile pour vous de jouer les morceaux de LUNA SEA ?

SUGIZO : Non, je ne crois pas. Je peux ressentir de l'inspiration venant de n'importe quoi. D'ailleurs, en règle générale, je n'ai même pas besoin d’écouter de la musique car elle est déjà dans ma tête.

Quels sont vos projets pour l'avenir ?

SUGIZO : J'ai pour projet de réaliser la bande originale d'une pièce pour l'an prochain. Peut-être aussi que LUNA SEA redeviendra actif l'année prochaine, car nous voulons composer de nouvelles chansons et peut-être faire un nouvel album. Concernant X JAPAN, il y a toujours la tournée en cours et je pense que nous jouerons un grand concert à Tokyo, l'année prochaine également. Et enfin je continuerai à travailler sur mon projet solo, d'ailleurs j'ai déjà des idées concernant un nouvel album. Mais ce dont j'aurai le plus besoin l'an prochain, c'est d'un jour de repos.

Donc si demain vous aviez l'opportunité de monter à bord d'un avion et d'aller n'importe où en vacances, où iriez-vous ?

SUGIZO : J'aimerais vraiment retourner à Hawaï, ou alors en Grèce. J'aime beaucoup la Grèce. J'aime l'océan. Et j'aimerais refaire de la plongée, j’adore ça. Et aussi sauter à nouveau en parachute. Ça, c'est fantastique.

Enfin, pouvez-vous laisser un message pour vos fans ?

SUGIZO : Je veux vraiment vous remercier pour votre soutien, comme toujours. Nous avons besoin de vous et j'ai besoin de créer encore plus de belles musiques pour vous. Parce que vous m'avez sauvé, vous nous avez sauvés et vous m'avez donné de beaux rêves. Je veux vous transmettre ma spiritualité. Nous avons déjà appris à ne faire plus qu'un. Je crois que lorsque je joue de la musique, et ce, pour les gens de n'importe quel pays, mon ressenti est unique. Il n'y a pas de religion, de frontière, tous les problèmes disparaissent, la musique n'a pas de limites. C'est ce que je crois et c'est très important pour moi. C'est bon pour nos esprits et je veux vraiment garder ce beau lien, et le voir devenir plus fort.
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