Guitar Wolf : une tornade rock'n'roll dévaste la Maroquinerie

live report - 06.10.2011 07:00

Live report du concert de Guitar Wolf du 7 juillet à Paris.

Le 7 juillet, Guitar Wolf était à l'affiche de la Maroquinerie à Paris. Après avoir digéré ce tourbillon explosif, il est temps de revenir sur ce show sans dessus dessous.

Certaines personnes voulant être aux premières loges sont arrivées à l'heure, mais la salle semble pour le moment bien vide. Pour faire patienter les quelques louveteaux affamés qui campent curieux au premier rang, les Français de Cool Kleps s'emparent de la scène, offrant un son militant sur les bords, nourri de propagandes à la bonne franquette. Soutenu par un look kitsch et un clavier strict, le groupe laisse malheureusement la foule glacée. Une ambiance qui aurait pu être sympathique dans un autre contexte, mais qui tombe un peu à plat ici. Alors que l'impatience commence à se répandre dans la salle, la scène est enfin vidée pour laisser place au trio attendu.

Seiji, Toru et UG arrivent comme des cowboys modernes dans leur traditionnelle tenue, pantalon en cuir et Perfecto. Démarrant sur un geste classique voire rituel, Seiji décapsule une bouteille de bière qu'il descend d'une traite, tenant le public en haleine. Dès les premières notes de Machine Gun Guitar, le groupe est à fond. Toru frappe d'un rythme effréné les peaux de sa batterie, tandis qu'UG fait voler ses cheveux dans l'air moite tout en violentant ses cordes au nombre de trois seulement. Seiji quant à lui, dans une attitude classe de rockeur décontracté, claque sa guitare entre deux hurlements. Peu de paroles sur ce morceau, mais une bataille de sons qui s'impose. Prenant le titre au mot, le chanteur transforme son instrument en arme et n'hésite pas à s'en servir, mettant le public dans son viseur. UG, qui laisse transparaître une multitude de grimaces sous sa tignasse ébouriffée, continue son jeu, assommant au passage de sa basse les téméraires du premier rang. Toru, cheveux gominés et fixés à bloc, brutalise ses fûts avec des gestes nerveux et secs qui ne s'arrêtent plus. Le chef de la meute lâche quelques sourires, satisfait de l'humeur de la foule surexcitée. La fosse porte bien son nom : les fans y bougent sauvagement, animés par le rythme endiablé de ce rock'n'roll. Guitare sur la nuque, le leader continue de gratter les accords chaotiques de ce son rock et rapide et crache ses mots parfumés à la bière.

Les titres s'enchaînent à un rythme soutenu dans un fatras jamais vu. Difficile de reconnaître les différentes chansons et encore moins les paroles, comme si de cette bouillie sonore, seule comptait l'atmosphère. Un rock'n'roll qui transpire la confusion et frôle le punk dans toute sa splendeur. Très vite, la sueur perle sur le visage de Seiji, créant une fine pluie à chaque mouvement. Malgré leurs déplacements survoltés, les sauts tumultueux et headbangs agressifs, les membres gardent leurs lunettes noires vissées sur le nez, comme si le look de rockeur leur collait à la peau. Dans cette ambiance dégénérée, les fans commencent à grimper sur la scène basse pour slammer sur la masse mouvante. Les bras se brandissent avec force sur le son électrique de la guitare et répondent aux paroles scandées dans un charabia incompréhensible, mélangeant japonais, anglais et alcool.

Après une pause rapide, le trio revient à l'assaut de la scène. Pour Kick Out the Jams, une reprise de MC5, Seiji désigne alors une personne du public et lui met sa guitare au cou. Si jusqu'à présent tout semblait un peu bordélique, ce n'est rien en comparaison de ce qui va suivre. Le nouveau membre gratte les cordes au hasard sans réelle partition, juste pour faire du bruit, tandis que le guitariste désarmé harangue la foule. Tout part dans tous les sens. Le gourou contrôle son nouveau membre en jouant avec son bras et s'impatiente légèrement, incompris par le fan qui ne sait pas trop quoi faire. Après maintes gestuelles, celui-ci comprend enfin et s'exécute en sautant et frappant l'instrument à coups de moulinets. Le jeune sbire finit par slammer à plusieurs reprises avant que le maître ne reprenne ses droits pour continuer le show. Il hurle alors les refrains du morceau avant de quitter la scène avec sa clique une nouvelle fois.

Le public en furie rappelle la formation qui ne se fait pas attendre. UG a fait tomber sa lourde veste en cuir laissant apparaître des tatouages à foison. Seiji, lui, arrive toujours couvert, mais tout de même allégé de son T-shirt. La chaleur est, il faut le dire, montée de bien des degrés depuis le début du show. Les spectateurs sont de nouveau mis à contribution sur Koukousei Action. Le chanteur se lance dans l'entreprise acrobatique de construire une pyramide humaine sur l'étroite scène de la Maroquinerie. Les élus, plus qu'agités, ne tiennent pas en place, rendant la tâche encore plus difficile. L'expérience traîne en longueur, le leader tentant tant bien que mal de finir capricieusement son œuvre. Après avoir malmené les fans, plus qu'heureux d'avoir été choisis, il grimpe au sommet de cette architecture instable pour laisser sortir un cri guerrier avant que tout ne s'effondre. S'ensuit du pogo à gogo sur la scène comme dans la fosse. Les instruments semblent désaccordés mais plus personne n'y prête attention. Le délirium est contagieux et nul n'en réchappe.

Alors que les lumières s'éteignent, l'adrénaline n'est pas encore tombée et la foule n'en a toujours pas assez. Elle en réclame encore et encore. Seiji entend cet appel et surgit dans la pénombre, pour hurler I love you, OK !, titre du fameux morceau d'Eikichi Yazawa. Malgré le son déjà débranché, il vocifère le refrain en hommage à son public. La salle étonnamment compréhensive rallume alors les spots lumineux pour ce roi fou et laisse les fans profiter de ce dernier présent.

Il n'y a pas à tergiverser bien longtemps. Si les concerts de Guitar Wolf sont préparés selon une même ligne, avec des éléments qui se retrouvent sur toute la tournée, rien n'y fait, la surprise est toujours au rendez-vous. Une fois entré dans l'arène, impossible de savoir ce que le trio imbibé va offrir. Il ne reste plus qu'à se prendre au jeu, suivre le mouvement frénétique et se laisser dérailler au son aliénant de ces ovnis du rock'n'roll. Ici, pas de technique monstrueuse, mais une expérience authentique, honnête et libérée de toute chaîne à vivre : l'esprit rock'n'roll pur et simple.
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