Dragon Ash - FREEDOM

chronique - 11.04.2009 14:00

Le dragon toujours pas prêt de se consumer - 8/10

Coucher de soleil, guitare et tequila. Le Dragon Ash cuvée 2009 est arrivé, et est bien tel qu'on l'attendait. Sans grosse surprise. Mais cela ne veut pas dire sans saveur. Loin de là. En trois albums, huit singles, le groupe a maintenant achevé son tour d'exploration des musiques latino-américaines. Pas un genre musical ne leur a échappé. Début 2009, Tsunagari sunset et Unmei kyoudoutai s'imposent alors comme la quintessence de cette recherche sonore, entamée il y a déjà cinq ans. Deux titres simples et francs, dotés pourtant d'une richesse stylistique déconcertante : reggae, calypso, ballade, rock, pop, desservis par une très belle production, et un Bots dont les scratches refont enfin surface. Pas le genre de singles dotés d'une mélodie imparable qui nous pète à la figure dès la première écoute, mais plutôt de ceux dont le magnétisme s'écoule lentement des enceintes, en prenant son temps, avant de venir nous chatouiller les sens et de s'accrocher de manière indéfectible à notre cerveau.

Il y a maintenant longtemps que Dragon Ash ne cherche plus à disposer des dynamites sur son chemin. Les attaques se font en douce, et font mouche de manière subtile, au moment où on ne s'y attendait plus. FREEDOM, le huitième album du groupe, en est la parfaite illustration. Excepté la traditionnelle folk song mexicaine La Bamba, version que Ritchie Valens lui-même aurait très bien pu enregistrer s'il était né quarante ans plus tard, pas un titre n'est calibré pour devenir un méga-hit.

Les nombreux featurings qui faisaient les beaux jours des albums d'antan marquent de même cruellement par leur absence, et nous retrouvons ici pour seules participations celle des compères de toujours, SHIGEO et SHUN de SBK pour un Episode 6 quand même assez jubilatoire, et celle de la flûtiste Haruna Fukazawa sur le très lounge Bonita, musicienne qui officie également auprès du groupe folk metal Bellfast (!).

Les morceaux se succèdent, imperturbables, et rendent compte de la manière dont Kj et sa bande ont maintenant assimilé et digéré toutes ces influences latino pour lesquelles ils se sont entichées. Samba, reggea, salsa, calypso, mambo, bossa nova, tout est ici entrelacé pour devenir le style latino Dragon Ash, dans lequel il ne sert plus à rien d'essayer de démêler les ficelles sous peine de s'y coincer les doigts. Du coup, tous les titres de ce FREEDOM semblent bien similaires. Ça coule et glisse, mais aucune réelle aspérité n'est là pour venir accrocher l'attention. Pourtant, perles et autres pierres précieuses se trouvent bien là, sous ce gentil cours d'eau dans lequel il suffit de s'arrêter et de creuser un peu pour qu'elles remontent à la surface. Il suffit d'avoir le tamis patient.

Côté surprises - car il y en a quand même un minimum, il ne faut pas tout catégoriser - il est étonnant de constater que les sonorités HARVEST-iennes refont leur grand retour dans la musique du combo. Guitares lourdes aux riffs hachurés, scratches agités et vociférations rap s'invitent de manière flagrante sur le titre Mixture, mais opèrent également par petites touches ponctuelles sur d'autres morceaux, et c'est avec un certain sentiment de nostalgie que nous les accueillons. Dear Mosh Pit est quant à lui LE titre insolite de l'album, dont la construction alternant passages calmes et fulgurances énervées rappelle quelque peu le Yuri no saku basho de de Lily of Da Valley, à la différence qu'ici la guitare est soutenue par... l'accordéon de l'Orchestre d'un Marcel épileptique.

De manière générale, Dragon Ash ne cherche plus à étonner par une musique sans cesse en mutation. Ce FREEDOM se doit d'être pris tel qu'il est, le dernier album d'un groupe qui maintenant se fait réellement plaisir au sein d'un style ciblé depuis déjà quelques années, sans pour autant se départir de cette aptitude à mélanger de manière digeste différentes influences. Si Dragon Ash ne nous balance plus de caisses de dynamites sous les pieds, il évite aussi tout simplement de nous envoyer de la poudre aux yeux avec une musique gonflée aux stéroïdes pour en dissimuler le vide. Ce qui est devenu une qualité bien trop rare dans l'industrie de la musique major.
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