Jero - Yakusoku

chronique - 03.04.2009 14:00

Le nouveau génie de l'Enka. Note: 9/10

Consacré révélation de l'année 2008 au dernier Kouhaku (émission japonaise retransmise en direct le 31 décembre), Jero est une personnalité unique dans le monde de la musique japonaise. Suite à une promesse faite à sa grand-mère, ce noir américain se lance dans le courant le plus traditionaliste qui soit, à savoir l'Enka (ça c'est pour le côté voici). En plus de livrer avec ce Yakusoku un excellent album, celui-ci donne une nouvelle jeunesse à un genre que beaucoup considèrent comme désuet.

Commençant par Eisa, son dernier single en date, l'album démarre avec une composition émotive où les origines de Jero s'exacerbent dans le groove transmis par les refrains. Au passage, il faut voir le clip de cette chanson où l'artiste chante sur un fond surréaliste que n'aurait pas renié Dali. Bref, une expérience à vivre au moins une fois. Et malgré les quolibets que peuvent engendrer ses quelques clips où look Hip-hop côtoie imagerie kitsch, Jero se pose comme l'un des plus fervents défenseurs de l'Enka, mais également comme l'un de ses plus talentueux représentants. Ce genre, quasi inconnu par chez nous, pourrait être enfin reconnu avec l'arrivée d'un artiste hors norme, chose que l'auditoire français apprécie.

Pour ceux qui ne sauraient pas ce qu'est l'Enka, disons pour faire simple qu'il est l'équivalent au soleil levant de notre variété française... la qualité en plus. Traditionnel au possible, l'Enka se compose avec des musiques faisant la part belle aux instruments locaux (comme par exemple le Shamisen) sur lesquelles viennent se poser des paroles sur la vie, l'amour, la tristesse, les problèmes... Jero fait office d'OVNI dans ce milieu où les neuf dixièmes des chanteurs sont japonais. Et pourtant celui-ci fait un bien fou à cette musique... Sans la travestir ou la changer, il parvient ici et là à y apporter des touches agréables de modernité.

Ainsi, certaines chansons virent parfois dans la Funk ou le Jazz au détour des couplets tout en ne trahissant aucunement l'esprit de l'Enka. Celui-ci est porté, de bout en bout, par la voix exceptionnelle de Jero. Cela faisait longtemps que l'on n'avait pas vu émergé un réel chanteur "à voix". Profonde, grave, sachant se faire au fil des notes tantôt douce et mélancolique, celle-ci exacerbe les sentiments avec un touché qui tient du coup de maître pour un premier album.

Malgré son jeune âge, Jero parvient à réaliser un sans faute où aucune chanson n'est en dessous de l'autre. Umiyuki est une chanson sans âge, tout simplement magnifique qui aurait pu être écrite il y a dix ans tant elle se détache de toutes velléités commerciales et tendances actuelles pour ne garder que l'émotion la plus pure. Nanohana Hatake de Tsukama et Hare Butai sont ainsi des chansons touchées par la grâce et l'émotion là où Kyoko no Takashi s'avèrera un délice pouvant amener à l'Enka un nouvel auditoire.

Le statut de révélation de l'année 2008 de Jero n'est pas usurpé, loin de là. Pas parce qu'il est noir et qu'il n'est pas japonais, mais tout simplement car sa voix est exceptionnelle. Le reste n'est que jérémiades balayées par les émotions que transmettent les compositions de l'album et le vibrato typique de l'Enka de Jero. Celui-ci mérite une grande carrière, qui démarre sur les chapeaux de roues, tant sa voix est un plaisir à entendre dont on ne se lasse que difficilement.
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