Emiko Minakuchi, long entretien

interview - 28.09.2006 14:00

Emiko nous parle de son parcours et de son trio de jazz

Bonjour
Emiko Minakuchi : Bonjour.

Pourriez-vous vous présenter pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore ?
Emiko Minakuchi : Je suis un peu timide, c’est difficile…
Bon, je suis pianiste et je vis à Paris depuis huit ans. J’ai commencé à écrire de la musique depuis trois ans, en même temps que le trio s’est formé et nous avons ensuite joué à Paris. En parallèle, je suis professeur à l’école où j’ai étudié.

Qu’est-ce qui vous a poussé à jouer du piano dès l’âge de quatre ans et puis vous a mis au jazz ?
Emiko Minakuchi : Le jazz vient de la période où j’étais à l’université. Vers 21 ans, j’ai vu un concert de jazz de Junko Onishi [NDLR : joueuse de jazz japonaise qui joue du bop]. J’ai été surprise par les harmoniques. Ensuite j’ai été la voir à plusieurs concerts mais je ne connaissais pas du tout le jazz ni aucun artiste. Et comme elle a joué à Boston, je me suis dite qu’après mes études, je partirai aux Etats-Unis et deviendrai une pianiste de jazz. J’ai travaillé pendant 2 ans ½ pour gagner de l’argent. En attendant, j’ai écouté des musiciens français. Et grâce à une amie, j’ai vu Richard Galliano [accordéoniste] et Didier Lockwood [violoniste] dans un trio, c’était en 1997. J’ai eu un choc, c’était un super concert. Ils étaient pendant une semaine à Tôkyô et je les ai vus le mercredi. Finalement j’y suis retournée le samedi. A ce moment-là, je me suis dite que je voulais vivre en France mais je ne connaissais personne et ne parlais pas français, donc après coup, je suis restée sur l’idée d’aller aux Etats-Unis. Trois mois plus tard, j’ai vu Michel Petrucciani au même endroit. Et avec ce concert clairement je ne pouvais aller qu’en France. J’ai changé alors de direction pour arriver à Paris en 1998.
Sinon j’ai commencé à 4 ans le piano car mon arrière-grand-père qui était professeur de musique voulait absolument que je fasse du piano et que je rentre dans l'université où il est allé.

Vous avez eu un déclic avec le regretté Michel Petrucciani. Comment est-ce que cela s'est déclenché en vous ?
Emiko Minakuchi : Pendant deux chansons j'étais en larme. Sa musique était magnifique, il y avait tant d'émotions...
Etait-ce la première fois que vous ressentiez autant d'émotions ?
Emiko Minakuchi : Oui, j'avais eu des émiotions avec le trio de Galliano mais c'était plus dans le sens "on s'est bien amusés" alors qu'avec Petrucciani, c'était de l'émotion pure.

Comment avez-vous rencontré Hugo Céchosz et Francesco Pastacaldi qui composent avec vous le trio ?
Emiko Minakuchi : Je les ai rencontrés aux Jam Sessions [Petit concert improvisé basé sur des standards et qui fait intervenir différents artistes]. En fait j'avais un ami qui organisait des sessions de jazz au club Les 7 Lézards. Je faisais partie de ces concerts en tant que pianiste pendant trois ans et j'ai accompagné un groupe tous les dimanches. Hugo Céchosz est passé une fois et nous avons échangé nos numéros. Nous avons alors travaillé ensemble mais pas pour notre musique encore. Finalement Hugo est devenu le bassiste pour les Jam Sessions. Il est rentré aussi au CNSM [Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris] et y a rencontré Francesco qui a rejoint lui aussi par la suite ses Jam Sessions.
Qu'est-ce qui a poussé à les choisir pour votre trio ?
Emiko Minakuchi : Tout simplement j'aimais beaucoup leur façon de jouer.

Avez-vous vous déjà joué au Japon ?
Emiko Minakuchi : Non jamais !
Et vous en avez envie ?
Emiko Minakuchi : Bien sûr mais je n'ai pas assez de temps. J'avais quatre boulots en même temps à l'époque pour gagner de l'argent rapidement afin de partir. J'enseignais à côté et faisais des démonstrations de piano. En plus, je ne savais même pas ce qu'était l'improvisation : lorsque j'ai vu Michel Petrucciani et Junko Onishi, je ne savais pas que c'était de l'impro.
Vous n'aviez donc pas connaissance des gammes pentatoniques [suite de 5 notes par octave, système très utilisé dans le jazz] par exemple ?
Emiko Minakuchi : Non, je n'imaginais pas du tout !

Ressentez-vous une appréhension de la part d'un responsable d'un club lorsque vous vous présentez en tant que japonaise ?
Emiko Minakuchi : Non et puis je n'ai jamais eu peur à ce propos. J'avais plus un doute sur mon niveau, ai-je le bon niveau pour cet endroit, est-ce que ma musique va plaire. Mais non la nationalité n'a jamais été une barrière.

Comment s'organise une semaine de concerts comme celle que vous avez donnée au Duc des Lombards à jouer tous les soirs ?
Emiko Minakuchi : Malheureusement cette fois-ci comme nous étions en été, tous les musiciens étaient en vacances ou partaient à droite et à gauche pour accompagner d'autres groupes. Nous n'avons pas eu assez de répétitions pour cette semaine-là. Par contre avant, nous avons beaucoup travaillé, très régulièrement et même nous nous sommes penchés sur d'autres morceaux, ce qui prend énormément de temps. On cherche alors plein de choses. Et parfois je ne suis pas contente, même si c'est ma musique. Ils me font aussi des propositions cependant parfois cela ne me plaît pas, cela avance mal donc on retravaille le tout.
Avez-vous une même setlist que vous suivez à chaque fois ?
Emiko Minakuchi : Oui exactement !
Vous vous organisez alors sur des passages précis où vous pouvez improviser, comme ce qui est fait généralement en jazz !
Emiko Minakuchi : Bien sûr, il y a une structure de base et ensuite on improvise.

Pendant le concert, j'ai été assez touché par une musique qui s'appelle Tristesse et beauté. Qu'est-ce qui se cache derrière cette musique qui possède des accords très mélodieux mais tristes en même temps, aviez-vous un message particulier à faire passer ?
Emiko Minakuchi : Malheureusement non en fait. Je ne sais même pas comment cette musique est née. Quand je l'ai écrite, je me suis dite que c'était bien triste mais pourtant je ne l'étais pas moi-même.
On a pourtant bien ressenti dans le public, qui auparavant réagissait et parlait quelque peu, qu'il y a eu un changement, tout le monde était très attentif.
Emiko Minakuchi : Je ne peux pas dire qu'est-ce que cela veut dire. Ce qui est difficile à chaque fois lorsque j'écris une musique, c'est de fixer un titre dessus. Pour moi, la musique et les mots sont séparés.
C'est difficile de fixer des mots sur de la musique ?
Emiko Minakuchi : Exactement ! J'ai du mal à chaque fois ?
Est-ce que cela provient de la barrière de la langue française aussi ou pas du tout ?
Emiko Minakuchi : Non non, même en japonais c'est pareil.

Le titre de votre album est Kokolo (cœur en japonais) et par contre les titres de vos chansons sont en français, pourquoi cette différence ?
Emiko Minakuchi : Pour le titre, j'ai proposé à mon producteur Kokoro no koe (la voix du cœur). Mais mon producteur a compris corps. Il n'a pas trouvé cela beau et il a choisi le son de Kokolo après avoir saisi la différence. Aussi j'avais des complexes avec ma musique, j'ai du mal à avoir confiance en moi. J'ai eu de grosses périodes de déprime. Pour sortir de cet état, cela a été difficile. Beaucoup de personnes m'ont aidée : mon professeur de piano Antoine Arvet, mon producteur qui m'a poussé à faire un disque avec seulement des compositions. J'étais très étonnée, pourquoi ma musique ? Ce n'est pas swing, pas jazz ! J'avais honte moi...
A ce point-là ?
Emiko Minakuchi : Oui oui, je ne voulais pas jouer en public.
C'était de la timidité mélangée à une peur que le public n'aime pas donc ?
Emiko Minakuchi : Oui les deux. C'était sûr qu'ils n'allaient pas aimer. Mon producteur m'a bien poussé et j'ai compris diverses choses. J'ai commencé à écouter autre chose que ma tête, avant la tête conduisait: il vaut mieux faire ceci ou cela, etc. Du coup je n'écoutais pas mon cœur. C'est ainsi que cela s'est mal passé. Je me bloquais et n'avançais pas. J'ai débuté à écouter ce que je faisais, même en improvisation. Voilà comment j'ai trouvé le titre Kokolo.
Et alors pourquoi des titres en français, parce que vous viviez en France ?
Emiko Minakuchi : Exactement, sinon j'aurai bien aimé les mettre en japonais.
Et pourquoi pas mettre en français avec une traduction japonaise alors ?
Emiko Minakuchi : Ah oui, pourquoi pas !

Qu'est-ce que vous avez tirée de votre culture japonaise que vous mettez dans votre musique ?
Emiko Minakuchi : Je ne peux pas dire ce que c'est. Je n'ai pas analysé cela mais je pense quand j'écoute ma musique et vois le résultat, on retrouve le fait que j'écoutais de la variété japonaise.
Par exemple ?
Emiko Minakuchi : De tout tout tout !
Mais plus pop, rock, classique, etc. ?
Emiko Minakuchi : Plus pop et classique, j'adore les deux. Il y a des musiciens de jazz qui pensent que la variété c'est nul, je ne suis pas d'accord. Moi j'aime beaucoup. Je ressens aussi dans ma musique que le Japon me manque, avec la tristesse et la mélancolie. Tous les jours, je pense à ma famille au Japon.
Vous-y retournez ?
Emiko Minakuchi : De temps en temps mais il y a un gros manque.
Vous comptez rester en France ou pas, finalement ?
Emiko Minakuchi : J'aimerais retourner au Japon voire en fait jongler entre les deux pays. Je suis assez casanière, je n'aime pas trop les voyages et donc de partir. Si j'arrive à faire des concerts en France et au Japon, c'est bon [rires]. Mon producteur essaye de voir d'autres pays, l'Israël nous a contacté entre autre. Je ne sais pas pourquoi, mais tant mieux !

Si on vous propose une tournée en Europe donc vous seriez quand même partante ?
Emiko Minakuchi : Si je peux rencontrer du monde, ce serait avec plaisir car j'adore faire des rencontres !

Vous êtes aujourd'hui professeur dans l'école où vous avez étudiez, comment est-ce que cela s'est passé ? Ca a été assez rapide en fait !
Emiko Minakuchi : Je ne peux pas dire si cela a été rapide car je ne compare pas avec les autres. Je me disais tous les jours que j'ai eu de la chance [rires]. Pour mes études c'était une bonne école pour moi. Ils m'ont choisie pour la bourse pour trois, quatre ans alors que lorsque je suis arrivée j'avais un niveau de débutant en jazz et en français.
Vous aviez quand même une bonne base en classique ? Cela aide pour avancer dans le jazz avec le solfège et la théorie.
Emiko Minakuchi : Je ne savais même pas construire un accord !! Tonique, tierce, septième, etc. Qu'est-ce qu'une treizième ! [rires]
Ils étaient bien gentils et m'ont bien appris, j'en suis contente. Ce qui était marrant c'est que l'année lorsqu'il m'a proposée d'être professeur, c'est l'année où je devais me marier. Sinon je n'aurai pas eu le droit de travailler ici ! J'ai tout qui m'est arrivé en même temps et je ne m'y attendais pas.
Mon mariage était en septembre et pendant les vacances, on m'a demandé si je voulais être professeur, j'ai dit oui avec plaisir. C'était en 2003.

Comment se déroule un cours avec vos élèves, quel est le message que vous désirez transmettre ?
Emiko Minakuchi : J'enseigne pour les débutants qui sont très timides, n'ont pas confiance en eux-mêmes. Je dis donc à chaque fois que tout le monde peut être un bon musicien. Il faut faire sortir ce qu'ils ont de bon en eux. C'est cela qu'on doit faire, pas de la technique. On peut avoir de la technique sans pour autant toucher les autres, ce n'est pas de la musique ! Ce que j'essaye de leur faire comprendre, c'est tout ça. Ce qui est aussi incroyable c'est quand on met la partition ils sont tout bloqués, tendus et ne jouent pas très bien. Lorsque j'enlève cette partition et dis : "maintenant tu joues n'importe quoi avec le piano !", déjà le son a complètement changé. C'est une très bonne méthode, je conseille à tout le monde de faire même cinq minutes n'importe quoi à la maison. A la base on a peur de ne pas bien faire, mais quand on a le droit de faire n'importe quoi, il y a vraiment quelque chose de l'intérieur qui ressort et qui est magnifique. Ce ne sont plus les mêmes élèves si je ferme les yeux d'un seul coup.

Vous avez des musiques qui sont tantôt douces et tristes, tantôt plus rythmées et joyeuses. Qu'es-ce qui vous inspire et vous pousse à faire une musique plus dans un sens qu'un autre ?
Emiko Minakuchi : Rien n'est choisi, car si on choisit, on n'arrive à rien faire. Je laisse courir mon imagination. Des fois il m'arrrive de m'imaginer sur la scène avec mes musiciens et là je me dis qu'est-ce que j'ai envie d'entendre ?
Vous vous mettez à la place du public ?
Emiko Minakuchi : De temps en temps, cela dépend. Dès que j'entends une intro, je note la musique et j'essaye de garder l'ambiance.

Vous avez joué dans divers lieux, mais y a-t-il un endroit qui vous tient plus à cœur qu'un autre ?
Emiko Minakuchi : On a pas encore assez d'expérience mais notre premier festival à Oloron Sainte-Marie [NDLR: Festival de Jazz des Rives et des Notes, http://www.jazzoloron.com/ ] s'est super bien passé. Ils étaient super gentils. J'en ai de très bons souvenirs. On m'a dit qu'il y a une vingtaine d'années, Michel Petrucciani est venu y jouer.
Forcément, cela vous a rappelé un certain concert !
Emiko Minakuchi : Exactement, et à ce moment-là, Petrucciani n'était pas connu comme aujourd'hui donc dans la salle il y avait peu de monde. Cependant les gens qui ont assisté à ce concert m'ont dit que c'était vraiment superbe.
Cela vous a touchée de vous dire que la personne qui vous a touchée a joué dans la même salle que vous maintenant. C'est une belle histoire.
Emiko Minakuchi : Oui voilà.

A ce jour vous avez sorti un album, Kokolo. Prévoyez-vous d'en sortir un autre avec les titres inédits que l'on a pu avoir lors du concert ?
Emiko Minakuchi : On va préparer cela sûrement l'année prochaine, en janvier peut-être avec la même formation.

Quelles sont vos influences musicales ? Michel Petrucciani ?
Emiko Minakuchi : C'est un peu difficile car ce que j'écris en ce moment est plutôt influencé parce que j'écoutais lorsque j'étais au Japon avec les souvenirs que j'en ai pour la variété japonaise et la musique classique. Petrucciani est trop nouveau pour moi pour l'instant. Je n'ai pas encore assez mûri pour prendre du recul sur ces événements plus proches. Pour travailler par contre l'improvisation je m'exerce sur des artistes comme Petrucciani ou encore Keith Jarret, Brad Mehldau, etc.

Lors du concert de vendredi, j'ai pu remarquer que vous chantonniez quelque peu.
Emiko Minakuchi : Oui, je n'arrive pas à me contrôler. Je ne m'entends pas sauf si c'est fort ou alors si j'ai mal à la gorge. Même quand je travaille à la maison je m'arrête parce que j'ai soif à force.
Vous n'êtes pas intéressée pour chanter donc ?
Emiko Minakuchi : Non, pas du tout, surtout pas !
Pourquoi ?
Emiko Minakuchi : En 2005 l'ingénieur du son lors de l'enregistrement de l'album n'arrivait pas à enlever ma voix. J'ai essayé de travailler de ne pas faire la voix, mais ce n'était pas possible. J'étais étonnée qu'il n'y arrive pas à le faire, mais cela venait du micro d'ambiance qui prenait le son du piano, donc forcément !

Comment s'est déroulé cet enregistrement de votre premier album à Rouen ?
Emiko Minakuchi : Cela n'a pas été trop difficile pour fixer les partis d'improvisations à part les tensions qui ont pu se créer. Nous avons joué au maximum chaque morceau cinq, six fois. Nous étions par contre très fatigués, nous n'avions que deux jours pour faire tout l'album. On a fait les deux tiers le premier jour et le second jour nous étions fatigués physiquement et mentalement. Je ne m'attendais pas à ça car c'était mon premier enregistrement.

Pour le côté technique au piano, vous vous entraînez combien d'heures par jour ?
Emiko Minakuchi : Enormément jusqu'à janvier de cette année car j'ai quelques soucis avec ma voisine propriétaire. J'ai acheté un beau quart de queue et je travaillais dessus toute la journée sauf le soir. J'ai accepté ce petit contrat car je pouvais à part le soir jouer autant que je le désirais. Depuis cette année elle travaille chez elle et c'est difficile. Je n'ai plus que deux heures maintenant pour jouer, ce n'est pas évident vu que c'est le soir sachant que ma fille est née en avril.
Vous ne jouez pas à l'école de jazz ?
Emiko Minakuchi : Si mais ce n'est pas le mieux pour moi. En ce moment donc mon travail est plus de développer mon oreille pour composer. Je n'ai pas forcément besoin de piano. Quand on a pas de piano, c'est plus simple pour fixer les choses.

Si vous pouviez jouer avec un grand artiste, qui serait-il ?
Emiko Minakuchi : Je n'y ai jamais pensé... c'est difficile ! Si j'y pense de suite ce serait Richard Galliano, un artiste de jazz.

Et de jouer avec une chanteuse ou un chanteur ?
Emiko Minakuchi : Je n'ai pas rencontré de personne avec qui j'aimerais travailler.

Pourquoi avoir repris le titre Ringo no Oiwake de Masao Yoneyama sur votre album ?
J'avais acheté l'album de Junko Onishi et elle joue cette musique. Mais nous n'avons pas le même arrangement qu'elle. Depuis trois ans, on joue ça et quelques standards avec des compositions. Et dès qu'on joue Ringo Oiwake, le public apprécit beaucoup tout comme mes musiciens.

Dans votre prochain album, y aura-t-il des reprises ou seulement des compositions ?
Emiko Minakuchi : Je ne sais pas encore mais à priori que des compositions.

Une petite dernière question, quelle est votre composition qui vous ressemble le plus et pourquoi ?
Emiko Minakuchi : Ah... Un peu de tout vu que cela vient de moi mais le plus fort serait Tristesse et beauté ou Mélancolie, parce que je pense au Japon et à ma famille.

Merci beaucoup
Emiko Minakuchi : Je vous en prie.
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