Padlock - Struggle in Red

chronique - 06.01.2011 06:00

Y'a bon Punk ?

Bon allez. On s'avance, y'en a qui vont râler, tant pis. Struggle in Red de Padlock est l'album punk hardcore de la décennie. En fait non, il y a beaucoup d'autres choses aussi bonnes, mais il a une bonne place au panthéon des dingueries nipponnes. Voici donc une galette qui n'a pas fait grand bruit lors de sa sortie mais qui pourtant envoie du lourd, à sec. Explications. Struggle in Red sort en 2003 chez le sonore label punk Blood Sucker Records. Indé oblige, peu d'exemplaires sont tirés. Ce qui est assez malheureux vu le potentiel énorme qu'avait le groupe à cette époque. Digne successeur de GAUZE, G.I.S.M et autres INU, la folie punk les porte et nous apporte un bon coup de pied dans les tympans à l'occasion. Un bon décrassage, voilà.

De la bonne masturbation de guitare accompagnant quelques acharnements d'un chanteur s'époumonant à qui mieux mieux sur une batterie tintamarresque, aux blasts détonants. Le chant, justement, parlons-en. Les paroles sont hurlées, scandées à cent à l'heure de la première à la dernière seconde du disque, comme un appel violent, un cri d'alerte, un dur retour à la réalité pour tous. Ecoutez donc Desperate Hill, qui clôt l'album en beauté, à une vitesse dégénérée et assourdissante, finissant sur trois simples hurlements, qui s'éloignent peu à peu, douloureux, nous laissant sur le cul.

Un appel qui est loin d'être mou du genou et qui se doit d'être entendu. Un appel à la révolte, à la réflexion, finalement. Car oui, en plus d'être entraînant, motivant, Struggle in Red fait réfléchir. Réfléchir à quoi ? C'est à vous de voir si vous écoutez son message ou non. C'est tout un état d'esprit qui se réfléchit dans cette galette, une génération qui se réveille, qui se meut, qui veut être entendue. Influencée par les plus grands, elle sort de sa torpeur et nous brise en quelques coups. Enfin ! Une telle énergie, une telle rage s'en dégage que s'en est bandant. Littéralement.

Le chant de Macky, survolté et intense, nous étouffe, nous hypnotise et nous assomme. Le jeu somme toute technique de Makoto, guitariste du groupe, reste assez sobre pour ne pas sonner trop faux, trop "commercial" dirons-nous, car après tout, un esprit punk, c'est aussi un jeu punk, empli de bières et de fausses notes. Ici, non. Le tout est carré, bien foutu, façonné et maîtrisé. Ah... Les souvenirs d'une époque disparue resurgissent, ces punks-là ne misent pas sur la coupe, mais sur leur musique, leur esprit anticonformiste et révolutionnaire.

Un disque à écouter d'une traite. Sans pause. Ne pas reprendre son souffle une seconde. Rester coi du début à la fin, être sonné et abasourdi. Une énergie pure nous est transmise, mais la première écoute est toujours la plus étonnante. Radical. La forme et l'esprit y sont. Que doit-on espérer de plus ? Peut-être plus de compositions, plus de longueur, plus, encore et toujours plus ! Mais on ne peut pas tout avoir et on devra se contenter des autres EP de Padlock. Pour l'instant.

Certainement l'un des groupes japonais les moins mis en avant et les plus sous-estimés de la décennie, mais qui mérite pourtant d'être supporté par le milieu punk tant il est bon de s'écorcher vif sur les ritournelles brûlantes du groupe. Dommage. On s'y replongera d'ici quelques années, comme beaucoup l'on fait avec GAUZE ou the stalin. Dernier point : les illustrations de la pochette, sobres et puissantes, agressives et étonnamment parlantes, respectent bien l'esprit du groupe, de l'album, révolutionnaire, provocateur, le regard d'une jeunesse étonnée et lucide sur une société embourbée dans ses propres excréments. Trois couleurs : rouge, noir, blanc. Comme un appel au rassemblement, au réveil, un hymne. Du grand art.

★★★★☆ : du lourd !
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