Envy - A Dead Sinking Story

chronique - 19.12.2010 06:00

Retour sur un album essentiel de cette décennie

Petit retour en arrière : nous sommes en 2003, le groupe envy revient avec un nouvel album, A Dead Sinking Story, après avoir traumatisé de nombreux amateurs de screamo avec leurs deux précédents albums, et surtout all the footprints you've ever left and fear expecting ahead, encensé par la critique deux ans plus tôt. C'est donc une grande impatience, mais surtout une peur de la déception profonde qui habite la critique à ce moment là.

Dès l'introduction du disque dans la platine, nous sommes en terrain connu avec quelques notes de guitare acoustique pour lancer Chain Wandering Deeply. Morceau emblématique du groupe, tout l'esprit d'envy est résumé en ces quelques neuf minutes. Riffs massifs, batterie métronomique et basse vrombissante : la musique se joint aux complaintes d'une voix unique, sortant des tripes d'un chanteur balançant sa détresse en pleine face des auditeurs.

Là où le précédent album possédait une fureur juvénile à la violence paroxystique, aux confins du mouvement hardcore, envy fait ici le pari d'une musique plus suggérée, moins directe, pour pénétrer plus sensiblement ce sentiment humain qu'est la tristesse. Mais en l'état, la noirceur et la violence distillées par les compositions ne s'estompent jamais. Même lors des deux interludes, la musique et les sonorités se font d'autant plus oppressantes, pour mieux happer l'auditeur à la reprise des hostilités.

Rien n'est laissé au hasard dans ces neuf chansons pour créer ce sentiment d'affliction qui ne disparaît jamais à l'écoute de l'album. A Dead Sinking Story est un album triste, sans aucune note positive, à la mélancolie permanente, où la violence est caractérisée par la voix éraillée de Fukagawa Tetsuya, qui laisse deviner une grande fragilité derrière cette tempête sonore. Cette dualité est la marque d'envy, cet antagonisme entre la douce violence de la mélodie et les plaidoiries, les supplications hurlées à s'en perdre la voix du chanteur. Les trois guitares ne sont pas de trop, créant un véritable mur de riffs, une imposante fureur libératrice laissant penser à une grande exaltation des sentiments nécessaire, qui ne peut passer que par cette musique pour être libérée. Ici, quand violence il y a, elle n'est pas au service du rien, mais à celle de la beauté, de cet embellissement de la tristesse qui est la réussite propre des premiers albums d'envy.

A Dead Sinking Story est sans nul doute l'un des albums indispensables de la première décennie de ce nouveau millénaire. Puissant, profondément mélancolique et d'une noirceur mettant en avant une grande violence émotive, voici comment pourrait être simplement résumé cet album. Le groupe envy a ici réalisé son plus grand disque, un joyau qui n'a pas pris une seule ride plusieurs années après sa sortie, et qui est considéré comme l'un des chefs-d'oeuvre d'un mouvement depuis martyrisé par des jeunes mécheux n'ayant cure de la musique pour ne se soucier que du look. Bien des formations ont tenté de copier la puissance de ce disque, mais aucune à ce jour n'a su s'en approcher. Suite à celui-ci, envy prendra une toute autre direction tout aussi intéressante, mais laissera cette insouciance incandescente, testament marquant la fin d'une époque, pour des rives plus introspectives, mais ô combien passionnantes!



★★★★★ : Un chef d'oeuvre et une des pierres angulaires du mouvement screamo!
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