Thursday / envy - Split

chronique - 18.01.2009 13:00

envy continue d'expérimenter à travers ses split albums - 7,5/10

Annoncé depuis pas mal de temps sur le site officiel du groupe de post-rock japonais, c'est le 4 novembre dernier qu'est finalement sorti ce nouveau split avec les américains de Thursday. Le deuxième split de l'année pour envy, après la bonne mais trop inégale collaboration avec jesu. Tandis que l'album est distribué sous format CD par Sonzai au Japon, c'est un packaging plutôt curieux qui attend nos amis de l'autre côté de l'Atlantique, étant donné que le label Temporary residence limited propose quand à lui un CD plus un LP, qui ne peuvent être vendus séparément, et qui contiennent chacun exactement le même enregistrement. Ce qui influe bien entendu sur le prix de l'objet. Enfin bref, musicalement, ça vaut quoi tout ça ?

Thursday ouvre le bal avec quatre titres, dont deux instrumentaux. Quatre morceaux empreints de violence et de douceur mêlées, baignés sous les affres de l'amertume. Même si leur musique est tiraillée entre post-punk et hardcore, c'est avant tout les sonorités et thèmes mélancoliques qui retiennent toute l'attention, ce qui vaudra à la formation d'être affiliée au mouvement emo. Bien que vendeur, le terme est aussi nettement péjoratif et est devenu un espèce de fourre-tout où sont emballés n'importe quel brushing ou eye-liner, sans réels questionnements autour de la musique. Le virus emo s'attaque même aux fondements des styles dont il est issu, et il n'est même plus surprenant de lire en parcourant les commentaires laissés sur des sites tels que Youtube que Robert Smith, le leader de The Cure, est le premier personnage emo ayant existé, ou encore mieux, que David Bowie est en train de devenir emo (?!). Engendrée par ses détracteurs qui n'y voient qu'un mouvement hype véhiculé par les gros médias (qui a dit MTV ?) et bien relayé par Internet, nourrie par ses acteurs qui jouent (à dessein ?) la carte de la persistance des stéréotypes, la tempête emo n'a pas fini de diviser ou de renforcer les communautés. Et à vrai dire, on se fiche de savoir si Robert Smith a eu l'idée de s'appliquer de l'eye-liner pour la première fois il y a trente ans dans le but d'être enfin reconnu emo aujourd'hui (c'est à n'en pas douter un énorme privilège pour lui, d'un niveau d'importance au moins égal au torchon dont il se sert pour faire la vaisselle chez lui), ou si le robinet de mon évier est lui aussi emo parce qu'il pleure tout le temps, le fait est que Thursday fait de la musique mélancolique, bien faite, qui plaît aux ados, et c'est en tant que tel déjà très bien. Les titres instrumentaux, In Silence et Appeared and was gone (qui est une version remixée du morceau précédent, orchestrée par Anthony Molina de Mercury Rev) sont d'ailleurs particulièrement réussis, et lorgnent du côté du son post-rock d'envy. Les efforts faits par les jeunes Américains pour parvenir à se hisser au niveau des vétérans japonais apportent leurs fruits, et nous pouvons noter sans mal les grands progrès de la formation effectués depuis leur premier single en 2001.

C'est en nous laissant une bonne impression que Thursday cède la place à envy, dont nous attendions avec impatience les nouvelles productions. Et je dois dire que dès les premières secondes, nous comprenons que nous allons avoir affaire encore une fois à du très grand envy. An umbrella fallen into fiction s'inscrit dans le sillon laissé par Conclusion of existence dans le split précédent avec jesu : véritablement minimaliste, arpèges de guitares lointaines et bruine de douces notes cristallines tirées d'un séquenceur forment un doux voile sonore, sur lequel viennent s'accrocher les légères impulsions d'une boîte à rythmes réglée au millimètre près et les lents murmures de Tetsuya Fukagawa. Puis au dernier tiers du morceau, le son des guitares monte en intensité avant que n'éclatent les détonations de la batterie et les beuglements du chanteur. Loin d'être empreints de la colère habituelle, les cris sont ici admirablement servis par une musique nuancée, où les montées en puissance des vagues de synthétiseur se marient à merveille aux guitares plus lourdes. Fin en véritable apothéose d'un titre, qui, dès la première écoute, s'avère déjà être l'un des meilleurs du groupe japonais, d'une beauté extrême.

Isolation of a light source qui suit est bien plus anecdotique, proche du son violent et désespéré développé depuis All the footprints you've ever left and fear expecting ahead. Bien que bon, il s'inscrit définitivement dans des sentiers battus depuis déjà belle lurette, et une composition un peu plus aventureuse aurait été la bienvenue, surtout que l'on sait dorénavant que le groupe en est véritablement capable.

Le dernier morceau du split, Pure birth and loneliness est une nouvelle grande réussite dans l'esprit d'abyssal, où rage et douceur se mêlent de la meilleure façon qui soit. Le chant de Fukagawa est doté d'un énorme pouvoir de suggestion ; bien que toujours aussi extrême, il sait se faire incroyablement mélodique et bouleversant, et nous emporte vers les zones émotionnellement tumultueuses de la nostalgie.

Cette nouvelle collaboration d'envy est une véritable réussite, bien plus aboutie à mon sens que ne l'eût été la dernière en date, malgré ce maintien constant dans les sonorités hardcore passées. Le groupe a véritablement toutes les cartes en mains pour laisser évoluer sa musique, vers quelque chose de plus minimaliste, plus synthétique, tout aussi merveilleux sinon plus. Nous verrons bien ce qu'il en sera dans un prochain album complet. Qui, soit dit en passant, met bien du temps à être annoncé celui-là.
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