Retour sur le concert d'el-Ethnic Legist- au Japon

live report - 21.07.2010 01:30

Event Pandora act.6 à l’Otsuka Red Zone

L’originalité de leur look et de leur musique, inspirés par l’Egypte antique, les a fait remarquer jusqu’en Europe, où ils préparent actuellement une tournée pour l’automne prochain. Ils organisaient, le 7 mai 2010 à l’Otsuka Red Zone de Tokyo, un event à la programmation éclectique résolument rock.

En attendant leur venue sur le sol européen en septembre prochain, les quatre égyptophiles d’el -Ethic Legist- ne se tournent pas les pouces. Ils enchaînent les concerts de groupes amis et organisent déjà, en cette soirée du 7 mai 2010, la sixième édition de leur propre série d’events, étrangement baptisée du nom grec Pandora. Le septième est déjà prévu pour le mois suivant.

Si l’on pensait qu’el -Ethnic Legist- inviterait des groupes à son image, du visual kei au son rock-métal fortement imprégné de culture d'autres contrées, on peut s’avérer surpris. A l’entrée de la salle de l’Otsuka Red Zone, jouxtant un stand de goodies étonnamment chargé, un panneau lumineux annonce le programme qui attend le public. Avant le show final des grands organisateurs de la soirée, ce seront cinq groupes aux univers fort différents qui se succèderont sous l’unique bannière commune du rock.


L’event commence devant un public réduit, avec un premier groupe au son plutôt planant, dont la chanteuse maîtrise joliment une voix claire aux accents bjorkiens. ato-saki installe doucement une ambiance aux parfums d’encens, d’autant plus réussie que l’instrumentale se fait minimale.

Le feeling change radicalement avec l’arrivée en fanfare sur scène d’un petit groupe de jeunes en treillis militaires. SAVANNA envoie avec grand entrain un rock des eighties à la voix légèrement nasillarde mais bien placée.

Le groupe suivant, Martini, propose, devant un parterre de fans venues en nombre, un rock japonais beaucoup plus conforme aux tendances actuelles. Son originalité réside dans la présence, aux côtés du chanteur principal, d’une chanteuse lyrique qui pousse ses vocalises comme elle se servirait d’un instrument, en fond sonore de chaque morceau.

Suivent en quatrième position de parfaits représentants du mouvement oshare, les Shiring@Club. Ils sont quatre, ils sont bleus, ils se présentent façon Power rangers sur une musique électro et poursuivent en chorégraphies sautillantes sur des mélodies joyeuse et entraînantes.

Rupture totale avec le groupe qui leur succède, L~Lotus~, qui installe immédiatement une ambiance sombre et distordue plutôt efficace. Au milieu des musiciens majoritairement issus d’as.milk, habillés de noir, se détache le chanteur en chemise blanche, dont la voix sourde et mélodieuse n’est pas sans rappeler celle d’Hazuki, chanteur de lynch..


Après ce sympathique panorama non exhaustif des diverses facettes du rock japonais, une pause bienvenue permet l’habituelle rotation des membres du public. Public par ailleurs presque aussi hétérogène que les groupes qui se produisent ce soir-là, avec un large éventail allant de la lycéenne à la cinquantenaire, en passant par quelques salary-men à peine échappés de leur travail. Le premier rang se pare de sweat-shirts aux couleurs d’el -Ethnic Legist-. Imprimé sur le tissu, l’emblème du groupe, un œil égyptien dans un cadre triangulaire.

Lorsque les rideaux s’ouvrent sur la scène, le même œil lui répond depuis le fond, immense et hypnotisant. L’espace est vide, baigné de lumière rougeâtre et d’une vague fumée qui brouille le décor. Plantés sur des balances en acier de part et d’autre de la batterie, de petits feux rougeoyants percent le flou ambiant de leurs flammes artificielles.

En fond sonore s’élèvent des notes éparses, déroulant une mélodie d’inspiration clairement orientale à laquelle vient se superposer la litanie gutturale d’une voix off masculine.

Le décor est planté: nous basculons dans une Égypte antique et mystique, revisitée à une sauce moderne et personnelle par le quatuor d’el -Ethnic Legist-, qui porte définitivement bien son nom.

La musique s’emballe pour l’entrée du groupe, tandis que des spots blancs déchirent l’obscurité de la salle et éclairent agressivement le public. Les uns après les autres, les membres du groupe grimpent sur les retours, chacun saluant de son signe distinctif repris par les fans. Drapés de tissu noir sur lequel brille l’emblème de leur unité, les quatre hommes s’apparentent à une confrérie de sombres mages guerriers venus des hautes castes égyptiennes. Le chef en est yuma, le chanteur au costume incrusté de doré ; ses sbires sont HIGE (ndlr :prononcez haidji) le bassiste, el le guitariste et sin le batteur, tous les trois ceints de sangles argentées et portant fièrement un rouge sanguin. De leurs costumes de touareg du précédent look, il ne reste rien, hormis la touche horror revendiquée par l’œil noirci comme une œillère de l’effrayant HIGE, et par les bandages momifiant la peau découverte des quatre musiciens.

Dernier arrivé sur scène, yuma dispose ses doigts en un triangle reprenant la forme du logo d’el -Ethnic Legist-, un geste semble-t-il représentatif du groupe. La voix off reprend son récit alors que tous se placent dos tourné au public. Une porte grince. Le concert peut commencer.

Et il débute sur les chapeaux de roue, avec du gros son envoyé dans les oreilles d’un public qui commence déjà à secouer vigoureusement les cervicales. レジスト –Resist – paraît plutôt calme en CD, elle prend toute sa mesure en live et annonce la marque de fabrique du groupe : basse lourde qui se distingue clairement, batterie très envolée, rapide, ici presque hypnotisante, et enfin guitare qui se fond dans des samples aux rythmes égyptiens très présents.

La musique s’éteint, la voix off reprend et l’obscurité tombe avant que ne soit entamé l’un des titres majeurs du groupe, ドゥルガ – Durga – . C’est une ode au combat, une harangue guerrière ponctuée du poing levé du chanteur, imité par le public, au rythme des coups de cymbale frénétiques de sin. La guitare se détache enfin dans un solo bourdonnant qui part en vrille, avant qu’un énième refrain particulièrement accrocheur n’imprime le mot Durga dans la tête de chacun, et ne termine cette chanson en forme de déclaration de guerre.

La salle s’obscurcit, les spots se dirigent exclusivement vers le chanteur. Seul dans la lumière, yuma entame doucement スイボク– Suiboku–, appuyé uniquement de la basse d’HIGE. Héros en attente à la veille du combat, effrayé du lendemain mais serein face au destin, il alterne chant calme et cris poignants mélodiques, accompagné d’un chœur d’instruments doux. L’atmosphère est au recueillement, que partagent les fans en bougeant légèrement la tête en rythme.

La pause avant le morceau suivant se fait longue, le guitariste et le chanteur demeurent tournés vers la batterie. Le silence est rompu par ホルス – Horus –; la nuit est passée et le jour se lève avec l’agression d'une lumière jaune et crue. C’est la marche au combat, les cœurs se soulèvent, le souffle est épique. Horus est peut-être l’un des titres les plus représentatifs et les plus complets du groupe, un hommage efficace au heavy metal mélodique des contrées nordiques. HIGE s’approprie les codes du mouvement en formant de la main le signe des cornes, sans s’arrêter d’headbanguer et de bondir tout en continuant à jouer. el et yuma lèvent le poing avec le public.

S’enchaîne directement アビ– Abi –, la bataille dans toute sa splendeur. En CD, le morceau étonnait par son absence totale de chant et de structure. En live, il envoie du lourd. Extrêmement rythmé par la double pédale, succession de coupures et de reprises, de voix presque parlées et de cris communicatifs, instrumental, saccadé, le titre est taillé pour la scène. Les musiciens ont d’ailleurs l’air de s’en donner à cœur joie, et le public japonais s’épuise en headbangs, à défaut de savoir exprimer autrement le bouillonnement et l’agressivité de l’instant.

Mais la salle plonge à nouveau dans le noir, et la voix de yuma s’élève dans l'obscurité. La lutte est terminée; c’est l’après-combat, le retour à la normale, que nous dépeint presque avec une pointe de nostalgie キミトテ – Kimitote – . el gratte doucement sa guitare, la batterie et la basse s’atténuent, HIGE et les fans chantonnent en même temps que yuma la mélodie du refrain, facile à mémoriser. La chanson s’arrête et les lumières s’éteignent sur cet air d’espoir, annonciateur d’un monde nouveau.

L’histoire est bouclée. La set-list aura été exactement celle de インドラ –Indra – , premier album du groupe, à l’exception des pistes musicales introductives et conclusives. On peut s’étonner que le groupe, qui dispose dans son répertoire d’autres titres à exploiter en live, ait préféré ce qui semble être un choix de facilité. Mais l’enchaînement des titres d’Indra est de fait, dans son alternance entre morceaux épiques et morceaux plus tranquilles, idéal pour dérouler un récit imagé et installer un univers, une fonction du live visiblement indispensable pour el -Ethnic Legist- .

Et le groupe n’en oublie ni le côté fun et spontané du live, ni l’autre de ses chansons phares, アスタルテ – Asterte –, comme va le montrer la suite. Le MC donne la part belle à HIGE qui remercie les fans, prend une voix de yakuza pour alpaguer le public hilare, discute avec yuma, puis finit par s’excuser de ne pas disposer d’assez de temps pour un rappel. Il annonce en revanche l’invitation spéciale d’un groupe de session pour le final. Le fameux groupe se fait attendre, et le bassiste doit lancer des invectives plusieurs fois vers les coulisses avant que ses membres ne daignent monter sur scène au compte-goutte. Ou plutôt remonter sur scène, car aux membres d’el -Ethnic Legist- s’ajoutent à présent tous les chanteurs masculins des groupes précédents et deux guitaristes sans leurs instruments. Ils sont dix sur scène, et c’est dans un joyeux bazar que tous reprennent en chœur Asterte, la chanson titre du premier single d’el-Ethnic Legist-. Visiblement, personne ne connaît les paroles, mais qu’à cela ne tienne: les petits rockeurs de SAVANNA dansent et font de l'air guitar sur les couplets, pendant que ceux de Martini jouent aux bons élèves en tentant de suivre les paroles sur une feuille. Au refrain, c’est tout le groupe de fortune, même ceux dépourvus de micros, qui s’époumone en « Astarute, astarute! » pendant que les fans de tous les artistes, ravis par le cadeau, s’avancent et se mettent à copier la chorégraphie d’el -Ethnic Legist-, à base de triangle construit avec les mains.

La surprise est de taille et clôt l’event de façon très sympathique, autant pour le public que pour les musiciens, qui s’amusent comme des enfants. HIGE lève sa basse sur les dernières mesures et les applaudissements retentissent. Laissés seuls sur scène, les membres d’el -Ethnic Legist- viennent s’incliner les uns après les autres avant de rejoindre les backstages.


Le groupe, qu’on aurait pu croire enfermé dans un univers exclusif, peut se vanter d’avoir rassemblé et su concilier des sensibilités musicales bien différentes pour ce sixième acte de Pandora.

Il peut également être fier d’assurer un spectacle live de qualité dont le son égale celui du CD, avec une mention spéciale au chanteur à la voix agréablement bien maitrisée. On peut néanmoins reprocher au groupe de ne pas suffisamment exploiter la largeur de la scène pour ses déplacements ; mais on peut également le lui pardonner, car il compense par un dynamisme communicatif, et parce que le guitariste el semble un peu trop maladroit pour oser se balader sans craindre la chute.

Il leur faudra encore prouver leurs capacités sur les diverses scènes européennes qu’ils occuperont en septembre prochain. Un sacré défi pour un groupe formé depuis deux ans seulement, qui devra séduire un public étranger presque ignorant de son univers.

Set List :
1.レジスト -Resist-
2.ドゥルガー -Durga-
3.スイボク -Suiboku-
4.ホルス -Horus-
5. アビ -Abi-
6.キミトテ -Kimitote-
セッション : アスタルテ -Asterte-
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