Gonin-ish - Naishikyo Sekai

chronique - 10.12.2008 13:00

Voyage brutal dans de bien belles contrées. 7.5/10

Sorti il y a deux ans sur l'archipel, ce Naishikyo-Sekai a attendu jusqu'à fin 2008 pour arriver dans notre pays. Enfin, je devrais plutôt dire en Occident, la distribution se faisant mondialement par le biais du label SEASON OF MIST. Et on peut dire que celui-ci a eu le nez creux en distribuant ce qui est un excellent CD de death metal technique... Mais pas que, et c'est ce que nous allons voir.


L'album commence sur un titre instrumental tout en déstructuration, laissant voir un groupe extrêmement technique où les guitares s'entrecroisent avec le piano sur un rythme extrêmement enlevé.

Narenohate laisse apparaître une des premières spécifications de ce groupe. Le chant est entièrement féminin, assuré par Anoji qui chante dans un japonais ancien. Par conséquent, je ne tiendrais pas compte des paroles, les intonations et les alternances entre chant clair et voix death transmettent énormément d'émotions.

Il faut dire que même si le terme DEATH PROGRESSIVE METAL peut faire peur, on s'éloigne de la brutalité qui sied bon nombre de ces groupes. On en est pas encore à écouter du Leah Dizon pour le coup (et bien heureusement encore, nos neurones ne s'en remettraient pas, vous imaginez, vous, du brutal dizon metal ? Enfin, Leah dizon c'est pas déjà de la brutal pop?), mais l'album se pose en carrefour d'influence duquel ressort une grande mélodie. En effet à l'écoute d'un tel opus, on a l'impression d'entendre un croisement de Meshuggah, Opeth, sur lequel on incorporerait une grosse cuillère de rock progressif des années 70, King Crimson ou GENESIS période Peter Gabriel en tête.

Le résultat est unique, la brutalité inhérente aux compositions de ce style se mélange avec brio aux changements de mélodie. Ainsi, la mise en avant du piano avant donne un côté très poétique aux chansons, la voix d'Anoji renforçant encore cette impression, qui est finalement peut être recherchée quand on sait que le groupe tire son nom d'un recueil de poèmes.

Dans un style purement japonais, on pourrait rapprocher la musique du groupe de celle d'un Onmyouza boosté par 100 red-bull, la chanteuse ayant de nombreux points communs avec Kuroneko. Bref, si vous aimez la formation heavy metal, vous pourriez peut être apprécier celle-ci. Enfin, à condition d'aimer les pistes à rallonge, le morceau le plus court durant tout de même sept minutes. Mais la longueur des morceaux est indispensable à la construction rythmique et épique des émotions transmises en leurs seins.

Le côté extrêmement mélodique de ce metal, presque mélancolique, me fait penser d'ailleurs à une autre sortie de SEASON OF MIST, à savoir Traced in air de CYNIC. Il faut dire que les deux formations partagent ce même sens inné de la recherche émotionnelle dans leur musique, qui renforce chaque pont, cassure ou changement de tempo.

Il faut dire aussi que la technicité des musiciens permet de s'aventurer bien au-delà de la simple violence, voguant même parfois vers des contrées jazzy. On ne s'étonne pas dans le line-up de retrouver à la batterie Junichi Hirashima, batteur dans le groupe de black metal (entre autre) SIGH. Et le bougre insuffle à sa batterie la même maestria que dans le groupe du sieur Mirai, il faut dire ici, bien accompagné par la basse de Ariga Kouyasan. Les guitares alternent elles, riffs hachés et envolées purement aériennes du plus bel effet.

Et on en vient alors à pester contre la production qui est loin de mettre en valeur la recherche de la musique. En effet le groupe s'auto-produit, et n'a, apparemment, pas les moyens de mettre des milles et des cents dans l'enregistrement de son album. Mais au final, la production de cet album a son charme et l'on croirait entendre un album des années 70. On perd en qualité de son ce que l'on gagne en charme. Espérons que leur futur album sera lui mieux produit, cela serait dommage de ne pas entendre correctement un tel talent.


Pour son second album, Gonin-ish a fait fort en livrant un excellent disque qui rend le death metal accessible au plus grand nombre. Cela ne veut pas dire que l'on tombe dans la facilité ou dans la niaiserie que beaucoup de groupe de Deathcore adoptent, bien au contraire. Mais la voix féminine et les émotions transmises par les chansons, avec en point d'orgue la longue Akai Kioku (20 minutes quand même), permettent de mieux appréhender les passages les plus brutaux. Il ne reste plus qu'à espérer un nouvel album, ou bien une tournée pour ce groupe prometteur. Remercions donc SEASON OF MIST pour cette sortie osée, qui sonne comme un O.M.N.I dans le paysage de cette fin d'année.
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