9GOATS BLACK OUT - Black rain

chronique - 25.03.2010 11:40

Démence et romantisme

9GOATS BLACK OUT est un groupe de la scène Visual Kei indie composé de hati (basse), utA (guitare) et Ryo (ex GULLET). Par un son peu commun actuellement, la formation a vite été repérée. Après un premier album placé sous les feux des projecteurs, devils in bedside en 2008, sortait un second mini, Black rain, en février 2009. Rétrospection sur ce second opus de qualité en marge de notre interview réalisée à Paris (voir ici).

Peu de bouleversements étaient à l'ordre du jour avec cette seconde sortie majeure. En effet, comme avec le mini précédent, celle-ci débute avec une piste calme et composée avec finesse. Ryo, dont la voix est souvent mise au premier plan, reprend la méthode sink en chuchotant ses paroles après une introduction toute en touché pour la batterie, accompagnée d'une basse ronde. La voix de Ryo est chaude, réconfortante, mais ne cache que mieux l'arrivée d'une seconde partie plus intrigante qui marque toute la complexité de ce groupe aimant voyager entre romantisme mélancolique et folie. Soignant la transition entre pistes, le morceau plonge inexorablement vers la démence de SALOME. Ce dernier titre évoqué, second morceau de l'opus, est un bijou du genre avec son chant tout d'abord enregistré en vocoder et doublé par des murmures agissant comme une voix démoniaque refoulée. Les cordes sont plus métalliques et stridentes dans cette composition et cette superposition de chants continue tout au long du morceau. Des voix arrivent de toutes parts, aiguës, growlées, étouffées, et agissent ainsi comme une schizophrénie latente. Le refrain est envolé, lyrique, avec une certaine sensualité et complainte. En final, la piste sombre dans une démence colérique, les démons intérieurs ayant réussi à prendre le dessus sur le peu de lucidité entrevue dans cette sombre histoire d'amour inachevée.

L'album de 9GOATS BLACK OUT se déroule ainsi jusqu'à la fin, affichant une cohésion parfaite. In the rain exploite une ambiance froide, obscure et à la fois réconfortante. Ryo prouve une fois de plus les progrès accomplis depuis son aventure GULLET, avec un chant technique et aérien et, en bonus, un court a capella. « Tic Tac », la piste avance et s'ensuivent deux autres personnages ; il s'agit de Moses (Moïse) en guise d'interlude (1.19) assez cinématographique, et Romeo, dans la lignée de SALOME mais avec moins de subtilité. On passera sur headache, un poil bordélique (ce qui expliquerait certainement le titre, « mal de tête » en anglais), pour finir sur Tenshi, l'ange, et sa guitare acoustique apaisante, se présentant comme le retour d'une tranquillité intérieure, une rédemption. La version limitée nous gratifie d'une piste bonus, Rakujitsu, commençant par une ambiance jazzy pour finalement se diriger vers une lente valse funèbre en plein coucher de soleil. Que ce soit avec Tenshi ou Rakujitsu, en fonction de votre version du mini, les deux fins sont absolument délicieuses.

9GOATS BLACK OUT est un des rares groupes (le seul ?) dont la démarche musicale actuelle se rapproche véritablement de ce que le terme Visual Kei pouvait encore définir il y a quelques années, à savoir un style marqué par une recherche esthétique, des explorations sonores ou encore une conceptualisation des chansons et des sorties. Le groupe est sans aucun doute à rapprocher de ce que l'on nomme l'Art Rock. Un peu à l'image de Malice Mizer en son temps (les membres du groupe ayant d'ailleurs collaboré avec Közi), 9GOATS BLACK OUT propose une musique intellectuelle et l'imagerie utilisée, les sentiments dépeints, laissent penser que derrière tout cela se trame peut-être une recherche sur le thème de la condition humaine ; sujet également cher à feu Malice Mizer.

9GOATS BLACK OUT ou l'essence retrouvée d'un style à l'arrêt.

★★★★☆
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