Presence of soul – Blinds

chronique - 31.12.2009 00:00

Un clair-obscur saisissant

Il y a peu, le label Belge Higashi Music ajoutait à son catalogue Blinds, sorti en Europe sur le label français MUSEA RECORDS. Le temps pour nous de parler de cette petite perle merveilleuse composée par Presence of soul courant 2008.

Presence of soul porte bien son nom. La musique de ce quatuor infiltre l'espace comme une âme errante, vous berçant parfois d'une douce brise, ou à l'inverse vous donnant des frissons. Les instruments classiques d'un groupe de rock semblent se vêtir d'impressions nouvelles : les douceurs du pincé des cordes de la guitare se mélangent à d'autres sons plus graves, aux roulements de tambours et surtout à cette voix particulière.

Tout commence avec l'imagerie remarquable de seven mortal sins and seven doors. Ce morceau instrumental est un peu à part et ouvre l'album avec brio. Genre de western moderne qui couple désolation et volonté de combattre contre vents et marées, cette première piste est certainement la plus charismatique de l'album. Baignée dans une tension spectaculaire, elle pourrait à la fois évoquer tragédie inévitable et amour passionné. Comme suivant une ombre dans une rue déserte, vous avancez dans le morceau peu sûr de vous, empli à la fois de curiosité et de peur. Enchaîné dans le mouvement continu, vous n'avez plus d'autre choix que de suivre la musique. Guitare distordue et rythmique intense, elle semble vous pousser au bord du gouffre. Chute infernale - les cymbales résonnent inlassablement parallèlement au leitmotiv effréné du jeu de guitare, infiltrant vos tympans jusqu'à atteindre votre esprit. Où êtes-vous maintenant ? Il est temps d'ouvrir vos yeux aveuglés et de parcourir aventureusement le reste de l'album.

Sur le chemin surgissent différentes chansons calmes aux accords répétitifs. Hésitante, l'oreille se laisse porter par cette musique caressante. Ephemera, qui est loin d'être éphémère, lève le voile sur l'antre mystérieuse de Presence of soul et dévoile cette structure qui se retrouve plusieurs fois dans l'album. Ouverture rêveuse et paisible qui enchaîne avec véhémence vers des rythmes plus rapides, jouant avec l'art du silence et des arrêts brusques. La guitare forme ce mouvement autiste et répété qui crée une mélodie cyclique sur laquelle se construit l'ensemble. C'est ainsi que Sink Low fonctionne, débutant sur la guitare et suivi par la batterie qui entre lentement en scène en faisant vibrer ses cymbales et ouvre la voie au chant. Puis tout éclate. Par le biais de cette montée dramatique, la partition devient le champ d'une bataille épique, mais garde paradoxalement l'idée de légèreté vers laquelle le morceau revient soudainement. Puis, une minute durant, les notes dansent à pas feutrés, à peine audibles, donnant au silence une douce mélodie. Une minute de répit avant l'explosion. Sink Low prend une allure de boîte de Pandore où se serait caché un violent tourbillon, vous aspirant dans son abysse à la fois effrayante et attirante. Les guitares se distordent et laissent le raisonnement des dernières notes marquer la fin.

Ce schème sournois qui vous attire par son côté calme pour mieux vous attaquer se retrouve également dans Whitenoise snowfall, qui, accompagné d'un piano aux airs moins obscurs, appuie le côté instrumental de Presence of soul. Le quatuor brouille les pistes et joue à l'équilibriste comme sur la chanson tightrope, qui malgré sa ritournelle enfantine n'en est pas moins rock et puissante. Cependant la minute de silence absolu s'étant faufilée au milieu de la piste fait perdre le fil, coupant net l'élan de la chanson. Cette minute éternellement longue et inutile aurait peut-être été prise au sérieux comme une piste cachée si Sink Low n'avait pas déjà abattu cette carte.

Mais par chance, d'autres chansons savent faire oublier cette malheureuse erreur. Si les ballades de l'album semblent remplies d'émotions, ce n'est rien en comparaison des autres morceaux de l'album. Impossible d'oublier forgiven et ses dix minutes d'ascension vertigineuse. Le morceau purement incroyable commence sur quelques accords simples et nostalgiques. La grosse caisse accentue le tempo, avant de retourner à la case départ pour laisser Yuki monter en marche. Parfois une pause surgit pour reprendre son souffle. Mais le morceau continue et plus rien ne semble pouvoir arrêter cette force musicale qui s'accroît au fil des notes jusqu'au débordement. Un trop plein d'émotions à en donner des frissons et laisser un corps amorphe, épuisé comme après un affrontement impitoyable.

Que dire également de Lost, un condensé de tous les morceaux précédents : guitare mélodieuse, batterie un peu folle et orchestrale, bruitages électroniques légèrement dissimulés au fin fond de la piste, et bien sûr cette voix majestueuse qui appuie la double cadence. Mais finalement l'un des meilleurs morceaux de Blinds sera sans hésitation Rules, qui offre une intensité similaire à seven mortal sins and seven doors. Yuki y utilise sa voix de la plus belle manière. Comme par transparence, elle résonne, aérienne et s'impose comme faite d'une puissance incommensurable. Elle vous pénètre par tous les pores et vous provoque, vous laissant vibrer au rythme de cette musique envoûtante. La voix de Yuki, semble vous sauver cette ambiance apocalyptique, malgré ce côté fantomatique déconcertant.


Pour conclure Blinds est un album fort intéressant, partagé entre la logique du grandiose et l'intime, des sensations fortes et du voyage intérieur, et qui malgré un nombre total de huit titres seulement arrive à provoquer d'intenses émotions. La structure souvent semblable des morceaux peut tendre à lasser, mais la force surprenante de la musique et le chant de Yuki sont suffisamment convainquants pour passer outre ce détail et vous laisser vous égarer dans les méandres du monde musical de Presence of soul. Son côté expressif à l'extrême, lui confère un rôle parfait de bande originale pour un film dont vous seul pouvez voir les images.

★★★★☆
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