Biographie de Ryuichi Sakamoto

dossier - 02.11.2009 12:00

Retour sur la carrière du maître à l'occasion de sa tournée européenne et de sa date française, le 8 novembre prochain

Ryuichi Sakamoto a passé sa carrière à traverser les frontières musicales et technologiques. Il a expérimenté de nombreux genres musicaux différents et y a excellé, réussissant par là même à se faire un nom dans les domaines de la musique populaire, de la musique d’orchestre et de la musique de film. N’étant pas du genre à se satisfaire du status quo, il ne cesse de repousser les limites de son talent artistique, mélangeant les genres, les styles et les technologies afin de mettre au jour d’excitantes et inédites directions au sein de l’expression musicale.

En 1963, à l’âge de onze ans, Ryuichi Sakamoto, dont l’intérêt pour la musique s’étend des Beatles à Beethoven, se met à étudier la composition musicale sous la direction de Matsumoto, professeur à la Tokyo National University of Fine Arts and Music. Huit ans plus tard, il entre dans cette université puis en sort titulaire d’une licence en composition et d’une maîtrise comportant une spécialisation en musique électronique et ethnique. En 1977, Sakamoto commence à travailler en tant que compositeur, arrangeur et musicien de studio pour les plus populaires des artistes rock, jazz et classiques du Japon. En l’espace de quelques années, il devient célèbre comme producteur, arrangeur et claviériste.

En 1978, Sakamoto sort son premier album solo et forme le Yellow Magic Orchestra en compagnie de Haruomi Hosono et d’Yukihiro Takahashi. YMO est immédiatement considéré comme un phénomène de dimension mondiale. Leur deuxième album se vend à plus d’un million d’exemplaires, sa sortie entraîne une tournée internationale et les érige, aux côtés de Kraftwerk, en rois de la musique électronique. Avec onze albums en cinq ans, YMO suscite un engouement qui ne s’est pas démenti à ce jour et leur influence sur le mouvement techno et sur celui des raves et de la musique ambiante est reconnue par tous.

L’intérêt de Sakamoto pour différents styles de musique - le jazz, la bossa nova, la musique classique moderne, le dub et le gamelan - apparaît avec évidence dans ses compositions pour YMO, dans ses albums solos et dans un ensemble de bandes originales de film dont la première, celle de Merry Christmas Mr. Lawrence, sort en 1983.

Cette année-là, Sakamoto quitte YMO pour se lancer dans une carrière solo et poursuivre son intérêt pour la « world music ». Il déclare à l’époque « J’ai en tête une espèce de carte géographique organisée de manière culturelle. J’y trouve des ressemblances entre des cultures différentes. Par exemple, la musique pop japonaise sonne selon moi comme la musique arabe - même intonation du chant et même vibrato - et pour moi Bali se trouve à côté de New-York. Peut-être que tout le monde marche de la même façon; j’ai toujours travaillé ainsi. » Cet amour de la diversité l’amène à travailler, entre autres, avec David Bowie, David Byrne, David Sylvian, Iggy Pop, Youssou N’dour, Robbie Robertson, Caetano Veloso, ou avec des écrivains tels que William Burroughs et William Gibson.

Le travail le plus célèbre de Sakamoto est probablement la bande originale de Merry Christmas Mr. Lawrence, mais en 1987, la musique du Dernier Empereur de Bertolucci lui vaut un Oscar, un Grammy, un Golden Globe et le prix de Meilleure bande originale lui est décerné à la fois par la New York, la Los Angeles et la British Film Critics Association.

Depuis lors, il a travaillé deux fois avec Bertolucci (Un Thé au Sahara, Little Buddha) et Brian De Palma (Snake Eyes, Femme Fatale) et une fois avec Oliver Stone (Wild Palms) et Pedro Almodovar (Talons Aiguilles). Le magazine Billboard a fait l’éloge de son travail de compositeur de musiques de films en ces termes: «[ses] morceaux sont conçus principalement comme l’accompagnement sonore d’évènements visuels - mais ils existent par eux-mêmes comme autant d’œuvres musicales à la fois évocatrices et saisissantes. Le Dernier Empereur, Little Buddha , Les Hauts de Hurlevent et Forbidden Colours (tiré de la bande originale de Merry Christmas Mr. Lawrence ) comptent parmi les thèmes les plus célèbres de Sakamoto, chacun apportant la preuve qu’il est l’un des mélodistes contemporains les plus remarquables. Ces compositions - ainsi que l’épique El Mar Mediterrani (écrit pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992) et le méconnu Replica (situé sur Musical Encyclopedia , l’un de ses albums solo indéfinissables) - constituent une introduction idéale à l’œuvre d’un compositeur qui se délecte du Zeitgeist polyglotte de notre fin de siècle. »

Sakamoto effectue ses débuts de DJ en 1997 lors du défilé printemps 98 de Stephen Sprouse qui marque également le triomphant retour de Sprouse dans le monde de la mode. En 1999, le premier opéra de Sakamoto, LIFE , débute sa carrière par sept représentations affichant complet à Tokyo et Osaka. Cet ambitieux projet comporte la contribution et les prestations de plus de cent artistes parmi lesquels Jose Carreras, Salif Keita, Bernardo Bertolucci, Salman Rushdie, Pina Bausch, Sa Sainteté le Dalai Lama et des membres du ballet de Francfort. Sakamoto termine l’année 1999 en collaborant pour la première fois avec Robert Wilson dans le cadre de THE DAYS BEFORE: Death, Destruction & Detroit III et en plaçant Energy Flow , un morceau pour piano solo, à la première place du hit parade japonais. Il renouvelle cet exploit en 2001 avec Zero Landmine , œuvre collective grâce à laquelle des millions de dollars sont collectés afin de lutter contre les mines antipersonnel partout dans le monde en collaboration avec l’organisme HALO Trust.

Sakamoto retrouve ensuite Jaques et Paula Morelenbaum, deux artistes avec lesquels il a fréquemment collaboré, dans la maison même d’Antonio Carlos Jobim en vue d’enregistrer Casa , un album rempli de trésors cachés et de morceaux inédits écrits par Jobim lui-même. L’enregistrement de leur premier disque sous le nom de Morelenbaum2/Sakamoto constitue une expérience magique pour Sakamoto. « Toute l’expérience revêtait une dimension spirituelle, comme si, en posant mes doigts sur les touches de son piano, l’esprit de Tom [Jobim] était passé en moi. Pendant l’un des enregistrements dans sa maison, un oiseau s’est soudain mis à chanter au beau milieu d’une chanson. Nous avons tous pensé qu’il s’agissait de Tom », déclare-t-il. Cette atmosphère empreinte de magie est parfaitement restituée par l’album, comme en témoigne la réaction de Luciana, la fille de Vinicius de Moraes, le collaborateur de Jobim. « La musicalité de Sakamoto était si proche de celle du maestro que j’ai été profondément impressionnée. J’irai même jusqu’ à dire que je n’ai jamais entendu une interprétation plus fidèle à ses mélodies et, pourtant, j’ai eu le privilège, enfant, d’écouter jouer Tom de nombreuses fois dans la maison de ma grand-mère. Ce que j’aimais le plus dans cet album, hormis la perfection harmonique, le répertoire et son interprétation, résidait dans l’atmosphère familière qui en émanait et qui nous ramenait à l’une de ces soirées passées dans la maison de Tom à parler d’amour, de musique et de poésie tandis qu’en fond sonore on entendait les plus parfaites des chansons brésiliennes. Comme l’a sagement écrit mon père pour célébrer les compositeurs brésiliens « nous constituons une famille, une île faite d’amour ». Vous y êtes le bienvenu, maestro Sakamoto. » Le 7 juillet 2004, le groupe remporte l’équivalent brésilien d’un Grammy, le TIM Award du meilleur groupe de musique populaire brésilienne. Le gouvernement brésilien honore également Sakamoto pour sa contribution à la musique et à la culture brésilienne en lui décernant l’ordre du « Cavaleiro Admissao ».

En 2005, avec Chasm , son quinzième album solo, Sakamoto réussit simultanément à renouer avec ses racines electropop et à conserver ses influences classiques en mélangeant beaucoup de styles musicaux. En 2006, Sakamoto collabore une nouvelle fois avec Alva Noto dans le cadre de deux tournées européennes et de sa première tournée asiatique destinées à promouvoir leurs albums Vrioon , Insen et Rev EP . En 2007, on voit Sakamoto s’associer à nouveau à Christian Fennesz pour sortir leur premier album en commun, Cendre . Il collabore également avec Christopher Willits donnant naissance à Ocean Fire , leur premier disque sous le nom de Willitz + Sakamoto. Le 16 novembre 2007 a lieu la première d’ Utp_ , œuvre une nouvelle fois créée avec Carsten Nicolai et commandée par la ville de Mannheim en Allemagne à l’occasion de son 400ème anniversaire. Durant toute cette période, Sakamoto poursuit son activité de compositeur de musiques de films, écrivant la bande originale de Tony Takitani, une œuvre minimaliste pour piano, et celles de Shining Boy and Little Randy et de Soie , des œuvres orchestrales.

En 2007, Sakamoto donne la première de LIFE - fluid, invisible, inaudible… , résultat d’une collaboration avec Shiro Takatani, un des principaux membres du collectif artistique Dumb Type basé à Kyoto mais actif dans le monde entier. Cette œuvre comprend des installations à l’YCAM (Yamaguchi Center for Arts and Media) de Yamaguchi et au NTT InterCommunication Center de Tokyo. Si ce travail trouve son origine dans LIFE (interprété pour la première fois en 1999 et pour lequel Takatani avait conçu des vidéos), il revisite les potentialités sonores et visuelles de l‘opéra de Sakamoto plusieurs années plus tard, en ce nouveau millénaire, réalisant une déconstruction et une réinvention entièrement inédite de l’œuvre.

Sakamoto retrouve Yellow Magic Orchestra à l’occasion du Live Earth Festival organisé par Al Gore le 7 juillet 2007 pour une prestation que le magazine Rolling Stone qualifie de meilleure reformation de la manifestation. Le groupe donne un nouveau concert le 15 juin 2008 dans le cadre du festival Meltdown dont Massive Attack assure la programmation.

Sakamoto est de retour en 2009 avec l’album Melody . Enregistré live lors de concerts donnés à travers le Japon et comprenant des interprétations pour piano solo de certains de ses morceaux les plus célèbres (parmi lesquels Energy Flow , Merry Christmas Mr.Lawrence et Le Dernier Empereur ), ce disque offre un merveilleux condensé du talent de ce formidable musicien.

Out of Noise , son premier album solo en cinq ans, sortira également au sein d’un coffret en édition spéciale. Ce disque est une nouvelle réussite musicale qui parvient à restituer l’essence même de l’art de Sakamoto tel qu’il s’exprime au moment présent. Peut-être, comme le suggère le conservateur Diego Cortez, Sakamoto a-t-il réussi à maîtriser l’art de « la déconstruction du passé et du présent afin de nous guider dans le futur en nous offrant une plus ample perspective. »

Afin de promouvoir ces deux nouveaux disques, il donnera une série de concerts en Europe.

Sakamoto demeure actif au sein de la société, tentant d’éveiller les consciences à des sujets tels que la préservation de l’environnement et la promotion de la paix dans le monde. S’inscrivent dans cette perspective des projets comme LIFE , Zero Landmine , qui a permis de récolter des millions de dollars pour la lutte contre les mines antipersonnel, ou encore Stop-Rokkasho , un projet musical et artistique cherchant à attirer l’attention sur les dangers d’une usine de retraitement des déchets nucléaires qui s’est implantée au Japon. More Trees, organisation fondée par Sakamoto, s’occupe de deux forêts ce qui lui permet d’offrir des crédits-carbone aux sociétés soucieuses de l’environnement.

Avec Ryuichi Sakamoto, le changement est la seule constante. L’amplitude de l’éventail des styles qu’il explore - y compris au sein d’un même album - est consubstantiel à sa nature d’artiste. Il ne ressent nul besoin de s’inscrire dans le cadre de frontières musicales dont il célèbre plutôt le démantèlement. « Cette ouverture globale sur les différentes cultures fait tout simplement partie de ma nature. Je veux abattre les murs se dressant entre les genres, les catégories, les cultures. Au lieu de construire des murs et d’établir des limites, j’essaye toujours de combiner des éléments différents. Pour moi, c’est stimulant et excitant. »
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