Concert de SWEETBACK et DJ Krush à la Maroquinerie

live report - 25.10.2009 00:00

À la Maroquinerie, SWEETBACK et DJ Krush chauffent la salle et font hurler les foules.

Quand DJ Krush vient en ville, c'est bien souvent qu'il faut courir (ou se lever tôt) pour avoir une place pour assister à sa représentation, et son set du lundi 5 octobre à la Maroquinerie n'échappera pas à cette saleté de règle. Une affichette posée sur la vitre du guichet annonce donc "Complet", ce qui en refroidira plus d'un qui voulait juste assister à l'une des soirées les plus chaudes de ce frisquet mois d'octobre.

SWEETBACK entre en scène en premier. Le trio angevin s'inscrit dans une lignée funk groove doté d'une batterie énergique et puissante, la salle se chauffe aux rythmes des cordes frappées de la contrebasse de Kham. Toujours furieuse, leur musique est loin des clichés que leurs instruments pourraient laisser croire, le trio sax-contrebasse-batterie n'a rien à voir avec une quelconque formation jazz, si ce n'est dans la liberté et la folie piochées dans divers répertoires free. Le trio se refuse à suivre les codes et étiquettes pour créer une musique subtile et nerveuse, une sorte d'improbable croisement entre John Coltrane, Men At Work et Elvin Jones, bien loin de la simple étiquette "trip-hop" que le flyer de la soirée annonçait. Chacun issu de milieux différents, ils manœuvrent à merveille dans les genres rendant euphorique la fosse comble et fiévreuse.

Depuis maintenant dix ans qu'ils arpentent les salles pour y diffuser leur musique profonde et efficace, les trois gaillards de SWEETBACK, n'ont vraiment plus rien à prouver et nous le démontrent ce soir. Raggy, au saxophone ténor, tripote ses pédales et ses diverses manettes pour nous engluer dans des vagues successives qui prennent peu à peu possession de la salle et de l'espace sonore de chacun. On retiendra de cette prestation l'alchimie presque palpable du groupe, un ensemble, un tout que l'on ne peut dissocier si l'on veut obtenir cette quintessence électrique de la musique pure. Une merveille qu'il ne faut pas louper, que ce soit en concert ou en CD.

Sous un tonnerre d'applaudissements, le trio se retire, en sueur, pour laisser la place à un drôle de petit bonhomme qui va nous prouver par A+B qu'il est le maître ce soir. Après plus d'une dizaine de minutes de rangement, de dérangement et de test, la scène n'appartient plus qu'à une seule personne maintenant, le grand gourou Krush, DJ de profession.

La foule se tait, le maître est maintenant en place et se prépare, alors que son set commence tout en douceur, il explose assez tôt pour mettre à nue la salle et la déchaîner sur un mix des plus euphoriques, poussant toujours plus loin la recherche du son pur et juste, on a bien du mal à discerner chacun des mouvements du nippon lors de ses fluctuations, le son ne reste pas souvent le même cassant le beat régulièrement pour nous rendre de plus en plus fous et nous briser dans quelques mouvements de folie furieuse.

Le tout est technique, minutieux, calculé à la milli-seconde près, comme façonné dans du cristal, le mix totalement instable et surnaturel éveille nos sens et nous fait vibrer et secouer nos fesses. Le ton n'est pas fixé ce soir, il est totalement libre, DJ Krush nous en fera voir de toutes les couleurs, de manière parfois assez surprenante comme lors de l'invasion d'une flûte folle faisant penser à quelque musiciens déglingués sous LSD, jouant avec des samples comme un charmeur de serpent tentant d'effrayer les foules, l'expérience Krush ne se fait pas sans encombre, il faut les nerfs solides pour supporter toute cette énergie pure.

On s'amusera à entendre une version totalement Krushienne du We will rock you de Queen, vision personnelle d'un grand classique du rock britannique. On prend un grand bol d'air, car la suite du set ne va pas arranger les choses, le son se fait peu à peu plus lourd, la technique reprend le dessus et ce sont maintenant des titres bien connus du public tels que Final Home, que l'on souhaiterait avec plaisir voir et écouter accompagné du trompettiste Toshinori Kondo, ou encore Kemuri, devenu un grand classique du maître.

Pour toute la suite du set, on restera gueule à terre devant la maîtrise et l'efficacité de ce DJ hors pair, inclassable, qui pousse l'éclectisme à son paroxysme (si cela est bien sûr possible). Alors que la pancarte à l'entrée de la salle affichait que le show serait terminé à 22h30, c'est à plus de 23h qu'il s'achèvera sur un rappel d'une dizaine de minutes avec Still Island et Pretense.

La Maroquinerie aura fait salle comble ce soir et le cœur de chacune des personnes présentes sera empli comme d'un sentiment de plénitude spirituelle, un état de transe inaltérable et inaltéré pendant encore quelques heures. Et ce soir, chacun aura eu son petit souvenir, que ce soit sur papier glacé ou dans son crâne, un fan qui semblait bien décidé à prendre une photo avec son idole grimpera sur scène un peu avant le rappel et prendra le fameux DJ par l'épaule pour immortalisé l'instant. Non, franchement, une soirée mémorable avec deux mondes différents qui se croisent sans vraiment se rencontrer mais qui, l'un dans l'autre, auront permis à toute une salle de trembler et de transpirer de joie pendant plusieurs heures sans une seconde de répit.
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