Entretien avec l'honorable Saeki Anna

interview - 04.07.2009 00:00

Une semaine après sa prestation à la MCJP, Saeki Anna s'entretenait avec nous

Pouvez-vous vous présenter pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas ?

Saeki Anna : Je m’appelle Anna Saeki, je viens de finir mes concerts à Paris. C’était la 9e fois que je jouais dans cette ville depuis maintenant 10 ans et je suis très heureuse d’être ici en compagnie de mes fans.

Quand et comment s'est déroulée votre première rencontre avec le tango ?

Saeki Anna : Quand j’ai débuté ma carrière de chanteuse, on m’a fait écouter plusieurs musiques. J’ai entendu par hasard un morceau de tango continental qui s’appelait Il peut sur la route. C’était ma première rencontre avec le tango et j’ai tout de suite été très étonnée par le son acoustique du bandonéon. Les textes étaient nostalgiques, parfois tristes et parlaient d’amour. J’ai ressenti une énorme passion pour cette musique qui inspirait beaucoup d’espoir et malgré ma jeunesse et la nouveauté de ce genre au Japon, j’ai pensé que chanter du tango plairait aussi bien à ma génération qu’aux personnes plus âgées.

Cela a-t-il été déterminant à votre envie de faire de la musique ?

Saeki Anna : Non, car j’avais déjà décidé de faire de la musique avant de découvrir le tango. Cependant depuis mon enfance, la musique fait partie de ma vie. Je n’étais pas professionnel mais je jouais déjà quelques morceaux. Je ne me destinais pas du tout à travailler dans la musique mais plutôt dans la mode. J’ai d’ailleurs été élue Miss Sapporo en 1987 et c’est peut être cela qui m’a ouvert au monde du show-business. Je ne m’y attendais pas du tout et grâce à un ami qui m’a beaucoup aidé, j’ai pu en arriver là.

Vos voyages à travers le monde, les costumes que vous portez sur scène, ou même votre manière de chanter témoignent d'une volonté de rendre votre musique universelle. Le brassage ethnique a-t-il été l'une de vos premières préoccupations en lançant votre carrière ?

Saeki Anna : Oui, chanter dans d’autres pays que le Japon, était un rêve pour moi.

Le Japon semble depuis quelques années être particulièrement ouvert aux cultures étrangères, quelles qu'elles soient. Les modes vestimentaires, la nourriture, ou la musique dite ethnique ne cessent ainsi d'élargir leurs impacts. Comment percevez-vous cela ? Pensez-vous contribuer, d'une certaine manière, au développement de cet attrait ?

Saeki Anna : Par rapport à la musique, le Japon a été beaucoup influencé par la pop américaine et par le rock. Dans notre pays, il y a une culture traditionnelle très propre à nos racines et je pense que c’est important de garder cette tradition tout en s’adaptant aux cultures étrangères. Personnellement, je chante le tango en tant que Japonaise et ça me permet ainsi de jouer le rôle de pont entre les différents pays. Quand je chante, j’essaye de faire passer des émotions au-delà des mots et de transmettre mon amour. J’ai été assez convaincue par les réactions du public qui réagit de la même façon, quel que soit le pays. Je pense réellement que la musique n’est pas définie par une langue mais plutôt par l’amour.

En Décembre 2007 vous avez enregistré un album avec Mercedes Sosa, une chanteuse argentine très populaire dans toute l’Amérique Latine. Comment avez-vous été amenée à chanter avec elle et qu’avez-vous ressenti lors de cette collaboration ?

Saeki Anna : C’était vraiment génial, j’étais très contente. Il y a deux ans quand j’ai enregistré mon album Concierto De Anna, j’ai eu beaucoup d’entretiens avec la presse. Lorsqu’ils m’ont demandé quel était mon artiste préféré en Argentine, j’ai répondu Mercedes Sosa. Si j’ai donné cette réponse, c’est parce que lorsque j’ai enregistré mon album Omoi, j’ai beaucoup apprécié interpréter une chanson d’elle qui s’appelait Alfonsina y el mar. Elle a donc vu dans la presse tout le respect que j’avais pour elle et c’est elle qui m’a proposé que l’on se rencontre. J’ai donc interprété cette chanson devant elle, en japonais, et elle a beaucoup apprécié. On a ensuite chanté plusieurs fois ensemble sur scène, c'est pincipalement ce qui m'a offert l'occasion d’enregistrer un album avec elle.

Est-ce que cela vous a influencé dans votre musique ?

Saeki Anna : Grâce à elle j’ai découvert le folklore Argentin, une autre facette de la musique Argentine. J’avais peur au début, car je n’avais jamais chanté ce genre de musique, mais une personne très importante pour moi, Popi Spatocco, un compositeur et arrangeur de grand nom en Argentine, a pleuré lorsque j’ai chanté devant lui. Ca m’a donné un peu plus confiance en moi et m’a conforté dans l’idée que je pouvais chanter à ma façon car lorsque j’ai chanté Zamba Para No Morir devant lui, en mélangeant Japonais et Espagnol, il m’a dit qu’il ne lui restait que les émotions et que la langue importait peu. C’est mon concept de la musique.

Vous avez joué devant un public très jeune, composé de bébés et nourrissons tout juste nés. Comment avez-vous été amenée à faire ce concert un peu particulier ? Qu’avez-vous ressenti et comment cela s’est-il passé ?

Saeki Anna : J’ai des fans sur 3 ou 4 générations maintenant, vous savez ? (rires). Même les enfants deviennent naturellement mes fans. Ils sont même jaloux parfois que leurs parents viennent me voir en concert alors qu’eux ne le peuvent pas. C’est assez compliqué pour eux de venir assister à un de mes spectacles, alors j’ai voulu leur donner l’occasion de m’écouter en vrai et de me voir chanter sur scène. C’était très amusant pour moi de voir la réaction des enfants. Ils étaient très directs et énergiques, ils n’arrêtaient pas de crier « Anna, Anna ! » (rires). C’était vraiment magique de voir que le tango n’était pas réservé uniquement aux adultes et que les enfants aussi pouvaient apprécier et partager cette musique avec leurs parents.

Lors des concerts à Paris, vous aviez un jeune spectateur, un petit garçon de 7 ans. Le deuxième soir, il vous a offert un bouquet de fleurs sur scène, c’était un moment très émouvant. Que ressentez-vous dans ces moments là ?

Saeki Anna : Eric était venu le premier soir et il a demandé à ses grands-parents de revenir le lendemain. Il a même demandé à me voir un troisième jour, mais ce n’était pas possible. J’étais très émue quand j’ai entendu ça. Ca me fait tellement plaisir d’avoir de jeunes fans… J’en ai aussi en Argentine, mais en France c’était la première fois. Je pense que grâce à lui, je ferai peut-être un concert en France pour les enfants comme je l’ai fait au Japon. Qu'en pensez-vous ?

C’est une très bonne idée en effet, ça marchera certainement !

Saeki Anna : Je compte sur votre aide alors (rires).

Comme vous voyagez beaucoup, vous avez la possibilité de rencontrer des publics de différents horizons, quelles sont les différences les plus marquantes ?

Saeki Anna : Il n’y a pas tant de différence… C’est assez difficile à dire mais je pense que les Japonais sont plus réservés, un peu comme, cette fois ci, les Français à la Maison de la Culture du Japon à Paris (rires). Mais je dirais que les Allemands et les Argentins sont différents des autres publics car ils font plein de bruits avec leurs pieds et leurs voix. C’est assez marquant à vrai dire mais avec le temps, les différences s’estompent et même les Japonais se mettent à faire du bruit.

Au cours de votre carrière, vous avez largement contribué à la promotion du tango à travers le monde et notamment en Asie, et favorisé le rapprochement des peuples. De quelle manière pensez-vous encore pouvoir évoluer ? Se peut-il que vous ayez d'autres ambitions ?

Saeki Anna : J’ai beaucoup de projets cette année. Ce mois-ci, mon nouvel album va sortir en Argentine et je jouerai pour la première fois en Colombie et au Pérou. C’est grâce à une fan qui a assisté à plusieurs de mes concerts à New-York et qui a contacté beaucoup de personnes en Colombie que je vais pouvoir me produire là-bas. Enfin, je retournerai à La Falda en Argentine pour un festival et pour enregistrer mon prochain album, Electric Tango, qui sera d’un tout autre univers que mes albums précédents.

Un message pour vos fans ?

Saeki Anna : Je vais continuer à faire de mon mieux dans les différents pays que je visite pour transmettre mon message d’amour. Si vous ne connaissez pas le tango, venez le découvrir avec moi ainsi que mon nouvel univers : le folklore Argentin. Peut-être que je visiterai votre pays, alors venez me voir ! A bientôt.
artistes liés
commentaires
blog comments powered by Disqus
galerie photos
publicités