DODDODO - 2008

chronique - 06.06.2009 00:00

Le premier DVD du tourbillon rose à la sauce breakcore.

Une feuille de papier glacé orange délavé, taillée au coupe-ongles et pliée avec les pieds, sur laquelle figurent de mauvaises captures d'écran. A l'intérieur, un DVD-R, orné d'une signature, d'une adresse mail personnelle et d'un petit visage amusant esquissé en trois coups de feutre imprécis. Voici comment se présente le DVD live de DODDODO, réalisé avec les moyens du bord par le cinéaste indépendant Moriro Miyamoto - à qui l'on doit dernièrement le film Shiribune (?) (combinaison improbable des mots "fesses" et "bateau") dans lequel Motako Ishii, chanteur d'oshiripenpenz (panpan cucul en bon français), s'amourache de DODDODO et veut immortaliser son postérieur sur une toile. Programme alléchant pour une belle histoire de cul en perspective. Fin de la parenthèse.

DODDODO est cette femme-enfant-furie d'Osaka qui réconcilient collectionneurs prépubères de Pokemon et breakcoreux aux cheveux longs et sales. Son univers, c'est un peu celui de Doraemon qui sortirait un balai à chiotte de sa poche, ou des Teletubbies qui, à la fin de l'émission, tendraient un gros majeur à travers la télévision. Accroupie sur une table au-dessus de ses samplers, elle tisse des ritournelles enfantines avant de les hacher menues par de soudaines déflagrations hardcore, ou les défonce à coups de gros beats hip-hop tendance remorque 36 tonnes, qui iraient jusqu'à donner des sueurs froides aux MC de Public Enemy. Clairement une tuerie en concert, on prendra plaisir à la retrouver - ou à la découvrir - via ce DVD-R sobrement intitulé 2008. Au menu, quelques extraits de représentations données à Osaka, dans divers lieux qui semblent aussi propices aux concerts que le salon de ma grand-mère plongé dans l'obscurité, et le clip de Neko ga nya tte inu ga wan, toujours réalisé par le même Moriro Miyamoto.

La programmation démarre sur quatre titres, joués au beau milieu d'une grande boutique de CD, style Tower Records, ou dans des live houses miteuses, en collaboration avec son compère DJ MIGHTY MARS aux platines, qui nous envoie avec grand plaisir ses scratches excités sur un mix de riffs heavy metal et de harangues West Coast imbuvables telles que "Turn it up! Say turn it up!". Caméra DV à la main, Moriro Miyamoto se promène parmi le public (restreint il va de soi). La stabilité de l'image est à revoir, le son est saturé et quasi-inaudible lorsqu'on s'éloigne des enceintes, et le montage est réalisé à la serpe, mais on s'en moque complètement. L'intérêt réside dans la vision de cette harpie à la voix éraillée, dodelinant du haut de son promontoire, et prête à fondre sur l'assemblée après l'avoir captivée. Un documentaire animalier, pris sur le vif, dans lequel le petit poussin attrape goulûment les vers se tortillant à ses pattes.

La seconde partie du DVD arrive avec le videoclip de Neko ga nya tte inu ga wan, le "mega-hit" du dernier split album en date, enregistré avec le très sympathique groupe de pop punk Limited Express (has gone ?). Sur une mélodie légère et espiègle qui, soyez-en sûr, ne vous quittera pas avant très longtemps, DODDODO nous fait part de son intérêt pour les peluches tuning et la petite cuisine entre amis. Un trip aux couleurs pop bien acidulées et aux textures cotonneuses, dans lequel on ne se lasse pas de plonger.

Puis nous revenons à trois titres live - dont deux avaient été interprétés précédemment aux côtés de MIGHTY MARS, mais peu importe ! - cette fois joués dans une même unité de lieu, une salle obscure tapissée d'un écran de fortune, sur lequel l'artiste OHP22! - également connue sous le nom d'akamar 22! en tant que chanteuse pop-folk à la voix complètement désajustée - vient projeter ses créations visuelles : feuillets transparents colorés aux différentes textures internes. Conflits des matières et structures hétérogènes se reflètent sur le visage de DODDODO, comme le prolongement visuel de la musique déjantée qu'offre cette dernière.

Avec DODDODO, on est dans le domaine du sensitif, de la spontanéité créative, loin des figures de style imposées ou même de la revendication des influences. L'enjeu est de libérer l'ouvrage de ses carcans idéologiques ou économiques. Elle le dit elle-même : "je ne cherche pas à prendre mes sources dans des genres bien définis. Je sélectionne juste ce qui me plaît". Aucune attitude donc, le simple plaisir de créer et de faire plaisir. Contrat rempli haut la main.

Pour ceux qui seraient intéressés, sachez que les seuls moyens de se procurer le DVD est de le commander auprès de la boutique Egypt Records située à Osaka (avis aux débrouillards), ou de l'acheter directement à DODDODO lorsqu'elle se produit en concert. Il serait dommage de passer à côté d'une des artistes les plus intéressantes de la scène breakcore d'Osaka, ou tout simplement d'une des artistes les plus intéressantes de sa génération.

★★★★☆
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