Dragon Ash - Viva la revolution

chronique - 29.07.2008 14:00

Quand Dragon Ash prend les armes et renverse le dictat des barrières entre styles - 9,5/10

Les singles suivant la sortie de l’album Buzz Songs avaient donné le ton : le groupe orientait sa barque maintenant plein nez vers le style hip-hop. I LOVE HIP-HOP avec son air repris du mythique titre I LOVE ROCK'N ROLL du groupe anglais The Arrows, et surtout Grateful Days auquel participent le rappeur Zeebra, ex-King Giddra, et la chanteuse de pop et de soul ACO, sont sur toutes les bouches et se hissent sans mal jusqu’aux cimes du top Oricon. L’été 1999 est marqué sous le signe Dragon Ash. Leur musique squatte toutes les ondes et, à moins d'habiter les sommets reculés de l'île d'Hokkaidô, il est désormais devenu impossible de passer à côté de Kenji et sa bande.

C'est durant cette période d'effervescence pour le groupe que sort son troisième album, Viva la revolution. Et comme permet de le voir la jaquette, une imitation de la toile La liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix, Dragon Ash prend les armes et s’impose comme une figure essentielle de la culture populaire japonaise, prête à abattre les murs cloisonnant les styles musicaux à l'intérieur de dénominations communément admises, brouillant les frontières entre chacun de ces styles et en en redéfinissant la cartographie.

L'album s’ouvre sur une Intro solennelle, où sections de cuivres et différentes percussions nous entraînent vers l’âge des conquêtes militaires. Samples, scratches et beats hip-hop font soudainement leur apparition et remplissent peu à peu le champ sonore, allant jusqu'à en transformer et occulter l'hymne martial. Le message est clair : la révolution qui se prépare ne sera pas de type militaire. Pas d'effusion de sang, Dragon Ash est là pour rassembler le peuple en faisant fi des différences culturelles (musicales). Et cette révolution a un nom : le hip-hop. En effet, pour qui a suivi jusque-là un tant soit peu la carrière du groupe, Dragon Ash est avant tout une formation rock, et pas de celles qui poussent des chansonnettes mièvres destinées à faire hurler les midinettes : ils ont fait beuglé leurs guitares et fait pété leurs baguettes sur des rythmes épileptiques, ils sentent la sueur et l’odeur unique de peinture, d’essence et de vieux bois qui stagne dans les garages ; un groupe de rock curieux et tolérant, ouvert sur tout un large panel de styles musicaux dont il s’abreuve, synthétise et régurgite de manière originale et parfaitement cohérente les différents codes, et qui pour cette fois, décide d'opérer une véritable scission au sein de son univers. Désormais, il y aura le Dragon Ash rock, celui que l'on connaît et qui a fait ses preuves, et son pendant jusque-là quelque peu assumé mais nouvellement exposé à la face du monde de manière tonitruante, le Dragon Ash hip-hop. Le groupe se réclame maintenant haut et fort d'une double identité musicale. L'entité Dr Jekyll/Mr Hyde (du roman de Robert Louis Stevenson, pas le chanteur de L’Arc~en~ciel !) est finalement parvenue à se fragmenter en deux corps différents, à délivrer ce que chacune de ses facettes tenait à exprimer.

Ainsi, durant toute la première moitié de l’album, les titres hip-hop se succèdent, constitués de samples lancinants et de scratches incessants orchestrés de main de maître par DJ Bots, tandis que la basse se fait funky et sautillante. Le flow de Kenji Furuya est rapide, vociféré tel les plus grands, et démontre à quel point le jeune interprète est capable de la plus rapide adaptation, lui qui, il n’y a pas si longtemps, était encore un chanteur exclusif de punk. Attention et surtout le génialissime single Let yourself go, Let myself go, dévient quelque peu vers le funk qui caractérisait les premières productions de rap old school US et sont de véritables bombes destinées à faire trémousser les dance-floor. Avec ces deux titres, Dragon Ash s’improvise même maître de cérémonie du revival 80’s.

La suite tranche singulièrement avec ce que nous venons d’entendre, et le groupe laisse quelque peu de côté les platines pour nous livrer quelques-unes de ses compositions les plus inspirées. Du très jamaïcain Dark cherries au Offspring-like Drugs can’t kill teens, en passant par le reggae sautillant de Just I’ll say ou même Nouvelle Vague # 2 et son gimmick bossa-nova, le groupe parvient en quelques titres à nous faire une démonstration magistrale de tout son savoir-faire en matière d’éclectisme.

Le hip-hop refera son apparition sur la fin lors des deux derniers titres de l’album, Viva la revolution et le très apprécié Grateful Days. Quant à la bonus track qui suit, le groupe y reprend les guitares pour nous lancer un ultime titre punk, qui, bien qu’incisif, sait rester mélodique.

Avec l’album Viva la revolution, Dragon Ash sort le hip-hop de ses ghettos et l’impose comme une musique populaire qui n’est pas forcément synonyme de revendications sociales : la révolution que prône le groupe est toute musicale, et n’a pour vocation que d’ouvrir les esprits à la diversité culturelle, en laissant de côté tous les préjugés pouvant être rattachés à des moyens d’expression encore peu connus et reconnus au sein de l’archipel. Dragon Ash ouvre grand la brèche hip-hop dans le paysage musical japonais, et s’impose ainsi comme le fer de lance de toute une nouvelle génération d’artistes friands de ces nouveaux sons urbains venus de l’autre côté du Pacifique. Pas étonnant que le groupe soit à compter de ce jour une icône pour la jeunesse nippone.

Avec Buzz Songs, Viva la revolution marque l’apogée du groupe en terme de créativité. Seulement, demeurer au sommet est toujours plus difficile que d’y parvenir, et la suite sera, à mon sens, bien en-deçà de ce que Dragon Ash vient de nous offrir coup sur coup.

Note : 9,5/10
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