Entretien avec Shonen Knife

interview - 13.07.2009 00:00

JaME s'est entretenu avec le légendaire trio punk-rock féminin Shonen Knife, juste après sa prestation énergique le 28 juin à la Mécanique Ondulatoire de Paris.

Shonen Knife est de retour en Europe après 15 ans d'absence. Pourquoi tant de temps ?

Naoko : Parce que personne ne nous a proposé de venir (rires). Nous tournons aux Etats-Unis souvent, environ une fois tous les deux ans, mais pour l'Europe c'est autre chose. Personne ne nous invite (rires).

Que ressentez-vous alors, maintenant que vous êtes ici ?

Naoko : J'aime beaucoup l'Europe. C'est la première fois que nous venons jouer en France et nous en sommes très heureuses. Qui plus est, le public parisien est vraiment génial.

Dans quel environnement musical avez-vous évolué, jeunes, et quel a été votre premier contact avec le mouvement punk-rock ?

Naoko : Quand j'étais étudiante, j'écoutais du punk ou de la new wave, comme la musique des Ramones, Buzzcocks, ou Jam. J'aimais aussi les groupes comme Kiss. Je voulais devenir comme ces musiciens et c'est comme ça que j'ai monté le groupe.

Il y a quelques années, vous avez déclaré à la radio allemande que vous deviez cacher vos instruments avant d'entrer en studio enregistrement.

Naoko : Concernant les débuts du groupe n'est-ce pas ?

Oui.

Naoko : C'est parce que mes parents ne voulaient pas que je fasse partie d'un groupe (rires).

Dans quelles conditions avez-vous créé Shonen Knife et quelles étaient vos aspirations à l'époque ?

Naoko : Quand le groupe a débuté, je ne m'attendais pas du tout à ce que cela prenne les proportions actuelles. A la base je désirais juste jouer de la musique devant un public, mais maintenant nous tournons à travers le monde, et nous en sommes vraiment heureuses.

Votre ascension sur le plan international s'est faite de manière assez fulgurante dès la moitié des années 80. Comment expliquez-vous cela, alors que beaucoup d'autres groupes japonais ont vraiment du mal à décoller à l'étranger ?

Naoko : Au début des années 80, nous avons sorti un premier album sous un petit label au Japon. Le directeur de K Records aux Etats-Unis l'a découvert et acheté lors d'un voyage au Japon. Il l'a tellement apprécié qu'il nous a contactées afin de nous proposer de l'éditer aussi de l'autre côté du Pacifique. Nous lui avons envoyé le master de l'enregistrement, et il l'a commercialisé. Le public américain nous a alors découvert par ce biais. En 1989, nous avons été invitées à nous produire à Los Angeles, puis deux ans plus tard nous étions en tournée américaine. Nous avons joué à Los Angeles, San Francisco, New York, et dans l'Etat du New Jersey. Kurt Cobain du groupe Nirvana, ainsi que certains membres de Red Kross et de Sonic Youth, sont venus assister à quelques uns de ces concerts. C'est ainsi que nous avons gagné en popularité.

Ritsuko, vous êtes présentée comme une fan de Shonen Knife. Depuis quand connaissez-vous le groupe et comment s'est passée votre intégration en son sein ?

Ritsuko : En tant que fan des Beatles ou des Goldies, je pensais qu'il serait super que je puisse moi aussi jouer dans un groupe de pop-rock. A l'université j'ai commencé à chercher des formations composées exclusivement de filles, au sein desquelles je pourrais jouer. C'est alors que j'ai découvert Shonen Knife, et je me suis dit que c'était une sorte d'équivalent féminin et japonais des Beatles (rires). J'ai envoyé une lettre de fan à Naoko, dans laquelle je demandais à faire la première partie de Shonen Knife avec mon propre groupe. Lorsqu'Atsuko, la précédente bassiste de Shonen Knife, est partie, j'ai été choisie pour la remplacer.

Que pensez-vous avoir apporté de nouveau au groupe ? Participez-vous par exemple à l'écriture des morceaux ?

Ritsuko : C'est Naoko qui écrit et compose les morceaux, mais je ne me suis jamais demandé si je serais capable d'en faire autant (rires). Peut-être un jour (rires).

Comment se passe la création de vos morceaux ? Les paroles viennent-elles sur la musique ou est-ce le contraire ?

Naoko : D'ordinaire j'écris les paroles sous la forme d'un premier jet avant de trouver la ligne mélodique. Puis je les complète et les valide. J'essaie d'écrire des choses intéressantes à propos de la vie quotidienne. Je ne veux pas chanter de chansons d'amour, trop de groupes le font déjà.

A ce propos, vous semblez entretenir un lien particulièrement hédoniste avec la nourriture. Pourquoi en avoir fait l'un de vos thèmes de prédilection ?

Naoko : On a besoin de nourriture pour vivre. Puis on aime tous les bonbons (rires).

Vous n'avez jamais eu l'idée de chanter à propos de melon soda ? (Ndlr : Jerriel voue un culte au melon soda)

Naoko : (rires) Je n'aime pas les couleurs artificielles. Si j'en bois, ma langue devient verte, et je n'aime pas ça (rires).

Depuis trente ans que le groupe existe, ne ressentez-vous pas une certaine fatigue ou lassitude ?

Naoko : Je n'ai jamais ressenti ça. Je fais du tennis deux fois par semaine, et de nombreux exercices physiques. Je ne suis pas encore fatiguée.

Parlez-nous un peu de la scène punk-rock japonaise. Est-elle aussi forte qu'à ses débuts ?

Naoko : La scène underground japonaise n'est pas si développée. La J-pop est par contre très populaire, mais contrôlée par les lois du marché, contrairement au rock. Il y a tout de même de bons groupes de punk-rock au Japon.

Pouvez-vous nous citer chacune quelques disques qui vous ont profondément marquées ?

Naoko : C'est difficile pour moi de choisir ! Mais j'aime principalement la musique américaine des années 70, comme les Doobie Brothers,Chicago, Boston, ou Eagles, ainsi que le hard-rock anglais de la même décennie, comme Black Sabbath, Judas Priest, Iron Maiden. J'aime également Earth, Wind & Fire.

Ritsuko : Si je ne devais en choisir qu'un, ce serait Odessey and Oracle des Zombies.

Etsuko : J'aime les Red Hot Chili Peppers ou Rage Against the Machine. Côté japonais je dirais X-Japan.

Avez-vous un dernier message à adresser à nos lecteurs ?

Naoko : Let's rock with Shonen Knife ! Venez-vous éclater avec nous en concert.

Etsuko : Venez-nous voir en live quand nous passerons près de chez vous.

Ritsuko : J'ai déjà hâte de revenir en Europe. Attendez-nous !



JaME remercie le label Tomato Head, Gekido Tour, l'équipe de la Mécanique Ondulatoire, Charlotte pour sa disponibilité, ainsi que Shonen Knife !
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