Versailles et Matenrou Opera - Live à la locomotive. 6 avril 2008

live report - 21.05.2008 14:00

Live Report du concert de Versailles et Matenrou Opera le 6 avril à Paris

En à peine un an, l'ascension de Versailles dans le petit monde du visual kei a été fulgurante. Peu de groupes du genre peuvent, en effet, se targuer d'avoir fait une tournée européenne en si peu de temps. Il faut dire aussi que, vu le passé des musiciens et surtout des deux leaders du groupe, l'attente envers ce dernier était énorme. Garant d'un visual kei à l'ancienne sachant à merveille marier univers dense et mélodies puissantes, Versailles est l'un des rares, actuellement, à pousser son concept musical aussi loin. On attendait donc de voir ce monde prendre vie en concert. Et c'est devant près de 800 sujets tout acquis à leur cause que le roi Kamijo et sa bande vont jouer ce soir là, accompagnés des jeunes et prometteurs vassaux de Matenrou Opera. Et on peut dire que les deux formations nous ont, ce soir là, ravis les oreilles tout autant que la vue.

Sono Tonne

Après une ouverture des portes agitée qui se fera une demie heure plus tôt que prévu, c'est dans un calme presque étonnant, pour un concert de ce genre, que débute à 16h30 Matenrou Opera, groupe choisi par Versailles pour les accompagner en coupling.

Débute alors immédiatement Alkaloïd Showcase, annoncé d'un puissant cri par le chanteur. Un élément retient immédiatement l'attention: le groupe, crée il y a un an à peine, en impose! Que ce soit au niveau du look -les vêtements sombres aux teintes bleues étant très réussis -mais aussi, et surtout, au niveau musical.

La formation donne en effet un spectacle de haute volée. Sono, le chanteur, assure ainsi de sa voix puissante qui alterne, avec réussite, entre une voix gutturale profonde et un chant clair d'une grande justesse. Les montées dans les aigües sont ainsi accentuées par une technique qui ne les rends que plus émotives.

Il faut dire que les notes du groupe impressionnent. On ne s'en rend que difficilement compte en CD, mais la technique des musiciens de Matenrou Opera est au dessus de celle de bien des groupes.

You maîtrise, avec une aisance forte, sa basse sur laquelle les cinq cordes sont toutes à la maîtrise de ses doigts, -aucune ne faisant décoration- formant avec Yuu, à la batterie, une base rythmique du tonnerre, celui-ci ne se gênant pas d'enchainer double pédale break et rythme avec un groove imparable.

Anzi dispose de sa guitare sur laquelle virevolte avec facilité et vitesse ses doigts, se permettant de pondre des solos techniques à souhait tout comme des riffs facilement mémorisables. Quant à Ayame, celui-ci s'amuse comme un petit fou avec son clavier derrière lequel ses doigts s'agitent avec classe, allant de pair avec une gestuelle très rock'n'roll glam et sa tête enfantine. Malgré cela, on pourra reprocher un manque de puissance dans le son du clavier, trop mis en retrait par rapport au reste des instruments.

Les membres sont d'ailleurs très charismatiques, malgré le peu de communication qu'ils échangeront avec le public. C'est sur ce point que l'on se rend compte que le groupe effectue là sa première tournée d'envergure. En effet, Matenrou Opera s'hasarde parfois aux spectateurs via quelques phrases qui font montre d'un manque de naturel.

Mais cela n'enlève en rien la qualité de leur interprétation, la bande à Sono jouent ce soir les huit titres qui composent le mini album, Gillia. Ainsi, si l'on ne s'étonne pas de retrouver les déjà connus chansons d'Alkaloïd Showcase ou Ruriro de eigaka niji, l'étonnement est fort à l'entame de sara, chanson uniquement distribuée en live, que peu connaissaient. Certainement d'ailleurs la plus belle composition du groupe à l'heure actuelle, extrêmement mélodique et chargée d'émotion.

On se rend alors compte que l'univers du groupe est extrêmement dense et réussi, à tel point que de nombreuses personnes sortent charmées de cette première partie. On pourra toujours regretter que, contrairement aux autres pays, les français n'aient pas demandé de rappel pour le groupe, mais les 800 personnes n'ont alors d'yeux que pour Versailles, dont l'attente se fera fébrilement.


L'âme de Versailles


C'est au son d'une romantique introduction que les membres du groupe apparaissent. Yuki, Jasmine, Teru, Hizaki et enfin le roi Kamijo arrivent les uns après les autres. Et, après un serment d'allégeance et de fraternalisme où tous se tendent une rose en cercle, le spectacle débute sur The Revenant Choir.

Et le son est clair... Enfin presque, car à certains moments dans la soirée, surtout au début, la guitare de Teru a le fâcheux don de disparaître et de devenir aphone. Mis à part ça, la salle rend parfaitement honneur aux musiciens... qui ne bluffent aucunement sur leur talent dans les enregistrements sonores.

Yuki est impressionnant derrière sa batterie, maniant avec aisance, technique pure et rapidité d'exécution spectaculaire. On ressent d'ailleurs avec force l'influence de Yoshiki sur son jeu. Tout y passe: break, changement de tempo, contre temps, double pédale. Yuki prouve par la même qu'il est un des plus talentueux batteurs du visual kei et qu'il n'a rien à envier à son idôle.

Jasmine, que ce soit par son look rococo ou son talent de bassiste, en met lui aussi plein la vue. Même s'il s'avère être l'artiste le plus en retrait du quintet, cela n'enlève en rien à sa vitesse d'exécution qui reste, malgré tout, audible et mélodique. Le son de ses cordes est en accord avec le groupe, grave et empreint de noblesse.

Mais Versailles, musicalement, tient bien sûr aussi dans le talent de ses deux guitaristes. Teru et Hizaki éclaboussent de leur classe la scène de la loco! Une descente de manche hallucinante, du shred en-veux-tu-en-voilà, sans que cela ne se fasse au détriment des compositions, qui restent extrêmement mélodiques. La recette est connue dans le speed metal mais n'est malheureusement que trop rare dans le visual kei où bien des groupes se bornent désormais à faire du bruit en guise de metal. Or là, le tout est allié à une exécution parfaite sans fausses notes qui laisse exploser le talent des charismatiques guitar heroes.

La meilleure chanson à cet égard sera, bien sûr, l'instrumentale Race Wish... tirée du Hizaki Grace Project, qui donne la part belle à la guitare 5 minutes durant. Car oui, ce concert là est aussi un pont vers le passé que certains présents n'ont peut être pas connu, mais que le groupe ne renie aucunement.

C'est donc avec surprise que l'on entend une nouvelle version de Solitude, malgré le fait que la chanson soit taillée pour Juka, Kamijo s'en sort avec les honneurs pour un résultat différent et malgré tout réussi. Mais celui-ci enfonce le clou avec Metamorphose, où le chanteur se trouve en état de grâce et habité comme jamais. Kamijo le dit lui même, Versailles est la suite logique de Lareine, et ce live en est la preuve parfaite.

Eblouissant, resplendissant, on sent le passé musical du personnage s'extraire de son être. Charismatique est un bien faible mot pour définir celui qui représente un des plus grands chanteurs du visual kei. Sa palette vocale depuis le groupe de ses débuts s’est considérablement élargie, et son chant est aussi puissant en CD qu'en Live. Et ce, quelque soit le style, que celui-ci soit grave comme dans les titres de Lyrical sympathy, ou plus proche de ses anciens travaux, il reste indiscutablement juste et sans aucune fausse note. Et à sa vue, il n'y a besoin de mots pour définir les raisons de sa longévité musicale.

Avant même de chanter, celui-ci prend possession de la scène, dégageant prestance et noblesse dans sa tenue de roi (notons au passage qu'il est l'un des seuls à manier la cape sans se ridiculiser). On assiste alors à des univers, des ambiances distillées au travers du micro d'un homme et de ses musiciens. Car n'est-ce pas cela le visual kei à l'origine? Ce courant ne devrait-il pas être un vaste théâtre musical où les groupes se doivent de jouer, avec perfection, des personnages variées qui, d'une simple note, transporteraient l'auditeur dans un enivrant voyage?

Malheureusement, Versailles est l'un des rares, des plus connus entendons nous, qui à l'heure actuelle définit ce qu'est le visual kei. A l'écoute de morceaux tels que Beast Of Desire ou Sforzando, comment ne pas pénétrer de plein pied dans son furieux et envoûtant?

Aidé en plus par une communication simple avec le public, malgré, pour beaucoup, un passage en japonais incompréhensible (où le groupe annoncera un concert au CC Lemon Hall), toute en gimmick, Versailles retient l'attention de l'auditoire, presque sans temps mort. On pourra tout juste noter l'imbécilité d'une minime partie du public qui aura fait arrêter le groupe durant une petite seconde après une tentative de photo alors que cela était interdit. On verra alors Kamijo se retourner et arrêter de chanter en attendant que la personne range son appareil. La situation était cocasse et fait rire jaune en ce qui concerne l'intelligence d'une frange du public. A quand les expulsions de concerts pour faire changer de mentalité?

Alors bien sûr, au niveau musical, tous les titres du quintet passent en revues ce soir là, que ce soit A NOBLE WAS BORN IN CHAOS ou Lyrical Sympathy -avec en point d'orgue la sublime The Love from a dead orchestra, idéalement placée au milieu du concert-, sans oublier les deux autres chansons que sont Sforzando et The Revenant Choir.

Après plus d'une heure trente de concert à peine coupée d'une petite pause à laquelle succèdera un impressionnant solo de batterie, le groupe termine son concert sur Sympathia et Forbidden Gate, , magnifiques musiques de conclusion... Mais pas pour longtemps, sous la pression du public, il revient exécuter The Red Carpet Day.

Puis il ressort à nouveau et revient alors avec son photographe, celui-ci, au décompte de Kamijo, prend alors le groupe en photo avec le public en fond, pour les besoins du magazine Cure. Et le groupe rejoue alors The Revenant Choir avant de rendre les armes dans une belle atmosphère, où la tristesse émane du public qui sort charmé de ce concert.


Versailles et Matenrou Opera ont livré à Paris ce qui restera comme l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur, concert de visual kei en France. Puissant, mélodique et indéniablement rock, les deux formations, ce soir, ont tiré le style vers le haut, définissant avec classe ce qu'est (et ce que devrait être) le visual kei. Une bien belle leçon musicale que l'on aimerait revoir le plus vite possible sur nos terres!

Setlists:

Matenrou Opera:

1 Alkaloid Showcase
2 honey drop
3 Twilight Parade
4 Kokuu kara no tegami
5 sara
6 Plastic cell
7 Ruriiro de egaku niji
8 Boukyaku celluloid

Versailles:
01 Intro
02 The love from the dead orchestra
03 The revenant choir
04 Shout & bites
05 Beast of desire
06 SOLITUDE
07 zombie
08 SFORZANDO
09 Metamorphose
10 Drums solo
11 Race Wish
12 Aristocrat’s symphony
13 SUZERAIN
14 Sympathia
15 Forbidden

Encore
16 Red Carpet Day

Encore 2
17 The Revenant Choir
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