Dir en grey - AVERAGE PSYCHO

chronique - 02.09.2005 14:00

Dir en grey - AVERAGE PSYCHO

Au démarrage du DVD, un défilement d’estampes japonaises glauques apparaît avec comme musique de fond des cris, du vent, un gong et des gouttes d’eau. Vient ensuite le menu qui s’affiche en cinq parties : les clips eux-mêmes et la fonction play all « average psycho ».
Tout laisse donc présager ce qui va suivre : un enchaînement de clip vidéos ayant pour point commun le « côté noir » de l’homme à travers toute forme de violence.

Obscure (4:51)

Tout commence par un enchaînement de plans courts mettant en scène, matières et personnages dans une atmosphère goresque.
L’une des scènes phares d’Obscure est celle des Geishas. Enfermées dans une pièce, ces quatre demoiselles toutes courtes-vêtues, en compagnie d’un homme masqué, s’amusent à des jeux érotiques où chacune déverse du sang de sa bouche.
Le clip contient également d’autres scènes secondaires qui reflètent à leur manière le message principal du morceau, c’est-à-dire le « côté sombre » de l’individu :

- une femme « Frankenstein » allongée sur un brancard est découpée au niveau des membres inférieurs et supérieurs, ainsi qu’au cou,
- une geisha vêtue d’un kimono rouge, se promenant dans un décor aux allures de Tim Burton, prend une tête de bébé accroché à un arbre et finit par le dévorer dans un sentiment de plaisir intense,
- des scènes fantaisistes contrastent avec le côté inquiétant du clip : on y voit furtivement dans le même décor un clown, un cracheur de feu, une danseuse masquée et un nain,
- les Dir en grey, en plus d’être au complet lors de certains passages, intègrent des personnages tels que : Toshiya en vampire qui s’évapore en chauve-souris, Die qui se retire le cœur à vif, Shinya qui possède de multiples bras et fait penser à une icône de la religion hindoue, Kaoru se fait transpercer la tête qui devient de plus en plus veineuse et Kyo se transforme en une sorte de monstre à bouche tentaculaire.

Nous disions plus haut que les membres se regroupent tous lors de certains passages entrechoqués des scènes ci-dessus. Effectivement, tous sont dans une pièce claire parsemée de corps suspendus. Chacun des membres s’exprime au travers de leur prestation : les guitaristes, le bassiste et le batteur font preuve de concentration sur leurs instruments tout en étant énergiques, quant à Kyo, il ne fait pas dans la dentelle. Ses gestuelles provocantes tant par le vomissement que par le griffage du torse en tout genre inondent l’écran de plein fouet. Sans parler non plus de son apparence devenue « culte » parmi les fans : un collant déchiré sur la tête et une paire de lentilles blanches. Son expression faciale est telle qu’elle illustre la rage et le désespoir.

De la période Vulgar, le clip d'Obscure est l’un des plus trashs et des plus appréciés par les fans. A travers toutes ces scènes, Dir en grey montre qu’en chacun de nous, dort un côté obscure (d’où le nom) où la violence et le sexe restent intimement liés jusqu’à son paroxysme.

Saku (3:21)

La vidéo débute par un extrait sonore de Machiavellism dont l’action raconte la dérive meurtrière d’un adolescent sur sa famille.
Nous le voyons rentrer chez lui, tranquillement, le regard dans le vide. Son appartement est jonché d’immondices en tout genre, et des corps apparemment inertes sont encore présents : une femme assise et appuyée sur une table de cuisine ainsi qu’un homme allongé sur un lit. Le jeune homme ne semble pas perturbé par cette situation et s’amuse à tenter de les réveiller, ou juste les observer, toujours avec ce regard hagard.
Des flash backs viennent éclaircir l’histoire de la vidéo qui révèlent l’atrocité des meurtres commis : la jeune femme est étranglée avec une corde et l’homme abattu à coup de club de golf après avoir été attaché sur le lit. C’est lors de ces « retours en arrière » que nous comprenons pourquoi l’adolescent a tué ses parents. Lors d’un repas en famille, le clip de Saku est diffusé à la télévision. Le jeune homme semble absorbé par ce qu’il voit, comme hypnotisé. Dans ce clip, les Dir en grey sont fidèles à eux-mêmes, et Kyo notamment accentue son physique par un visuel sombre avec ses yeux aux lentilles rouges, ses dents recouverts d’une sorte de prothèse métallique et sa coiffure redevenue noire pour l’occasion. La violence exprimée dans la chanson a peut-être poussé dans le subconscient de cet adolescent à commettre l’irréparable, mais néanmoins rien ne nous dit qu’il s’agisse d’une des raisons.

Saku se veut une réflexion sur des comportements déjà observés parmi de jeunes adolescents qui, sous l’impulsion des médias et autres, ont tué leurs proches ou leurs amis sans en ressentir le moindre remord et sans en être vraiment conscients.

Kodou (4:41)

Bien que brouillon et jouant sur des séquences « flash back », ce clip narre la suite des aventures macabres de ce jeune garçon présent sur Saku (interprété par Yuhiro Igarashi).
En voici le scénario d’après nos observations :

Une jeune fille est agressée dans la rue puis séquestrée et emmenée dans une voiture. L’identité de son (ou ses) agresseur(s) reste inconnue. La voiture s’arrête et l’adolescente est éjectée sans ménagement, après quoi le véhicule redémarre en trombe. Que lui est-il arrivé ? le clip ne le dévoile pas mais néanmoins elle connaîtra une fin funeste.
La suite, nous pouvons l’imaginer ainsi :
Le jeune homme marche tranquillement dans la rue quand soudain il aperçoit le corps de la fille sur le trottoir, toujours inconsciente. Pris d’une frénésie meurtrière, il l’emmène dans un hangar et lui met une corde autour du cou [séquence où ils sont côte à côte sur le sol]. Il la suspend ensuite, entraînant la mort de sa victime. Son acte accompli, il regarde le cadavre d’un air vidé de toute conscience et s’amuse avec en lui lançant une balle de base ball de temps à autres.
Probablement qu’ensuite les policiers ont été prévenus. Arrivés sur les lieux, ils procèdent à l’arrestation du meurtrier [séquence du début] et l’emmène en prison dans laquelle il longe un corridor (toujours en compagnie des policiers) et où il passe son temps à observer les murs externes qui entourent le pénitencier.

Voilà ce que nous avons pu en déduire d’après le clip. Passons maintenant au groupe lui-même. Rien de bien extraordinaire à dire dessus, si ce n’est qu’ils entrent dans le lieu de la pendaison (le hangar), s’installent et commencent à jouer le morceau. Ce qui est surprenant par rapport aux clips précédents, c’est la sobriété de leurs looks : chacun adopte un style épuré, voir naturel (et notamment pour Kyo qui apparaît sans effet superficiel auxquels ils nous avait habitués auparavant).
Kodou est comme indiqué plus haut, la suite de Saku. Toujours sur le schéma du clip précédent, les flash backs sont de mise pour accentuer le parcours meurtrier de l’adolescent. Et même si ce n’est pas lui qui a agressé la fille, il a écourté son existence en la pendant, toujours avec ce regard vide. C’est à se demander si finalement, la mort est pour lui « un jeu » puisqu’à chaque fois il prend plaisir à s’amuser avec ses victimes après leur décès. Donc ne serait-ce pas là une façon de dénoncer la violence engendrée par les médias et autres supports dans l’inconscient de certaines personnes qui pourraient agir sans différencier « jeu » et « réalité » ?

Mazohyst Of Decadence (9:18)

Mazohyst of decadence est un clip de plus de 9 mn, tourné à la manière d'un petit film sur la décision d'avortement d'une femme, du point de vue de l'enfant à naître. L’originalité réside dans l’absence totale de Dir en grey dans ce clip.

L’histoire est simple : de l’attente à l’opération, en passant par l’expulsion et la destruction du fœtus, tout y passe : le sac poubelle qui bouge, les gouttes de sang dans la cuvette des toilettes, le camion poubelle déversant les immondices dans la déchetterie, l’entretien avec le chirurgien, l’opération dans les moindres détails (âmes sensibles s’abstenir), la jeune femme marchant dans la rue avec le cordon ombilical traînant à terre… Les séquences se succèdent, mettant en évidence l’état psychologique de la femme enceinte qui souhaite s’enlever cet être à l’intérieur d’elle.
Un passage pourtant m’a marqué aussi lorsque les deux protagonistes parlent entre eux. A la fin de leur entrevue, la femme éclate de rire sous les yeux consternés du chirurgien. Cela signifie donc qu’elle est soulagée de son acte, ou se moque-t- elle de lui ? Nous n’en saurons rien… Autre détail qui peut avoir son importance aussi : elle est vêtue de blanc. Or c’est la couleur de la pureté et de l’innocence. Cela veut-dire qu’elle agit en toute innocence et qu’elle n’a rien à regretter ?

Bien qu’étant le clip le plus simple à comprendre, il est toutefois dérangeant tant la pression psychologique, marquée par les scènes du clip, est présente.
Kyo s’exprime à travers l’enfant à venir, demandant son droit de vivre et d’être aimé, malgré une mère qui le refuse et le voue à une mort certaine. La chanson (comme le clip) peuvent être sujets à un débat sur le droit à l’avortement : est-ce bien ? Est-ce mal ? Pourquoi ? Les opinions se diversifient en fonction du point de vue où l’on se place et restera encore un débat sensible.

Bien que ne contenant que quatre clips, Average Psycho est tout de même intéressant à voir et à posséder. Les amateurs de sensations fortes seront servis par l’ambiance malsaine d’Obscure, l’intégralité de Saku et Kodou et le dérangeant Mazohyst Of Decadence. Je le recommande à tous les fans de Dir en grey !
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